« ça m’a rendu fou d’avoir l’image d’Alep à Paris »

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Le photographe syrien Ameer al-Halbi, encore sous le choc après avoir été blessé lors de la manifestation samedi, affirme que le plus dur a été de revivre à Paris une situation vécue dans son Alep natale, huit ans plus tôt, avec « du sang partout ».

Ce photographe qui avait couvert le conflit syrien pour l’AFP se trouvait sur le terrain à titre indépendant lors de la manifestation contre le texte de loi « sécurité globale » et les violences policières. Une enquête « administrative interne » réclamée par l’AFP a été ouverte par la police pour déterminer les circonstances de l’incident.

Q: Que s’est-il passé samedi soir?

R: Quand je suis arrivé Place de la Bastille, les échauffourées ont commencé entre manifestants et policiers. J’ai continué à prendre des photos même si la situation devenait violente. Quelques minutes avant (l’incident), je prenais des photos de policiers qui étaient en train de frapper quelqu’un. On était trois, quatre photographes adossé contre un mur, on a pris nos distances. A un moment, la police a couru en direction des manifestants. Je me suis demandé si je devais courir comme tout le monde ou continuer à faire des photos, mais je suis photographe, donc j’ai continué. Ma caméra est imposante, c’est clair que j’étais en train de prendre des photos, donc je ne sais pas exactement ce qui s’est passé, j’étais concentré sur ma caméra, plus que sur l’atmosphère autour (…). Je ne faisais pas attention, les policiers sont arrivés et d’un coup je me suis retrouvé au sol, je ne me suis pas rendu compte de ce qui s’est passé. Je pense que c’était un seul coup. Les gens m’ont marché dessus puis quelqu’un m’a aidé. Je n’avais pas mon équipement de protection, confisqué par la police pendant une manifestation de Gilets jaunes car je n’avais pas de carte de presse. A l’hôpital, on m’a opéré du nez et au-dessus de l’oeil pendant 30 minutes sans anesthésie, ils avaient peur d’une hémorragie, je criais, c’était très douloureux.

Q: Qu’avez-vous ressenti au moment du coup?

J’avais plus peur de perdre mon appareil photo que pour moi-même. Je ne pensais pas que j’étais blessé, je n’ai pas vraiment senti la douleur. Quand je suis arrivé au bout de la rue, j’ai vu du sang sur les vêtements, sur l’appareil photo. Je faisais mon travail, je ne m’attendais pas à ça, je n’ai rien fait de mal. Avant (de venir en France il y a trois ans), je ne pensais pas que la police pouvait être violente à l’étranger. La première fois que j’ai couvert une manifestation à Paris, j’avais confiance, je prenais des photos violentes mais j’étais dans un pays qui respectait les libertés et la presse. Je ne m’attendais pas du tout que ceci arrive à Paris, c’était un choc. Je n’arrive pas à dormir, je revis encore la situation.

Q: Quel est votre sentiment au vu de votre expérience en Syrie?

R: C’était dur parce que ça m’a renvoyé à une image de la Syrie. Ça m’a rappelé une situation vécue lorsque j’avais 15 ans, lors d’une manifestation en 2012 à Alep. J’avais été blessé par balles, à la main, j’étais bloqué entre les manifestants et les policiers et je ne pouvais pas aller à l’hôpital immédiatement. Je ne fais certainement pas de comparaison entre la France et la Syrie, la violence là-bas est incomparable, mais c’était choquant de revivre ça à Paris, dans un endroit où je n’imaginais pas que je verrais du sang partout dans la rue. Ça m’a rendu fou d’avoir l’image d’Alep à Paris, huit ans plus tard. A Alep, j’ai perdu une caméra, j’ai vu des bombardements devant moi. Mais la vision de mon appareil photo plein de sang, ça m’a fait quelque chose.

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