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Les Bissau-guinéens élisent leur président après des années d’instabilité

Les Bissau-Guinéens votaient dimanche pour élire leur président lors d’un second tour à l’issue incertaine, espérant un retour de la stabilité après des années de blocage dans lequel s’est empêtrée une classe politique réputée corrompue et incapable de répondre aux besoins élémentaires d’une population parmi les plus pauvres au monde. »Je lance un appel vibrant à toute la population de venir voter. C’est la seule manière de sauver la Guinée-Bissau des 46 ans de malheur depuis l’indépendance », a déclaré à l’AFP le candidat du parti d’opposition Madem, Umaro Sissoco Embalo, après avoir voté à Gabu, dans l’est de cette ancienne colonie portugaise d’Afrique de l’Ouest.Cet ancien Premier ministre, arrivé deuxième au premier tour avec près de 28% des voix, a accusé la Commission nationale électorale (CNE) de manoeuvrer pour favoriser l’élection de son rival Domingos Simoes Pereira, le chef du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), qui a viré en tête le 24 novembre avec 40,1% des suffrages. »Le vote se passe bien dans tout le pays. Aucun incident n’a été signalé », a déclaré à l’AFP la porte-parole de la Commission nationale, Felisberta Vaz Moura, en faisant état d’une « bonne participation ».Les quelque 700.000 électeurs ont jusqu’à 17H00 (GMT et locales) pour déposer leur bulletin dans l’urne. Les premières tendances sont attendues en début de semaine. »Je souhaite que le résultat soit l’expression de la volonté du peuple guinéen et qu’à partir de là, nous soyons capables de construire la concorde nationale, pour que notre pays puisse démarrer et croître », a déclaré M. Pereira, après avoir voté dans la banlieue de Bissau, dans un bureau installé sous un arbre, dans une petite rue en terre battue.- Le sortant éliminé -« C’est la journée la plus importante. On souhaite que tout se passe bien, que tout le monde soit tranquille », a confié Dominique Zale, un agent de sécurité père de six enfants, venu dès l’ouverture dans un bureau du quartier du port. »Il faut voter pour changer les choses. Le prochain président aura la mission de faire marcher le pays », estimait dans un bureau voisin un étudiant en économie de 31 ans, Jair Fernandes Martins.La stabilité, indispensable pour combattre des maux comme la grande pauvreté, la corruption répandue jusque dans les classes dirigeantes et le trafic de cocaïne, est l’un des grands enjeux après des décennies de crise politique permanente.Alors que près de 70% de ses quelque 1,8 million d’habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour, ce petit pays au climat tropical, abonné aux coups d’Etat depuis son indépendance en 1974, a vécu ces quatre dernières années au rythme des querelles entre le président José Mario Vaz et le PAIGC, dont il est pourtant issu. M. Vaz n’a terminé qu’à la quatrième place au premier tour, et, comme d’autres candidats éliminés, il a apporté son soutien à M. Embalo, le candidat du Madem, une dissidence du PAIGC.- Des routes et du riz -Une intervention de l’armée semble peu probable, malgré les lourds antécédents des militaires, selon les observateurs. Le chef d’état-major de l’armée, le général Biague Na Ntam, a plusieurs fois affirmé que l’armée n’interviendrait pas dans le processus électoral.Depuis le dernier putsch, en 2012, une force de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), l’Ecomib, veille en outre au grain. « Partout où nous sommes passés, une bonne ambiance règne, avec une participation avoisinant les 50% dans les bureaux visités avant 11 heures », a déclaré sur Twitter le chef de la mission d’observation électorale de la Cédéao, l’ancien Premier ministre malien Soumeylou Boubeye Maïga.Le futur président devra « régler le problème des hôpitaux où des femmes enceintes meurent sans être assistées, faute de matériel », à « construire des routes » et à « diminuer le prix du riz », estime un pêcheur de Bissau, Moutar Diallo. Il « doit nous donner du travail » car « rien ne marche à Bissau », abonde un commerçant, Abdoulaye Diallo.- « Pays martyrisé » -Les deux finalistes sont issus du sérail politique.M. Pereira, 56 ans, est un ingénieur en génie civil au large sourire, invariablement coiffé d’un Trilby couleur paille. Après avoir mené son parti à la victoire aux législatives de mars, il promet d’accélérer le développement du pays.Umaro Sissoco Embalo, un général de brigade de réserve de 47 ans, ancien du PAIGC qui a fait campagne avec un keffieh rouge et blanc noué autour de la tête, se pose en rassembleur de tous les Bissau-guinéens pour qu’ils contribue au « développement de ce pays martyrisé ». S’il est élu, M. Pereira pourra compter sur le soutien du Parlement, contrairement à M. Embalo, qui devra composer avec une assemblée dominée par le PAIGC.

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