« La discussion », quand les enfants noirs découvrent le racisme qui les attend

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« Les enfants ne devraient pas avoir à apprendre ça », dit un parent noir. Et pourtant, la plupart, comme lui, expliquent tôt à leurs enfants les risques auxquels sont confrontés les Afro-Américains aux Etats-Unis: c’est « la discussion », un rituel immuable.

« Je ne connais pas de parents noirs qui n’aient pas cette conversation avec leurs enfants »: comme beaucoup d’Afro-Américains, Tiffany Russell se souvient de sa « discussion » avec sa mère.

Elle avait trois ans et son oncle venait de mourir sous les balles de la police parce qu’une jeune femme l’avait accusé, à tort, de l’avoir violée.

« Tu dois faire attention à ta manière d’être, à tes réactions », lui a dit sa mère. « Tu ne peux pas être trop agressive ou trop en colère ».

Chaque parent doit trouver sa propre version, celle qui correspond à l’âge de ses enfants, à leur sensibilité.

Glen Henry a expliqué à ses deux fils aînés, âgés de 5 et 7 ans, les comportements racistes qu’ils risquaient de rencontrer.

Il explique sur sa chaîne Youtube avoir convaincu sa femme Yvette que les événements liés à la mort de George Floyd justifiaient de mettre le racisme sur la table avec « des enfants qui ne devraient pas avoir à apprendre ça ».

« Certaines personnes vont voir la couleur de ta peau et penser que tu es quelqu’un de mauvais », dit Yvette à Uriah, son fils de cinq ans, dans la conversation qu’il a filmée fin mai pour sa chaîne.

« Pourquoi? » interroge l’enfant.

« Parce qu’ils sont stupides », répond Glen Henry.

Brittany Everette, 27 ans, mère métisse en Virginie, a lancé un appel à l’aide sur Twitter pour savoir si elle devait parler à son fils de 5 ans, « qui admire encore les policiers » et se déguise parfois en agent.

« Je ne crois pas au fait de préserver les enfants parce que (…) cela ne leur rend pas service », estime Tiffany Russell. « Je suis reconnaissante envers ma mère de nous avoir parlé de ça quand nous étions plus petits, parce que nous savions à quoi nous attendre. Et je ne pense pas que ça nous ait privés d’une partie de notre enfance ».

– « C’est resté en moi » –

Finalement, Brittany a convenu avec son mari, qui est noir, d’avoir deux discussions: la première maintenant, sur le racisme en général, et une autre plus tard sur les violences policières dont sont victimes les Noirs.

Car la discussion se fait presque toujours en plusieurs fois, sur plusieurs années, pour rappeler des fondamentaux et y ajouter de la complexité à mesure que l’enfant grandit, entre à l’école, au lycée, à l’université ou décroche son permis de conduire.

Joseph West, avocat dans un grand cabinet américain, se souvient de l’insistance de son propre père avant de prendre la route: conduite prudente, aucun geste brusque en cas de contrôle policier et ton systématiquement respectueux même en cas d’interception injustifiée.

Le message? « Même si la plupart des agents de police sont des gens biens, ils ont le pouvoir de t’ôter la vie et il y a beaucoup plus de chances que cela t’arrive à toi, parce que tu es noir. (…) C’est resté en moi, » dit-il.

Garçons ou filles, le message diffère souvent. « Les garçons noirs passent d’un seul coup de petits enfants mignons à menaces », souligne Brittany Everette. « Les filles, elles, sont sexualisées et vues comme mûres beaucoup plus tôt » que les jeunes blanches.

Joseph West avait déjà eu la discussion avec ses fils auparavant. Mais il a remis ça avec les images qui ont scandalisé de l’interpellation de George Floyd.

Il faut trouver l’équilibre, dit-il, entre « informer suffisamment pour qu’ils puissent prendre des décisions en connaissance de cause, (…) sans pour autant saper la confiance qu’ils doivent avoir en eux. »

« La frontière est mince », explique-t-il, « entre l’assurance qui va vous permettre de réussir dans la vie et un excès de confiance qui peut vous faire tuer ».

Il a publié cette semaine un texte sur le site Law.com, qui lui a valu près de 500 courriels et appels téléphoniques, la plupart de collègues avocats blancs.

Beaucoup « n’avaient jamais imaginé » que des parents noirs devaient en passer par là, dit-il. Et lui ont dit qu’ils comptaient maintenant eux aussi avoir une discussion sur le racisme avec leurs enfants.

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