à Dansha, dans la base militaire où le conflit au Tigré a commencé

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Le soir du 3 novembre, quand le capitaine Hussen Besheir de l’armée fédérale éthiopienne a pris sa garde à la base de Dansha, il était loin de se douter qu’il allait bientôt livrer la première bataille du conflit dans la région du Tigré.

Il était près de minuit quand il a vu des phares s’approcher. Dix hommes en armes des forces spéciales du Tigré sont sortis du véhicule. « Nous ne sommes pas là pour toi. Nous voulons parler aux commandants » du camp, ont-ils dit, se souvient Hussen.

Aussi petit qu’inflexible, Hussen leur a refusé l’accès. Très vite, la situation s’est envenimée et des coups de feu ont été tirés, sans doute les tout premiers d’un conflit qui, trois semaines plus tard, a déjà fait plusieurs centaines de victimes et poussé des dizaines de milliers d’habitants à fuir leur foyer.

Le 4 novembre, le Premier ministre et prix Nobel de la Paix 2019 Abiy Ahmed lançait une « opération militaire » pour déloger les dirigeants de cette région dissidente issus du Front de Libération du Peuple du Tigré (TPLF). L’armée fédéral menace à présent de prendre Mekele, la capitale régionale.

Cette semaine, une équipe de l’AFP a été autorisée à se rendre dans le camp de Dansha, qui abrite le 5e Bataillon du Commandement Nord de l’armée éthiopienne, alors même que le black out quasi total imposé sur la région du Tigré se poursuit.

Sur place, des étuis de cartouche jonchent le sol et les murs de plusieurs baraquements sont troués de balles, tout comme les bâches des camions militaires.

– Trahison –

Hussen et ses camarades ont décrit à l’AFP plusieurs heures de combats à l’arme automatique et à la grenade contre les forces du Tigré. Mais également contre des soldats de leur propre garnison ayant fait allégeance au TPLF et qui se sont retournés contre l’armée fédérale.

En écho au Premier ministre Abiy Ahmed qui affirmait le 4 novembre que des soldats « avaient été tués alors qu’ils étaient en pyjama », Hussen ajoute: « Ce qui s’est passé ici est pire que ça ».

« Le mot trahison à lui seul ne saurait décrire ce que je ressens. Ce sont des soldats avec qui nous mangions et nous buvions », se désole-t-il.

Le gouvernement d’Addis Abeba avait mis en avant l’attaque de Dansha et celle d’une autre base à Mekele pour justifier son offensive au Tigré. Un haut responsable du TPLF, Wondimu Asamnew, avait rapidement remis en cause cette version: « Il n’y a pas eu d’attaque » et Dansha n’a été qu’un prétexte pour déclencher l’invasion du Tigré.

Les tensions entre M. Abiy et le TPLF s’étaient exacerbées ces derniers mois au point de faire craindre des violences armées. Le TPLF a contrôlé d’une main de fer durant près de trois décennies l’appareil politique et sécuritaire du pays, avant d’être progressivement écarté par M. Abiy devenu Premier ministre en 2018.

– Les Amhara en renfort –

A Dansha, les forces fédérales ont pu compter sur le renfort de troupes venues de l’Amhara, la région voisine au sud.

Tadilo Tamiru, sergent des forces spéciales amhara, se trouvait à 50km de Dansha lorsque son unité de 170 hommes a reçu l’ordre de faire route vers le nord pour aider les soldats gouvernementaux.

« Le soutien que nous avons apporté aux forces éthiopiennes a été très important », dit-il, assurant que ce renfort a changé le cours de la bataille.

A présent, les forces spéciales amhara sont intégrées aux troupes fédérales du camp de Dansha, où elles dorment sur des matelas posés à l’extérieur des baraquements.

Interrogé sur leur présence, eux qui sont censés défendre la région voisine, Tadilo explique: « Tant que la mission de maintien de la paix sera en place ici, nous resterons ».

Les restrictions d’accès au Tigré imposées dès le début du conflit et la coupure des lignes téléphoniques et du réseau internet rendent très difficile la vérification des assertions de chaque camp.

A Dansha, l’équipe de l’AFP a constaté de nombreux impacts de balle dans le camp militaire mais pas vraiment de traces de combats dans la localité elle-même.

Certaines échoppes étaient laissées à l’abandon ou fermées mais, à l’inverse d’autres localités du Tigré visitées par l’AFP, la ville offrait le spectacle d’une activité normale: voitures et bétail encombraient la chaussée tandis que des femmes s’affairaient à torréfier du café sur le bord de la route.

– « Maintien de la paix » –

Des habitants soulagés ont décrit à l’AFP la peur qui les a gagnés en entendant les échanges de tirs d’armes automatiques en provenance du camp.

« Lors de la première nuit, il y a eu beaucoup de tirs. Et quand nous nous sommes levés le matin, il y avait des douilles partout », explique Mulye Bayu, une vendeuse de café de 19 ans.

Le silence est ensuite descendu sur la ville puis, une fois que les forces fédérales en ont pris totalement le contrôle, la vie a repris son cours normal, à cette différence que les responsables locaux du TPLF et administrateurs de la ville ont décampé.

« Dans la précédente administration à Dansha, ils venaient tous du même parti », explique Kibrom Girmay, un Amhara occupé avec quatre autres personnes à enregistrer les candidats pour les postes de fonctionnaires vacants.

Notre priorité, dit-il, c’est « le maintien de la paix » et prévenir les pillages. « Après, nous commencerons à fournir des services de base, comme la santé, et à aider les paysans à retourner dans les champs », affirme-t-il.

D’après M. Kibrom, les Tigréens de Dansha ne seront pas exclus de la nouvelle administration.

A bien l’écouter, mieux vaudrait tout de même pour les candidats ne pas afficher de sympathie pour le TPLF, lui qui assène: « Le plan du TPLF était de provoquer une guerre civile dans le pays ».

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