les pressions des clubs, « c’est de bonne guerre », selon le médecin des Bleus

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Les pressions des clubs envers la sélection pour reposer leurs joueurs, « c’est de bonne guerre » mais « neuf fois sur dix ça se passe bien », déclare dans un entretien à l’AFP Franck Le Gall, médecin de l’équipe de France de football.

Auteur de « Traumatologie du football et Return To Play » (éditions Geoffroy), ce membre de l’encadrement des Bleus décrypte les relations parfois tendues avec les clubs et analyse les risques que la crise sanitaire fait peser sur les joueurs, craignant un « effet boule de neige » de blessures dans un calendrier surchargé.

Q: Vous avez exercé comme médecin en club (Lille et Marseille) puis en sélection. Est-ce différent?

R: « Normalement c’est le même métier, mais les intérêts peuvent diverger. En club, vous aimeriez bien profiter des trêves internationales pour que les joueurs rechargent les batteries. En sélection, vous avez envie d’avoir les meilleurs. Les objectifs peuvent diverger, chacun aimerait que l’autre respecte des charges de travail pour que le joueur puisse se reposer. C’est quasi antinomique. Mais quand vous travaillez en bonne intelligence, chacun comprend que le principal c’est la santé du joueur. »

Q: Est-ce parfois pesant de faire l’interface avec les clubs?

R: « Non, c’est ce qui est intéressant. La journée sans doute la plus intéressante en sélection, c’est le lundi quand les joueurs arrivent. Les jours précédents, vous savez qu’il y a tel ou tel problème. Didier (Deschamps, le sélectionneur) décide de les prendre parce qu’il a des infos rassurantes, moi j’ai les infos médicales. Le lundi, j’examine les joueurs. C’est là que l’on décide le programme. On est là pour faire au plus vite mais avec le minimum de risques derrière. On n’est pas là pour faire n’importe quoi, il faut trouver le juste milieu. On a le joueur en soin 3 ou 4 heures par jour, on propose des séances, on avance. Il faut qu’il y ait une confiance réciproque entre clubs et sélection. L’intérêt doit être le même: la santé du joueur. Il ne faut surtout pas rendre un joueur plus mal qu’il ne l’était en arrivant. »

Q: Y a-t-il parfois des coups de pression de la part des clubs?

R: « Oui, mais c’est de bonne guerre. C’est important de faire venir le joueur au début de rassemblement le lundi quand on a un doute, de pouvoir examiner le joueur et de pouvoir discuter avec lui en direct. Neuf fois sur dix, les échanges avec les clubs se passent bien. En début d’année, je suis allé dans presque tous les clubs: à Barcelone, en Angleterre à Manchester et Chelsea, à Munich… Je suis allé un peu partout pour rencontrer les médecins, il y avait des joueurs blessés à voir dans chaque club. C’était l’occasion d’échanger directement, là où j’échangeais d’habitude par téléphone, WhatsApp ou Internet (…) Les clubs sont contents de voir que le médecin de la sélection se déplace, je ne suis pas sûr que ce soit très fréquent. Cela permet de se rendre compte qu’on est tous là pour la santé du joueur. »

Q: Concernant les footballeurs contaminés par le Covid-19, que sait-on des conséquences à court et moyen terme?

R: « Chaque cas est particulier, on ne peut pas en tirer une généralité. Cependant, a priori il n’y a pas de gros souci pour la récupération à moyen terme. Au niveau respiratoire, il peut y avoir un impact. Si le Covid enlève au joueur ne serait-ce que 5% de ses capacités respiratoires, est-ce qu’il va les récupérer 6 mois ou un an après ? On ne sait pas. Il y a eu aussi des cas de myocardites chez des sportifs asymptomatiques, il faut être très méfiant. C’est au médecin de club (…) de s’assurer que le joueur a complètement récupéré. »

Q: Après l’arrêt des compétitions au printemps pour cause de pandémie, le calendrier est encore plus dense qu’habituellement. Constate-t-on davantage de blessures musculaires?

R: « Il faudrait que des vraies statistiques sortent pour le dire, mais j’aurais tendance à dire oui. Parfois, il y a des effets boule de neige. Il y a une saison où on était en Ligue Europa, on a eu jusqu’à sept, huit ou neuf joueurs blessés sur une même journée, deux, trois ou quatre jours de suite. Quand vous remettez ça sur une saison complète, il ne faut pas qu’il y en ait autant. »

Propos recueillis au téléphone par Jérémy TALBOT.

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