le responsable de la promotion assume

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« Un homme est décédé car j’ai manqué de force morale », a assumé mardi devant le tribunal correctionnel de Rennes le responsable des 2e années de l’école de Saint-Cyr (Morbihan), qui ont organisé un exercice de transmission des traditions fatal à un élève-officier en 2012.

Avant de répondre au président du tribunal, le capitaine Marc Assier de Pompignan, 31 ans, en costume cravate, s’adresse aux parties civiles. « Je voudrais présenter mes condoléances en mon nom propre et au nom de la promotion de Castelnau », dit le prévenu, qui était « père système », responsable élu de la promotion, en 2012.

A l’évocation des faits et de cet exercice de transmission des traditions qui s’est finalement apparenté « à une nage commando », comme l’a souligné le président (eau à neuf degrés, en treillis, de nuit), Marc Assier de Pompignan regarde ses juges droit dans les yeux. Replongeant dans ses souvenirs d’octobre 2012, après avoir vu de ses propres yeux un premier passage qui s’était « extrêmement mal passé », il ne donne pas son veto au départ de la deuxième vague, mortelle pour le sous-lieutenant Jallal Hami.

« J’aurais dû imposer d’interdire l’activité pour qu’elle ne soit pas reconduite », reconnaît cet homme issu d’une famille de militaires, marié et père de trois enfants, qui a été en opération au Mali et en République centrafricaine. « Je n’ai pas eu la force morale de le faire », ajoute-t-il, ému aux larmes, disant sa volonté d’assumer « moralement et pénalement » sa responsabilité, assurant chercher une « forme de rédemption » dans ce procès, plus de huit ans après les faits.

« Vous assumez vos responsabilités: je vois votre souffrance quand vous déposez devant le tribunal. Vous avez trouvé les mots justes à l’égard de la partie civile, c’est important », relève le procureur Philippe Astruc, alors que le tribunal tente de comprendre la chaîne des responsabilités qui a abouti à cette issue fatale.

– « Soif de surenchère » –

Dans la matinée, les avocats de la partie civile avaient lu plusieurs récits poignants de participants à cette séance de « bahutage », qui laissent croire que le bilan humain aurait pu être encore pire.

« C’était la panique autour de moi (…). On s’est agrippé à moi et je me suis agrippé à quelqu’un, je me suis appuyé sur le fond pour remonter. J’ai coulé une deuxième fois. Je pensais que c’était fini pour moi », relate un « bazar », élève de première année participant à ce « bahutage » organisé par des deuxièmes années de la prestigieuse école militaire.

« J’ai appris la mort de Hami, ça aurait pu être moi », a témoigné un autre lors de l’instruction.

A la barre, Hugues Delvolve, 30 ans, qui était « colonel des gardes », à savoir un des plus hauts responsables du « bahutage », dans le jargon de Saint-Cyr, encaisse. « La situation a malheureusement complètement dérapé et a échappé à tout contrôle. L’objectif n’a jamais été de créer une situation virant au drame », se défend le prévenu, qui a démissionné de l’armée cet été après avoir été cadre pendant cinq ans dans un régiment d’infanterie.

« Ce qui pose problème, c’est cette confiance à des jeunes élèves-officiers » pour réaliser un exercice de cette ampleur, note Me Jean-Guillaume Le Mintier, avocat de la famille Hami. « Mais ça ne les dédouane pas totalement, ce ne sont pas des jeunes en perdition mais qui avaient un discernement », ajoute-t-il, critiquant « une soif de surenchère ».

Après Marc Assier de Pompignan, cinquième et dernier des prévenus qui étaient élèves-officiers au moment des faits, le général Francis Chanson, poursuivi comme les autres prévenus pour homicide involontaire, est attendu à la barre en fin d’après-midi. Il devrait s’expliquer sur le rôle de la hiérarchie de l’école dans le drame.

Le procès des sept militaires doit s’achever vendredi.

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