Est Cameroun : Comment la Covid-19 « impose sa loi » au sein des écoles et dans les ménages

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Il est 7heures. Comme tous les matins depuis la reprise des classes le 1er juin 2020 après plusieurs semaines de confinement dues la propagation de la maladie à Corona Virus (Covid-19), Jeanette Bougoue âgée de 12ans et élève en classe du cours moyen 2ème année à l’Ecole Primaire Publique d’Application (EPPA) de Batouri situé dans la région de l’Est, prend le chemin de l’école. Si l’annonce du retour en classe tant espérée avait été accueillie avec beaucoup de joie par la jeune apprenante, Jeannette était loin de se douter que les retrouvailles avec ses camarades devaient avoir un goût assez « amer ».

En effet, avant de pénétrer désormais dans l’enceinte de l’école, Jeanette et ses camarades doivent d’abord passer par le dispositif dédié au lavage des mains, offert par le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF). L’écart exigé est alors d’un mètre minimum, ce qui empêche la jeune fille de succomber à sa forte envie de se jeter dans les bras de ses camarades pour les saluer et célébrer la joie des retrouvailles et de jouer un peu comme à l’accoutumée avant la cérémonie quotidienne de levée des couleurs. Une fois en classe, Jeannette est surprise de se retrouver assise toute seule sur un son banc, tout comme le reste de ses camarades et ceci jusqu’à la fin de la journée. « Ça me fait très mal de ne pas pouvoir être proche de mes amis. Nous avons fait beaucoup de temps sans nous voir et je ne peux même pas jouer avec eux, ni leur parler librement, que ce soit en classe ou dans la cour de récréation. Je me sens un peu emprisonnée », pleurniche la fillette.

Pourtant, toutes ces mesures d’hygiène et surtout de distanciation préconisées ont pour objectif principal de protéger les enfants contre le virus et celles-ci sont scrupuleusement mise en œuvre par la directrice de cette école assistée de ses enseignants. « Nous devons respecter la distance entre les élèves pour empêcher les contacts physiques entre eux. Pour cela, pendant la récréation par exemple, il leur est interdit de jouer ensemble, chacun prend son gouter dans son coin pour certains et d’autres préfèrent rester en salle de classe. Quoi qu’il en soit, ils n’ont pas le choix et nous veillons à ce que ces mesures soient respectées », confie la directrice de l’EPPA de Batouri, Pauline Biloung.

Quand la frustration s’installe

Au lycée bilingue de Batouri, établissement public d’enseignement secondaire de la région du Soleil levant, la sensibilisation sur le respect des mesures barrières semble avoir porté ses fruits. Même si les élèves en classes d’examen se plient bon-gré mal gré aux règles d’hygiène édictées par la direction avant l’entrée dans l’enceinte de l’établissement. Lavages des mains, port du cache-nez, distance d’un mètre minimum entre les élèves et même des enseignants sont au rendez-Vous. Pendant les cours par exemple, les sessions explicatives de proximité sont désormais proscrites au sein de l’établissement scolaire. « Si un élève nous interpelle sur quelque chose qu’il n’a pas compris, nous ne pouvons plus nous rapprocher de lui pour essayer de nous enquérir de ce qu’il en est exactement. Et pour ne pas prendre le risque de briser la barrière qu’impose la distanciation conseillée pour éviter la propagation du virus, je suis obligé quelquefois d’aller refaire les explications au tableau, même si cela doit prendre plus de temps. Ce n’est pas toujours évident et très embêtant desfois, mais on fait avec », confie Kadal Adalbert, Enseignant d’Histoire et géographie au lycée bilingue de Batouri.

Malheureusement, au-delà de la nécessité de ces instructions destinées à protéger élèves, personnels enseignants et même les visiteurs contre le virus, Emnadeu Kenko Christelle, élève en Terminale Allemand vit très mal cette situation : « Depuis que nous avons repris les classes, ce n’est pas facile pour moi de m’adapter à ce mode de fonctionnement. Nous étions tous habitués à partager nos repas pendant les pauses, à nous faire des embrassades amicales, chuchoter pour faire des confidences etc. Les câlins de mes amies me manquent. Que ce soit en classe ou en dehors, nous n’avons pas le droit de nous rapprocher, de marcher ensemble et même de réviser ensemble, sans être encombrés par soit un cache-nez ou par la distanciation que nous devons respecter. Et c’est pareil à la maison. Quand je reviens de l’école, mes frères et sœurs m’exigent de me laver les mains, de changer de vêtements avant de les approcher, car ils ont peur d’être « contaminés » parce que je viens du dehors. Tout ça est vraiment difficile et très frustrant. », déplore-t-elle.

Les marchés envahis par les enfants

Si le Covid 19 semble avoir imposé son rythme dans les salles des classes, il fait aussi la loi au sein des ménages. Constat a été fait que le travail des enfants a augmenté avec la fermeture des écoles durant la pandémie. A en croire une récente étude de l’UNICEF, la Covid-19 entraîne une hausse de la pauvreté ainsi qu’une augmentation du travail des enfants au fur et à mesure que les familles se retrouvent obligées d’avoir recours à tout type de moyens pour survivre. « En temps de crise, le travail des enfants devient un mécanisme d’adaptation pour de nombreuses familles » explique Henrietta Fore, Directrice générale de l’UNICEF. A Bertoua par exemple, de nombreuses familles sont obligées d’envoyer leurs enfants au marché (y compris ceux des écoliers qui n’ont pas repris le chemin des classes) pour y vendre quelques denrées afin de pouvoir joindre les deux bouts. Rues et marchés sont donc assaillis par ces jeunes enfants (parfois âgés de moins de 5 ans) avec pour seul moyen de protection un cache-nez qu’ils traineront toute la journée, sans aucune autre méthode de prévention.

Il faut souligner pour le déplorer que les chiffres de plus en plus alarmants, font de la région de l’Est, l’une des plus atteintes par la pandémie avec plus 600 cas testés positifs et 05 décès liés à la Covid-19. Des statistiques non prises en compte par les populations qui semblent ne pas s’en inquiéter et priorisent la recherche du gain pour survivre. « On va faire comment si nous n’envoyons pas nos enfants vendre dans la rue ? Quand ils sont à la maison, ils mangent plus et nous n’avons pas assez d’argent. Ils sont obligés d’aller vendre des œufs, bananes, arachides ou autres denrées pour nous aider. S’ils ne font pas comme ça, on va s’en sortir comment ? Tout ça c’est à cause du Covid-19 là. D’ailleurs, qui prouve même que ça existe ? Les blancs veulent seulement nous déranger. En tout cas, j’attends que mon enfant attrape ça, là on verra. Pour le moment, ils vont seulement aller vendre, que ça leur plaise ou non », ironise une ménagère.

Une nouvelle étude conjointe de l’Organisation internationale du Travail (OIT) et de l’UNICEF indique que des millions d’enfants supplémentaires risquent d’être contraints de travailler en raison de la crise du Covid-19, ce qui pourrait conduire pour la première fois en vingt ans à une hausse du travail de enfants. Un plus grand nombre d’entre eux pourraient se voir contraints de se retrouver dans les pires formes de travail des enfants, ce qui leur fait courir des risques importants en matière de santé et de sécurité, apprend-on.

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