Le long marathon des retraites a démarré lundi dans l’hémicycle de l’Assemblée dans une atmosphère déjà électrique, entre le gouvernement qui vante une « ambition immense » et une opposition qui torpille une réforme jugée « illisible » et injuste », avec une nuée d’amendements.
Les députés ont achevé cette première journée sur les retraites vers 23H20, sans commencer à examiner les 41.000 amendements que compte le volet ordinaire de la réforme.
En ouverture des débats, dans l’après-midi, le tout nouveau ministre de la Santé Olivier Véran a défendu un projet annoncé « de longue date » qui « a la légitimité d’un programme présidentiel ». Le « marcheur » vient de succéder à Agnès Buzyn qui a pris la tête de la campagne LREM pour Paris, après l’affaire Griveaux.
Son discours, précédant celui du secrétaire d’Etat Laurent Pietraszewski, a vite été interrompu par des cris de l’opposition. « Ne commencez pas, vous aurez des heures, des jours et des nuits pour vous ébrouer dans la démocratie », a lancé Richard Ferrand (LREM) depuis le perchoir.
Après des semaines de contestation de la réforme dans la rue, l’appel à une « journée morte » dans les transports a été peu suivi lundi. Plusieurs centaines de personnes ont pris part à une manifestation « symbolique » et une « Assemblée populaire » de gauche s’est tenue aux abords du Palais Bourbon, en attendant une nouvelle journée interprofessionnelle jeudi.
Pour l’heure, quinze jours de débats sont prévus dans l’hémicycle, soit 84 heures. Face à un calendrier jugé « intenable », le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand a proposé un « temps programmé » de 100 heures sur trois semaines, mais les députés LFI et PCF ont refusé.
Les responsables de la majorité martèlent qu’un recours au 49-3 – arme de la Constitution qui permet l’adoption sans vote – « n’est pas l’objectif », mais des « marcheurs » ne l’excluent pas si le débat est « clairement impossible ».
Le gouvernement table toujours sur une adoption en première lecture avant les municipales dans un mois et espère un feu vert définitif « d’ici l’été ».
Mais avec autant d’amendements, « le président (de l’Assemblée Richard) Ferrand a calculé que ca ferait 365 jours à raison de dix heures par jour. Ce n’est pas très réaliste, même si nous enjambions ou mordions sur la trêve des municipales, nous n’y arriverions pas », a souri lundi soir Gilles Le Gendre, le chef de file des députés LREM.
Mais « il se peut aussi que nos oppositions fassent preuve d’un esprit de responsabilité », glisse-t-il, en assurant que la « volonté unanime du gouvernement et de la majorité reste d’éviter » un 49-3.
– « Tranchée » –
Malgré quelques interrogations en interne, la majorité veut faire aboutir cette réforme « de progrès social », « contre vents d’obstruction et marées d’amendements ». Droite comme gauche dénoncent, elles, un « mépris » du Parlement et un projet « nébuleux » et « à trous », avec notamment la trentaine d’ordonnances programmées.
Les trois groupes de gauche – PS, PCF et LFI – tablent en plus des amendements (près de 37.000 à eux trois) sur une motion de censure à une date qui reste à déterminer. Ils ont aussi tenté en vain lundi une « motion référendaire », qui sert à demander au président de la République un référendum. Elle a été rejetée par 160 voix contre 70. Autant de « manoeuvres dilatoires » pour le gouvernement.
Le patron des insoumis Jean-Luc Mélenchon a promis de tenir « la tranchée » jusqu’à « la victoire » contre « la plus terrible régression sociale de toute la Ve République ».
Les députés communistes, qui arboraient des t-shirts « Référendum » dans les couloirs de l’Assemblée, ont aussi défendu une motion de rejet (repoussée par 145 voix contre 68). Leur porte-parole Pierre Dharréville a fustigé un projet « monstrueux » et invité le gouvernement à mettre fin au « supplice ».
« Vous n’êtes pas à la hauteur de l’histoire sociale de ce pays », a répliqué le patron de LREM Stanislas Guerini, en jugeant que « la gauche qui s’oppose à tout, elle ne sert à rien du tout ».
Quant au groupe LR, qui entend incarner « une troisième voie », il fustige comme la gauche l' »amateurisme » du gouvernement, en particulier sur la question du financement. Le président de la commission des Finances Eric Woerth a écrit au Premier ministre pour réclamer « documents et données factuels » sur ce point. « Rien n’est clair, tout est à revoir », a lancé le député des Vosges Stéphane Viry (LR), en défendant lui aussi une motion de rejet (retoquée par 145 voix contre 94).
« Le gouvernement refuse de donner la parole au peuple à travers un référendum », dénonce pour sa part le RN Ludovic Pajot, qui y voit « un mépris manifeste pour le peuple ».
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