Décès de l’ex-archevêque d’Alger Henri Teissier, témoin de la « décennie noire »

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Henri Teissier, archevêque émérite d’Alger, témoin de l’actualité algérienne pendant la « décennie noire » et artisan convaincu du dialogue islamo-chrétien, est décédé mardi.

Mgr Teissier, 91 ans, a été victime d’un AVC lundi et admis à l’hôpital Herriot à Lyon, où il est « parti » mardi « à 06h du matin », ont affirmé à l’AFP des sources catholiques au diocèse de Lyon et à Alger.

« Nous perdons un père et un frère, celui qui nous a guidés, conduits et accompagnés durant de longues années dans cette église d’Algérie durant la guerre (d’indépendance), la +décennie noire+… Il était très proche de tout le monde », a déclaré à l’AFP Mgr Paul Desfarges, son successeur.

Archevêque d’Alger de 1988 à 2008, Mgr Teissier fut le témoin direct des atrocités de la « décennie noire » (1992-2002) qui a vu périr environ 200.000 personnes, dont de très nombreux civils, victimes d’attentats ou de massacres imputés aux groupes islamistes qui ont affronté les forces de sécurité.

« Si, le 29 octobre 1993, lorsque le Groupe islamique armé (GIA) nous a envoyé une lettre pour nous donner l’ordre de quitter le pays avant le 1er décembre, nous étions partis, il n’y aurait plus de chrétiens en Algérie », confiait-il il y a trois ans au site d’information Middle East Eye.

« Durant les temps sombres, Mgr Teissier est resté en Algérie, témoignant ainsi sa solidarité avec le peuple algérien », a souligné l’ancien ministre et intellectuel Mustapha Cheriff.

L’assassinat des moines trappistes de Tibhirine par le GIA ou celui de l’évêque d’Oran Pierre Claverie en 1996 auront été « une souffrance, qu’il a gardée jusqu’au bout », a confié le père Christian Delorme, figure du dialogue interreligieux à Lyon.

Au total 19 prêtres, religieux et religieuses du diocèse d’Alger, aujourd’hui béatifiés, ont été tués dans les années 1990.

Né le 21 juillet 1929 à Lyon dans une famille originaire de Philippeville (actuelle commune algérienne de Skikda), Henri Teissier passe son enfance et une partie de sa jeunesse en Algérie, où son père est officier.

– « Incroyable énergie » –

Après des études d’arabe, de langues orientales puis de sciences islamiques à l’université du Caire, il débute comme prêtre à Alger en pleine guerre (de 1958 à 1962), vicaire dans le quartier populaire de Belcourt.

En 1962, il met sur pied une maison ouverte à la culture arabo-musulmane, au « dialogue avec les Algériens » qu’il dirigera jusqu’en 1972, date à laquelle il devient évêque d’Oran. Il opte en 1966 pour la nationalité algérienne.

« L’Algérie, c’est mon espérance. C’est le lieu où je peux apporter ma petite contribution à la réconciliation et à la fraternité universelles. C’est la part d’humanité qu’il m’a été donné de servir et d’aimer », confiait en 2003 au journal La Croix cet excellent arabisant et spécialiste de l’islam.

Il était très attaché à la défense des chrétiens d’Orient.

A la retraite depuis 2012, « il faisait l’aller-retour (entre Lyon et Alger) mais à cause du Covid, il ne pouvait pas revenir », a précisé Mgr Desfarges. Il se préparait à revenir en décembre pour animer une retraite avec l’ensemble des prêtres d’Algérie.

Tous les témoignages évoquent un prélat d’une grande humilité, chaleureux, intarissable sur l’Algérie et le dialogue entre les religions.

Le père Delorme décrit « un homme simple et plein d’humour », qui avait encore « une incroyable énergie ». « Il n’arrêtait pas, il devait donner une conférence la semaine prochaine à Blois au sujet du livre qu’il venait de sortir sur l’émir Abdelkader ».

En adressant ses condoléances, le Premier ministre algérien Abdelaziz Djerad a rendu hommage à « un passionné de l’histoire de l’Algérie » et à « un défenseur des valeurs de tolérance, de coexistence et de dialogue interconfessionnel ».

Le ministre de l’Intérieur français, Gérald Darmanin, a rendu hommage dans un tweet, à une « figure marquante de l’Algérie et de son Église, repère de courage au cours des années noires ».

De son côté, l’ambassadeur de France en Algérie, François Gouyette, a salué sur Twitter « un homme de paix ».

Les funérailles de Mgr Teissier auront lieu samedi matin à la Primatiale Saint-Jean de Lyon. Il est prévu de rapatrier son corps en Algérie, où un hommage lui sera rendu par l’église locale.

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