Fin des régimes spéciaux, système universel à points indexés sur les salaires, âge d’équilibre à 64 ans, entrée dans le système à partir de la génération née en 1975: le Premier ministre a dévoilé mercredi en détails son projet de réforme des retraites, faisant immédiatement basculer la CFDT parmi ses opposants, au 7e jour d’une grève amenée à se renforcer. »Il n’y aura ni vainqueur ni vaincu » avec la réforme, a affirmé Édouard Philippe dans un discours d’une heure devant le Conseil économique, social et environnemental (Cese), assurant qu’il ne s’agissait pas là d’une « bataille ».Mais sitôt le plan dévoilé, la fronde syndicale a gagné une recrue de poids: la « ligne rouge est franchie », a tonné, visiblement courroucé, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, pourtant seul syndicat soutenant un système universel à points. Ses instances se réunissaient mercredi après-midi pour décider d’actions « dans les jours à venir ». »Nous allons discuter, ma porte est ouverte, ma main est tendue », lui a répondu Édouard Philippe en marge des questions des sénateurs au gouvernement.L’âge légal restera à 62 ans, avec « un âge d’équilibre » progressivement amené à 64 ans et « un système de bonus-malus », a précisé le Premier ministre, pour qui « la seule solution est de travailler un peu plus longtemps », même si cela doit se faire « progressivement ». C’est cette mesure qui a fait bondir la CFDT, opposée à ce que soient mélangées « la nécessité d’une réforme systémique (…) et la réforme paramétrique qui demanderait aux travailleurs de travailler plus longtemps ». Même réaction de Laurent Escure, le dirigeant de l’Unsa, qui a lui aussi dénoncé une « ligne rouge ». »Que ça réagisse, on le savait. Mais est-ce qu’on pouvait décemment présenter quelque chose sans parler d’équilibre financier ? », a commenté un membre du gouvernement. »Le temps est venu de construire un système universel de retraites », avait lancé le Premier ministre en introduction de son discours, disant avoir « écouté » et « entendu » les partenaires sociaux et l’ensemble des Français, tout en se déclarant « totalement déterminé ».Retraite minimum garantie à 1.000 euros et « 85% du SMIC dans la durée », possibilité de partir deux ans plus tôt pour les personnes exerçant des métiers usants, niveau de pension des enseignants « sanctuarisé », majoration de 5% dès le premier enfant figurent parmi les mesures présentées. Avec le fait que les Français nés avant 1975 « ne seront pas concernés par la réforme » et que la génération « qui aura 18 ans en 2022 » sera « la première à intégrer le système universel ».Les partenaires sociaux fixeront la valeur du point « sous le contrôle du Parlement », a assuré le Premier ministre. « La loi prévoira une règle d’or pour que la valeur du point acquis ne puisse pas baisser », avec une indexation sur les salaires.- « Renforcer la grève » -La disparition des régimes spéciaux est confirmée mais, « pour les fonctionnaires et les agents des régimes spéciaux dont l’âge légal » de départ est de 52 ans, en particulier les conducteurs de la SNCF et de la RATP, la réforme s’appliquera à partir de la génération 85, a précisé Matignon. Pour le Premier ministre, « les garanties données » justifient que la grève « s’arrête ».C’est au contraire à « renforcer la grève » qu’a appelé Laurent Brun, le secrétaire général de la CGT-Cheminots, premier syndicat de la SNCF, tandis que Bruno Poncet (SUD-Rail) « pense qu’on va dans le mur, que ça va durcir le mouvement ». A la RATP, l’Unsa (1er syndicat) a appelé à « installer la mobilisation dans la durée ».Les prévisions de trafic pour jeudi sont quasi inchangées par rapport à mercredi: un TGV et un Transilien sur 4 à la SNCF, 10 lignes du métro parisien fermées. En revanche, la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a annoncé mercredi qu’elle ne demandait pas aux compagnies aériennes d’annuler des vols jeudi, même si des « perturbations et retards » sont possibles.Et le mécontentement déborde largement le secteur des transports: le Conseil des barreaux votera des actions ce vendredi, et les principaux syndicats policiers menacent de « durcir » leur mobilisation. Les syndicats d’enseignants de la FSU ont appelé à la reconduction de leur mobilisation.Le gouvernement « s’est moqué du monde », juge le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez. FO appelle à « renforcer la mobilisation ». « Je reste dans le camp des opposants », a déclaré de son côté François Hommeril (CFE-CGC), dénonçant une réforme « de plus en plus dangereuse ».Côté politique, l’opposition de gauche comme de droite a rejeté la réforme, « injuste » pour Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Yannick Jadot (EELV), « régressive » pour Olivier Faure (PS). A droite, Guillaume Peltier (LR) a dénoncé « un enfumage », Marine Le Pen (RN) une réforme « terrible ».Le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a au contraire salué « un bon équilibre entre une réforme qui est redistributive » et le fait qu' »il faut, quand c’est possible, qu’on travaille plus longtemps ».Le projet de loi gouvernemental sera prêt « à la fin de l’année », soumis au Conseil des ministres le 22 janvier et discuté au Parlement fin février.
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