Environ 2.800 migrants évacués d’un important campement à Saint-Denis

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Les forces de l’ordre ont évacué mardi à Saint-Denis environ 2.800 migrants qui vivaient dans un important campement au pied du Stade de France, dans le cadre d’une opération d’évacuation organisée par les autorités trois semaines après le confinement national.

Encadrée par un important dispositif policier, l’opération a débuté vers 7H00 en direction de 26 centres d’accueil et gymnases d’Ile-de-France et était toujours en cours en début d’après-midi.

Environ 2.800 personnes ont été « mises à l’abri », a indiqué la préfecture de la Seine-Saint-Denis sur Twitter. Mais plusieurs centaines de migrants attendaient toujours de monter dans des bus dans une ambiance tendue, selon les associations présentes sur place.

Dès 4H30, des migrants attendaient d’être pris en charge dans le cadre de cette opération conjointe de la préfecture de police de Paris, des préfectures de la région Ile-de-France et de Seine-Saint-Denis, loin des journalistes tenus à distance par les forces de l’ordre.

Vers 10H00, les premiers des 70 bus prévus, remplis d’une cinquantaine de migrants dont des familles, sont partis vers des centres, parfois dans la confusion. Selon l’association Utopia 56, les forces de l’ordre ont aspergé de gaz lacrymogène des migrants, dont des enfants, attendant dans la cohue d’être évacués.

« Je ne sais pas où je vais, ce sera sûrement loin de Paris et pour peu de temps, mais je préfère ça que de rester dans ces conditions, même si c’est stressant », a expliqué à l’AFP Elyaas Ehsas, un Afghan de 27 ans, « dubliné » et installé depuis octobre dans le campement.

Le règlement européen de Dublin fait reposer la responsabilité de l’examen de la demande d’asile d’un migrant au premier pays d’entrée dans l’Union européenne.

Selon le décompte de l’association France terre d’asile, opératrice de l’Etat, environ 2.400 exilés vivaient la veille encore dans ce camp qui n’a cessé de grossir depuis août.

Une centaine de familles, soit environ 400 personnes, ne vivant pas sur place, avaient également rejoint la foule mardi matin pour être « mises à l’abri pour quelques jours », a précisé Yann Manzi, cofondateur d’Utopia 56.

– « Insalubrité totale » –

« Ces camps ne sont pas acceptables » a déclaré lors d’un bref point presse le préfet de police de Paris, Didier Lallement. « Cette opération a lieu pour faire en sorte que les personnes en situation régulière puissent trouver un abri nécessaire ». Celles en situation irrégulière « n’ont pas vocation à rester sur le territoire », a souligné le préfet.

Toutes les personnes prises en charge feront dans un premier temps l’objet d’un test de dépistage du Covid-19 avant d’être soit isolées en cas de résultat positif, soit immédiatement mises à l’abri.

A Saint-Denis, le campement était majoritairement constitué d’hommes seuls, originaires en grande majorité d’Afghanistan, mais également du Soudan, d’Ethiopie et de Somalie. Beaucoup sont auparavant passés par d’autres campements à Paris, successivement démantelés.

Depuis la crise migratoire de 2015, c’est le 65e démantèlement de grande ampleur en Ile-de-France, pour près de 300 opérations dites de « mise à l’abri ».

« Comment ce campement a pu se développer en état d’urgence sanitaire, où le respect des gestes barrière est impossible et où les personnes vivent dans l’insalubrité totale ? », a regretté Louis Barda, coordinateur général à Médecins du Monde Paris.

Début octobre, Médecins sans frontières a publié une enquête sur le niveau d’exposition au Covid-19 parmi les grands précaires en Ile-de-France.

L’étude révèle de fortes disparités selon les types de sites sur lesquels les personnes ont été testées: ainsi, dans les 10 centres d’hébergement où elle intervient, le taux de positivité atteint 50,5%, contre 27,8% sur les sites de distribution alimentaire et 88,7% dans les deux foyers de travailleurs migrants.

La raison principale est la « promiscuité et les conditions d’hébergement qui ont généré des clusters », par exemple dans les gymnases où ces personnes vont être mises à l’abri mardi, rapporte l’étude.

« Le prochain campement sera-t-il encore plus éloigné en banlieue, éloigné des douches, des distributions alimentaires et des démarches administratives ? », s’est demandé Alix Geoffroy, chargée de programme CEDRE-Secours catholique.

Dans un communiqué publié mardi, une trentaine d’associations et collectifs, comme la Cimade ou Solidarité Migrants Wilson dénoncent le « cycle sans fin et destructeur » des évacuations.

ali-sha/pa/nm

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