A la barre, le père d’Alexia demande « la peine maximale » et sa mère « la vérité »

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C’était sans doute l’acmé du procès de Jonathann Daval: venus déposer à la barre des assises de la Haute-Saône, le père d’Alexia Daval a demandé d’emblée mercredi « la peine maximale » à l’encontre de son gendre avant que sa femme n’exhorte l’accusé à dire enfin « la vérité » sur le meurtre de leur fille.

« J’espère tout simplement que la peine maximale soit octroyée », a lancé Jean-Pierre Fouillot, 64 ans, à l’adresse des jurés, alors que l’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

« Notre futur, il est simple, nous avons pris perpétuité. Est-ce que ce sera le cas de Jonathann? c’est vous qui en déciderez », a ajouté le père d’Alexia, qui avec sa femme considérait son gendre comme un fils.

Lui succédant à la barre en début d’après-midi, Isabelle Fouillot a mis Jonathann au défi : « J’aimerais que, pour une fois, tu sois un homme dans ta vie et que tu prennes tes responsabilités ».

– « La lumière du bonheur » –

« Tu as tout détruit. Voilà où mène le mensonge. Je voudrais juste avoir la vérité », l’a-t-elle encore imploré au cours de ces dépositions aux allures de catharsis, longuement méditées et tant redoutées.

Ancien patron d’un bar PMU, Jean-Pierre Fouillot s’est souvenu de « ce fameux jour (qui) nous a éteint la lumière du bonheur et de la sérénité », quand le corps sans vie d’Alexia a été retrouvé le 30 octobre 2017 dans un bois de Haute-Saône.

Et de s’interroger en s’adressant à l’accusé qui fuyait son regard : « Pourquoi Alexia a-t-elle été assassinée, pour une dispute, une relation sexuelle refusée et peut-être pour vouloir te quitter, Jonathann ? »

A l’issue, le président de la cour Matthieu Husson a salué la « dignité » de ces propos qu’il a résumé d’une formule : « Dix ans de bonheur avec Alexia, trois ans de malheur » depuis le meurtre.

D’une même voix, Jean-Pierre et Isabelle Fouillot se sont attachés à « défendre la mémoire » de leur fille, présentée par la défense comme une personnalité « écrasante » qui aurait « humilié » Jonathann.

Les avocats de Jonathann cherchent à « salir » la mémoire d’Alexia, a fustigé le père.

Alexia « était tout sauf écrasante », a renchéri la mère avant de donner lecture d’une carte écrite par sa fille à Jonathann Daval, dans laquelle celle-ci parlait de l’accusé comme d’un « être atypique, aussi gentil que diablotin ».

« Tu représentes mon ami, mon amant, mon confident (…) Tu m’es indispensable pour faire tourner ma terre », écrivait la jeune femme.

« Ça, ce sont les paroles d’une personne agressive, qui fait des crises d’hystérie? », s’est interrogée Isabelle Fouillot, tandis que son gendre fondait en larmes dans son box vitré.

Dans la matinée déjà, la cour d’assises s’était figée dans un silence de cathédrale quand Jean-Pierre Fouillot avait rappelé qu’à l’issue d’une audition de Jonathann Daval au cours de laquelle son épouse lui avait arraché de nouveaux aveux, il avait pris l’un et l’autre dans ses bras.

– « Je suis sentimental » –

« Nous avons épaulé Jonathann », « on l’a chéri encore plus que d’habitude » et il « pleurait avec nous sur le drame (…) dont lui avait toutes les clés », s’est-il souvenu.

« J’ai une faiblesse, moi, je suis sentimental (…) Faut-il le regretter? », s’est encore interrogé Jean-Pierre Fouillot, confiant avoir également glissé à son gendre à l’issue de la reconstitution du meurtre, en juin 2019 : « Sache que je t’aime toujours ».

Mais à présent, « je culpabilise d’avoir eu ces mots. A l’heure d’aujourd’hui, je serais loin de lui redire la même chose (…) Au fil des mois, je me suis rendu compte de la monstruosité des choses », a-t-il conclu, actant la rupture affective.

« C’est Alexia, la victime », a martelé ensuite sa soeur, Stéphanie Fouillot, pour qui la jeune femme était « désespérément seule ». « Mon ressenti personnel, c’est que depuis le mariage, il y a eu une fuite en avant de l’accusé », a-t-elle avancé.

Grégory Gay, l’époux de Stéphanie, doit aussi venir s’exprimer à la barre. Au cours de l’instruction, Jonathann l’avait un temps accusé d’avoir tué Alexia, évoquant un prétendu « complot familial ».

Jonathann Daval, qui avait joué les veufs éplorés pendant trois mois avant d’être arrêté, a livré pas moins de sept versions de la mort de sa femme pendant cette instruction.

Il avait avoué le meurtre avant de se rétracter et d’inventer un complot familial, pour finalement reconnaître de nouveau les faits commis selon lui lors d’une dispute conjugale.

L’informaticien de 36 ans, qui a aussi reconnu avoir incendié en partie le corps de son épouse, soutient ne jamais avoir voulu la tuer.

L’enjeu est double en ce mercredi pour l’accusé : outre la confrontation avec son ancienne belle-famille, il devra répondre à un interrogatoire qui s’annonce très difficile.

Qu’en sortira-t-il ? Jonathann avait « un mode de fonctionnement basé sur le mensonge », a reconnu l’un de ses avocats, Me Randall Schwerdorffer, bien conscient que « l’unique possibilité » pour son client « d’avoir un procès juste », c’est désormais « d’être authentique et sincère ». Il le « doit à sa famille » et « à la famille d’Alexia ».

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