MBS, prince héritier saoudien entre réformes et répression féroce

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn
Share on whatsapp
WhatsApp

Accusé par les services de renseignement américains d’avoir « validé » l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, est devenu rapidement l’homme fort du royaume, menant en même temps réformes et répression de toute dissidence.

« Nous sommes parvenus à la conclusion que Mohammed ben Salmane a validé une opération à Istanbul pour capturer ou tuer le journaliste Jamal Khashoggi », écrit la direction du renseignement national dans un document déclassifié de quatre pages. « Le prince héritier considérait Khashoggi comme une menace pour le royaume (…). »

En 2018, des élus américains et des experts de l’ONU avaient accusé le prince d’avoir commandité l’assassinat survenu en octobre de la même année. Le prince saoudien appelé MBS avait rejeté ces accusations, assumant néanmoins sa responsabilité en tant que dirigeant de facto du royaume.

Malgré le scandale, son père, le roi Salmane âgé de 82 ans et malade, le suit sur presque tous les dossiers. A 32 ans, celui qu’on surnomme « MBS » est indubitablement l’homme fort du royaume, première économie arabe et premier exportateur de brut au monde.

Né le 31 août 1985, l’homme à la barbe noire fournie et aux robes traditionnelles clinquantes, assure travailler 16 heures par jour et dit avoir reçu une éducation maternelle stricte. Diplômé en droit de la King Saud University, il a deux garçons et deux filles.

« C’est une machine intellectuelle, il est vraiment dans la stratégie », affirme un responsable occidental sous couvert de l’anonymat. Il est « parfois impulsif » et « s’enflamme » quand il évoque ses projets.

– « Pouvoir extraordinaire » –

Le prince s’est donné pour missions de restructurer l’économie, trop dépendante du pétrole, et de réformer la société très conservatrice, dans ce pays qui abrite les premiers lieux saints de l’islam. Il a promis une Arabie saoudite « modérée et tolérante », où la moitié des 31 millions d’habitants a moins de 25 ans.

Pourtant, les autorités ont mené des vagues d’arrestations dans les milieux religieux, intellectuel, économique et même au sein de la famille royale, une « modernisation de l’autoritarisme », selon Stéphane Lacroix, spécialiste de l’Arabie saoudite.

Sous MBS, les femmes obtiennent l’autorisation de conduire en juin 2018 et peuvent désormais se mêler aux hommes dans les concerts pop ou les matches de football.

En parallèle du bourgeonnement des divertissements, une répression implacable s’est abattue sur la société civile, y compris sur des militantes pour les droits des femmes, emprisonnées.

En juin 2017, MBS écarte avec l’aide de son père un cousin, le prince Mohammed ben Nayef, puissant ministre de l’Intérieur, pour prendre sa place comme héritier.

En novembre 2017, après la création d’une « commission anticorruption » qu’il dirige, quelque 200 personnalités (princes, ministres, ex-ministres, hommes d’affaires) sont arrêtées, une purge sans précédent.

Mohammed ben Salmane a réussi à s’octroyer « un pouvoir et une influence extraordinaires en très peu de temps », relève Frederic Wehrey de l’institut Carnegie Endowment for International Peace à Washington.

Son programme « Vision 2030 », lancé en pleine chute des prix du brut, vise à diversifier l’économie, avec notamment l’introduction en Bourse du géant pétrolier public Aramco et un fonds souverain visant la première place avec 2.000 milliards de dollars.

– Lune de miel avec Trump –

Le prince héritier cumule les postes de vice-Premier ministre, ministre de la Défense, conseiller spécial du souverain et président du Conseil des affaires économiques et de développement, qui cherche à transformer Aramco en « conglomérat industriel mondial ».

MBS a aussi supervisé l’intervention militaire de l’Arabie saoudite au Yémen en 2015 pour combattre les rebelles soutenus par l’Iran, grand rival du royaume.

Ces dernières années, Ryad a adopté une politique étrangère plus offensive, largement facilitée par l’ex-président américain Donald Trump, le milliardaire ne tarissant pas d’éloges à l’égard de « MBS », dirigeant d’un stratégique acheteur de matériel militaire américain.

Ces derniers mois néanmoins, l’Arabie saoudite adoptant une politique plus conciliante, a tenté de trouver une solution politique au Yémen, s’est réconciliée avec le Qatar et a sorti de prison des militants, dont la célèbre militante Loujain al-Hathloul.

Comments

0 comments

Dans la même catégorie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Derniers articles

Cinéma

Technologie

Les plus lus