nouvelles manifestations malgré la répression meurtrière de la veille

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Les Birmans ont de nouveau manifesté jeudi pour réclamer le rétablissement de la démocratie, mais la peur était présente dans tous les esprits au lendemain de la répression la plus meurtrière depuis le coup d’Etat du 1er février.

Au moins 38 personnes, d’après l’ONU, ont été tuées mercredi par les forces de sécurité, qui ont tiré à balles réelles sur des rassemblements en faveur de la démocratie, suscitant de nouvelles protestations internationales.

L’armée doit cesser d' »assassiner et (d’) emprisonner les manifestants », a exhorté Michelle Bachelet, la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, « consternée par les attaques documentées contre le personnel médical d’urgence et les ambulances qui tentent de prodiguer des soins aux personnes blessées ».

Malgré la crainte des représailles, plusieurs manifestations ont eu lieu, notamment à Rangoun, la capitale économique.

« Nous sommes unis ! », ont scandé des contestataires derrière des barricades faites de vieux pneus, de briques, de sacs de sable et de fil de fer barbelé.

Non loin de là, des commerçants se dépêchaient d’écouler leurs marchandises. « C’est dangereux de rester ici. La police et l’armée tirent aussi dans les rues. Il vaut mieux rentrer à la maison et revenir le soir », a relevé un vendeur ambulant.

Certains rassemblements ont été dispersés avec du gaz lacrymogène, d’après un média birman.

Dans le quartier de San Chaung, théâtre d’importantes violences ces derniers jours, des images du chef de la junte, Min Aung Hlaing, ont été placardées au sol par des contestataires pour que les piétons puissent les piétiner, une ruse pour gêner l’armée et la police qui n’oseront pas faire de même.

« Résister est notre devoir », a souligné Thinzar Shunlei Yi, une militante de premier plan, promettant de descendre tous les jours dans les rues.

La junte semble plus déterminée que jamais à éteindre le vent de fronde qui souffle sur la Birmanie depuis le putsch qui a renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi.

– « Tout ira bien » –

Mercredi, des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des manifestants couverts de sang et blessés par balle à la tête.

La télévision d’Etat a imputé « les émeutes » aux contestataires, assurant que les forces de sécurité n’utilisaient que « des armes destinées au contrôle des foules afin de minimiser les blessures ».

Au moins 54 civils ont été tués depuis le coup d’Etat, selon l’ONU. Parmi eux, quatre mineurs, dont un adolescent de 14 ans, d’après l’ONG Save the Children. On compte aussi des dizaines de blessés.

L’armée a fait état pour sa part de la mort d’un policier. Sollicitée, elle n’a pas répondu aux multiples requêtes de l’AFP.

« Le recours à la force meurtrière (…) montre à quel point les forces de sécurité craignent peu d’être tenues pour responsables de leurs actes », a souligné Richard Weir, de l’ONG Human Rights Watch.

Les Birmans continuent à enterrer leurs morts.

Une foule très importante a participé jeudi à Mandalay (centre) aux funérailles d’une femme de 19 ans qui s’est éteinte la veille. « Il n’y aura pas de pardon pour vous jusqu’à la fin du monde », a scandé l’assemblée, réunie devant son cercueil entouré de fleurs.

Kyal Sin est devenue un symbole : une photo où on la voit, peu de temps avant d’être visée par un tir mortel, portant un t-shirt sur lequel est écrit « Tout ira bien » est devenue virale sur les réseaux sociaux.

A Rangoun, un autel a été improvisé avec des cônes de signalisation autour de taches de sang pour que les habitants de la ville puissent déposer des fleurs en hommage aux morts.

Le parti d’Aung San Suu Kyi a mis les drapeaux en berne dans ses bureaux.

– Washington et Johnson « horrifiés » –

Le président français Emmanuel Macron a demandé « l’arrêt immédiat de la répression ». Le département d’Etat américain, « horrifié et révulsé », a appelé la Chine à « user de son influence » auprès des généraux birmans.

« Horrifié » également, Boris Johnson, le Premier ministre du Royaume-Uni, l’ancienne puissance coloniale, a « appelé à la fin de la répression militaire » et « au rétablissement de la démocratie ».

Pékin et Moscou, des alliés traditionnels de l’armée birmane aux Nations unies, n’ont pas officiellement condamné le coup d’Etat, considérant la crise comme « une affaire intérieure ».

La répression se poursuit aussi sur le terrain judiciaire.

Aung San Suu Kyi, toujours tenue au secret par l’armée, est désormais visée par quatre chefs d’inculpation, dont « incitation à des troubles publics », tandis que l’ex-président Win Myint est notamment accusé d’avoir enfreint la Constitution.

Six journalistes birmans, dont Thein Zaw, un photographe de l’agence américaine Associated Press (AP), sont poursuivis pour avoir « causé la peur au sein de la population, répandu de fausses informations (…) ou incité des employés du gouvernement à la désobéissance ». Ils risquent trois ans de prison.

Plus de 1.700 personnes ont été arrêtées depuis le 1er février, d’après l’ONU.

Les précédents soulèvements populaires de 1988 et de 2007 avaient été réprimés dans le sang par les militaires.

L’armée, qui conteste le résultat des élections législatives de novembre massivement remportées par le parti d’Aung San Suu Kyi, a promis d’organiser un nouveau scrutin, sans toutefois donner aucune date.

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