Le préfet Didier Lallement, un homme intransigeant, imperméable aux critiques

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Cible redoublée des critiques et des appels à la démission tant il incarne les violences policières pour une partie de l’opinion et la gauche, le préfet de police de Paris Didier Lallement apparaît comme un haut fonctionnaire intransigeant et autoritaire, qui assume son impopularité.

Un préfet « aux méthodes de psychopathe », selon Jean-Luc Mélenchon (LFI), « un fou furieux », selon un policier chevronné… : les sobriquets, tous plus acérés les uns que les autres, Didier Lallement les collectionne, sans que cela ne l’affecte. Pas plus que les appels à la démission.

« Qu’on le dépeigne en affreux, il n’en a rien à taper. Il y voit même une forme de reconnaissance de son autorité », confie à l’AFP un de ceux qui le connaît bien.

Quand en mars 2019, après le limogeage de Michel Delpuech jugé trop laxiste, il prend la tête de la préfecture de police de Paris (PP), sa réputation d' »homme à poigne », comme préfet de la Nouvelle Aquitaine, l’avait précédée. A Bordeaux, certains avaient sabré le champagne à l’annonce de son départ pour la capitale.

Didier Lallement doit beaucoup à Jean-Pierre Chevènement, qui lui a donné une casquette de préfet en 2000. Il l’avait rejoint dans sa jeunesse au sein du Ceres, un ancien courant du PS. « La République », « le service de l’Etat », « la fermeté » sont ses totems.

Il a une fascination toute particulière pour la chose militaire, les batailles mémorables, l’épopée napoléonienne ….. Il affectionne particulièrement la Légion étrangère – il en est membre d’honneur – dont il arbore l’insigne avec fierté sur son uniforme.

Le choix de nommer Didier Lallement à la PP est celui du président Emmanuel Macron. Sa mission: appliquer une nouvelle stratégie du maintien de l’ordre après les exactions du 1er décembre 2018 à Paris lors de l’acte 3 des « gilets jaunes ». L’objectif: aller au contact des manifestants pour éviter les dégradations, quitte à assumer des affrontements violents.

« Votre main ne devra pas trembler », lui avait demandé Christophe Castaner, alors ministre de l’Intérieur. Un an et demi plus tard, Didier Lallement n’a pas vacillé.

– « Stratège » –

Né en août 1956 à Lyon, ce féru d’histoire a un physique reconnaissable entre mille: visage tranchant, regard bleu, léger sourire au coin des lèvres, silhouette longiligne et cheveux blanc séparés par une fine raie au milieu. « Ce n’est pas un comique, mais un adepte de l’humour au second degré », dit de lui un ancien ministre.

Tous ceux qui l’ont côtoyé, proches, anciens ministres, fonctionnaires, syndicalistes interrogés par l’AFP, le décrivent comme « très déterminé », « gros travailleur », « un stratège de l’Etat ».

Ils le dépeignent aussi comme « dur avec les autres et dur avec lui-même ». « L’exigence que je place en vous, je me l’impose aussi », a-t-il écrit vendredi aux policiers sous son autorité, à la veille des nouvelles manifestations contre les violences policières et la loi « sécurité globale ».

« Il a une mission, il l’exécute » en « fidèle serviteur de l’Etat », résume un proche.

Quand on l’interroge sur les appels à sa démission, il balaie d’un revers de main: « Et alors? J’irais à la Cour des comptes. Je serais payé pareil et je travaillerais cinq fois moins ».

Un responsable d’un syndicat policier juge qu’il « s’est créé un personnage avec une carapace, mais sait écouter ». « Il ne transige pas. L’avantage, c’est qu’avec lui on sait à quoi s’en tenir », renchérit un autre.

Préfet de police de Paris, c’était son « Graal », assurent des proches. Didier Lallement ne cache guère son contentement de diriger cet « Etat dans l’Etat », quitte à être arrogant.

La scène, en novembre 2019 Place d’Italie, au lendemain d’une manifestation mouvementée, où il croise une femme « gilets jaunes », est symptomatique: « Nous ne sommes pas du même camp, madame! », lâche-t-il. Il concèdera plus tard « une maladresse ».

Didier Lallement n’a pas fait l’Ena, mais une école de commerce moyenne et sa trajectoire le rend difficilement classable politiquement.

La cinquantaine venant, il s’est rapproché de la droite en rencontrant Dominique Perben en 2002. Perben est alors Garde des Sceaux, Lallement, patron de la pénitentiaire. Ils s’apprécient et resteront très liés.

Ce fils d’une secrétaire de direction et d’un technicien commercial avait pourtant découvert les cabinets ministériels avec la gauche en 1988 avant d’entrer à l’Intérieur en 1997.

Il y reviendra en 2012 avec Manuel Valls, comme secrétaire général. A l’arrivée de Bernard Cazeneuve, le courant ne passe pas. Il part à la Cour des Comptes, avant d’être nommé en 2017 préfet à Bordeaux.

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