« une course contre la montre », dit le procureur général du Rwanda

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Plus de 26 ans après, c’est une « course contre la montre » pour juger les suspects de génocide réfugiés dans le monde, reconnaît auprès de l’AFP le procureur général du Rwanda Aimable Havugiyaremye, qui travaille à la digitalisation des témoignages pour permettre une meilleure coopération internationale.

Question – Le Rwanda a lancé 1.145 mandats d’arrêt internationaux dans 33 pays visant des personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide contre la minorité tutsi au Rwanda qui entre avril et juillet 1994 a fait plus de 800.000 morts. A quels défis faites-vous face ?

Réponse – C’est une course contre la montre. Ce qui est plus difficile avec le temps qui passe, c’est d’identifier ces suspects, même physiquement. Et comme ils savent qu’ils sont suspectés, la plupart ont changé d’identité, de nationalité… C’est pourquoi il faut toujours une coopération internationale et fournir beaucoup d’énergie en faisant des enquêtes.

L’une de nos stratégies, c’est de digitaliser les témoignages que nous avons pour le moment et (…) de mettre en place une base de données: si on a recueilli le témoignage de quelqu’un, qu’il soit disponible et qu’il puisse être partagé. Au lieu d’aller interroger un témoin dans les collines, puis qu’après une semaine une autre équipe vienne pour l’interroger, puis un mois après une autre…

Le but c’est de les scanner, répertorier et de les rendre accessibles sur demande à des systèmes judiciaires en Europe par exemple. Dans le cadre des mandats d’arrêt internationaux et des actes d’accusation, cela pourra nous servir.

Il faut que soit une leçon aussi pour les autres pays, que avec les crimes internationaux, peu importe le nombre d’années qui peuvent passer, les suspects peuvent toujours être recherchés et appréhendés.

Q – Comment se passe votre coopération avec les pays où ces présumés génocidaires sont réfugiés ?

R – Les pays avec lesquels on travaille le plus actuellement ce sont la France, la Belgique, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas.

En France, il y a ce concours de l’association Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) qui nous aide beaucoup dans notre mission de rechercher les personnes qui ont perpétré le génocide qui se sont enfuis (en France), mais on sent aussi la détermination du parquet français. Je salue cette volonté politique aujourd’hui en France pour que justice soit rendue.

Il y a beaucoup de génocidaires qui ont fui et que nous connaissons, mais il y a des pays qui ne réagissent pas suffisamment parce qu’il n’y a pas cette volonté politique, même chez certains pays africains. Donc voir un pays européen qui fait ça, il faut le saluer.

Ainsi si (Félicien) Kabuga (« financier » présumé du génocide, arrêté en mai en banlieue parisienne, NDLR) a été arrêté, c’était grâce au concours d’une coopération internationale surtout au niveau de l’Europe, notamment la France et l’Allemagne.

Q – Des rescapés sont inquiets face à la libération de condamnés qui dans les prochaines années auront purgé leur peine et seront de retour dans leur village. Que leur répondez-vous ?

R – Je n’ai pas cette inquiétude. Il y a déjà eu des précédents, des gens condamnés avec des peines de quelques années, qui ont été libérés et qui sont retournés dans leurs villages.

Nous avons une administration locale bien organisée qui aide à leur réintégration dans la société.

Mais je comprends aussi très bien les inquiétudes (des rescapés). On a eu quelques cas isolés de génocidaires qui n’ont jamais accepté qu’ils ont commis le génocide et (…) qui ont voulu influencer des témoins dans des cas de génocide pour qu’ils se rétractent. Mais avec le concours des organes de sécurité on a pu remédier à ce problème.

Ce que l’on privilégie au niveau du Rwanda, c’est que la justice soit faite (…) et quand les personnes condamnées qui ont purgé leurs peines sont libérées, on soutient aussi leur réintégration.

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