l’heure de l’adoption au Parlement, face à une contestation ravivée

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Face au risque de « décrochage » de la recherche française, le Parlement doit définitivement adopter vendredi le projet de loi de programmation (LPR), « un investissement historique » selon le gouvernement, qui se heurte à la défiance accrue de la communauté universitaire et scientifique.

L’ultime feu vert parlementaire est attendu à la mi-journée au Sénat. L’Assemblée a déjà adopté le texte mardi par 188 voix contre 83.

Tout au long des débats, la ministre de la Recherche Frédérique Vidal, ancienne chercheuse et présidente d’université, n’a cessé de louer un « investissement inédit », grâce à cette hausse de 30% du budget entre 2021 et 2030, passant de 15 à 20 milliards par an.

« Le message, c’est qu’il y a un avenir, il se prépare en redonnant de l’attractivité aux métiers de la recherche », souligne-t-elle auprès de l’AFP, en insistant sur la revalorisation des carrières ou le rôle complémentaire du « plan de relance », pour débloquer des fonds rapidement.

Dans l’opposition, gauche comme droite critiquent une programmation de dix ans « beaucoup trop longue », sans assurance sur les investissements futurs.

Pour plus de garanties, sous l’impulsion du Sénat, les parlementaires ont inscrit dans le texte l’impact du plan de relance en faveur de l’Agence nationale de la recherche en 2021 et 2022, ainsi qu’une augmentation renforcée des financements de « base » des laboratoires, dès les premières années.

Ce projet de loi de programmation n’en reste pas moins vivement critiqué au sein de la communauté universitaire. Syndicats et chercheurs mobilisés fustigent une « réforme en trompe l’oeil », des financements concentrés sur une recherche « sélective », par « projets », et une « attaque » du statut de fonctionnaire, en raison des nouvelles voies de recrutement de jeunes chercheurs.

Le texte prévoit des « parcours de titularisation » à l’américaine (« tenure tracks »), pour accéder à une titularisation au bout de six ans maximum, ainsi que des « CDI de mission scientifique », censés remplacer les CDD à répétition, mais prenant fin avec le projet de recherche associé.

Selon Frédérique Vidal, cela remplace des contrats courts et offre de la « visibilité ».

– « 600 mails par jour »

Début 2020, le texte avait provoqué un important mouvement de protestation, stoppé par le confinement de mars. En sourdine à cause de la crise sanitaire, la contestation s’est aiguisée ces dernières semaines, à la faveur d’amendements controversés votés au Sénat.

Le premier, sur le « délit d’entrave », vise à pénaliser les intrusions de personnes extérieures dans les universités, si elles troublent la « tranquillité ou le bon ordre » de l’établissement. La gauche critique une mesure « liberticide ».

Le second minore le rôle du Conseil national des universités (CNU) dans le recrutement des enseignants-chercheurs: une expérimentation permettra aux universités de déroger à l’obligation de recruter une personne qualifiée par le CNU.

Cela risque de favoriser les « mandarinats » et les « recrutements locaux », dénonce la professeure de droit Véronique Champeil-Desplats (Nanterre), opposée à la loi. « Alors que les gens étaient plutôt résignés, les amendements du Sénat ont exacerbé la colère et réveillé les collègues », estime-t-elle, y compris dans des disciplines peu enclines à la contestation.

Au Sénat, la rapporteure LR Laure Darcos reçoit « 600 mails par jour » contre la loi et « l’amendement CNU »: « C’est une tempête disproportionnée. On parle d’une expérimentation, tout le monde n’est pas concerné », souligne la parlementaire, qui s’est abstenue sur ce point, tandis que son groupe soutenait largement le dispositif.

Frédérique Vidal a déjà promis une « phase de concertation », pour « rédiger le décret » sur le CNU.

Mardi, plusieurs centaines d’enseignants-chercheurs se sont rassemblés place de la Sorbonne, derrière des pancartes comme « université en danger » et « écran noir », en référence à une opération sur les réseaux sociaux.

A l’Assemblée nationale, le député mathématicien et ex-LREM Cédric Villani, qui a longtemps soutenu le texte et son « bon argent », a fini par voter contre, déplorant un « compromis » final « bâclé qui ne rend pas justice au travail effectué ».

Certaines mesures font toutefois consensus, comme la promesse de garantir un paiement mensuel aux « vacataires », ces précaires qui subissent de réguliers retards dans le paiement de leurs heures.

Et le préambule du texte repose sur un constat largement partagé: la France souffre d’un « déficit croissant d’investissement » dans sa recherche et « les carrières scientifiques attirent de moins en moins ».

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