GPIS : une direction au secours des salariés

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En ce début 2021, un organisme de sécurité privé de région parisienne est le théâtre d’un conflit social à la configuration peu commune. Selon un site activiste peu suspect de condescendance à l’égard des « patrons », ce sont des salariés en grande souffrance qui ont fini par se tourner vers le directeur général, pour mener une enquête interne aboutissant au licenciement d’un… délégué syndical ! Point de situation sur une situation managériale originale.

Le GPIS

Le Groupement Parisien Inter-bailleurs de Surveillance est un groupement d’intérêt économique, créé par les principaux bailleurs sociaux parisien. Il n’a pas de but lucratif, et son objet est d’assurer la surveillance de quelque 150 000 logements sociaux, tous les jours de l’année, sur un créneau, avec des fluctuations, de 17h30 à 06h30, en complément des services assurant la sûreté publique : police nationale, préfecture de police de Paris, et, bientôt, police municipale parisienne. Outre le caractère dissuasif de ses patrouilles, par leur caractère aléatoire, par leur tenue reconnaissable et par leur attitude martiale, le personnel du GPIS est également appelé à intervenir fréquemment, parfois dans des conditions de forte tension, ou de confrontation violente. Il s’agit donc d’une entité de terrain, à fort caractère opérationnel, destinée à protéger les biens et les personnes, et à permettre à la population des logements sociaux de vivre en paix.

Les protagonistes

Le personnel, au nombre d’environ 180 salariés, est constitué d’anciens membres des forces de l’ordre ou des armées, avec une expérience précédente très appréciée, et de salariés recrutés avec une moindre qualification, mais qui vont acquérir avec les formations du GPIS une expertise croissante de ces métiers de la sécurité.

À la tête du GPIS depuis l’été 2020, Michaël Sibilleau est un ancien officier de Gendarmerie, sous-préfet en détachement. Il a été nommé par le Conseil d’Administration, présidé par Stéphane Dauphin, par ailleurs directeur général de Paris Habitat, le bailleur numéro un parmi les « propriétaires » du GPIS. Sa mission est essentiellement de mettre en œuvre les projets ambitieux devant développer encore les compétences du groupement et l’ancrer toujours davantage dans le paysage de la sécurité parisienne. Précédemment directeur de cabinet du préfet de Seine Saint Denis, il connait les problématiques de sécurité publique de zones potentiellement « compliquées » comme celles dont est chargé le GPIS.

Parmi les principaux acteurs de l’affaire en cours, on trouve essentiellement les membres du CSE local, de huit membres, dominés par les syndicalistes de l’UNSA, qui a emporté les dernières élections en 2018. À leur tête, un cadre, également chef de service, David Kaddour, âgé de 46 ans, au GPIS depuis 2008. Quelques recherches sur le web et différents témoignages recueillis sous anonymat permettent de décrire un vrai professionnel de la sécurité, n’ayant eu de cesse d’améliorer les compétences techniques de son métier. Mais cette compétence serait le corollaire d’une double ambition. À l’extérieur du GPIS, devenir un personnage qui compte dans les organisations sociales du métier, ce qui l’a conduit à occuper des fonctions, au moins officieuses, dans la représentation nationale des « métiers de la sécurité » à l’UNSA. Au sein du GPIS, multiplier les initiatives pour prendre l’ascendant sur ses pairs, et pour devenir incontournable auprès des directions successives…

L’enquête interne

Cette ascension irrésistible connait un coup d’arrêt cet hiver. En effet, des salariés au nombre de plusieurs dizaines s’arment de courage et rendent compte à leur direction, à l’oral puis par écrit, de la situation qui pèsent sur eux, toujours plus lourdement, depuis des années. Déjà alerté par les audits en cours, qu’il a lui-même diligentés, et qui lui rendent compte d’une situation psychosociale dégradée, Michael Sibilleau fait face à la réalité et déclenche une enquête interne. Au bilan, 47 rapports écrits (pour 180 salariés) qui tous concorderaient pour dénoncer un système global de hiérarchie parallèle, fondé sur le copinage, le chantage et le harcèlement. Il est question d’insultes à caractère racial ou sexuel, de régler les différends en en venant aux mains, d’arrangements pré-CSE pour mettre la direction en difficulté, d’inscriptions à l’UNSA-GPIS contre des avantages dans le parcours professionnel… Et tous ceux qui n’entrent pas dans la combine sont ostracisés, tournés en ridicule publiquement, dans la vie réelle comme sur les réseaux sociaux. Au cœur de ce dispositif, et principal protagoniste : David Kaddour.

Dans de telles conditions, le résultat psychosocial est évidemment catastrophique : arrêts de travail, peur de prendre le service, projet de démission des plus anciens, de changement d’orientation, même… et pire : quelques-uns parlent même de suicides !

Le licenciement

En cohérence avec la dynamique enclenchée en décembre, la direction décide successivement d’apporter tout le soutien approprié aux salariés en danger, et surtout de les mettre à l’abri de celui qui est considéré comme le principal responsable de la situation. La médecine du travail intervient, recevant de nombreux collaborateurs, et surtout, Michael Sibilleau décide de la mise à pied conservatoire puis du licenciement pour faute grave de David Kaddour, décision appuyée par le CSE du GPIS, naguère dominé par ce dernier. Parallèlement, une partie des faits reprochés pouvant être constitutive d’un délit, et comme l’y oblige l’article 40 du Code de procédure pénale, il saisit le procureur qui, depuis a lancé une information judiciaire, indice clair que les faits reprochés sont loin d’être anodins.

La décision de l’Inspection du travail

La procédure de licenciement est ensuite transmise à l’inspection du travail, alertée sur la situation depuis de nombreuses semaines. Celle-ci, en mars et avril, procède à un complément d’instruction sur la base d’entretiens contradictoires avec les protagonistes. Elle rend son verdict le 21 avril. Contre toute attente, elle refuse le licenciement de David Kaddour, et, très concrètement, lui ouvre la porte d’un retour à son poste dès le lendemain. Ce que ne supportent pas une partie des salariés, qui font dès le 22 avril valoir leur droit de retrait, pour ne pas se retrouver dans la situation qu’ils ont déjà trop longtemps supportée, avec pour résultat une interruption des activités.

Et maintenant

Ce 27 avril, l’activité opérationnelle du GPIS est en berne. Les parties prenantes ont été informées des derniers développements, et la direction générale, en liaison avec le CA, cherche activement les solutions pour revenir à la normale.

Compte tenu de l’engagement du directeur général, et de la mobilisation initiale des salariés, mais aussi du défaut de service public que la décision de l’inspection du travail entraine de facto, il est peu probable que les choses en restent là. Sans compter les risques de débordement, et la possibilité de voies de fait, à l’initiative de Kaddour ou de salariés excédés…

Il semblerait d’ailleurs que la direction opte pour un recours auprès du ministre du travail, Élisabeth Borne. Quand bien même il s’agit d’une petite structure, sans enjeu national apparent, les tenants et aboutissants de l’affaire semblent, à ce jour et selon ce qu’on en sait, d’une limpidité et d’une gravité suffisantes pour que la chose soit tranchée rapidement. Et, selon toute logique, et aussi toute justice, à l’avantage des salariés et de leur direction, de quoi faire de cette histoire, d’un bout à l’autre, un cas d’école sur souffrance au travail.

 

 

Comments

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2 commentaires

  1. Thomas F a dit :

    Après la lecture de plusieurs articles, je condamne l’acharnement médiatique lié à cette affaire. L’article est à charge, les tenants et aboutissants n’y figure pas, avez-vous interrogé le syndicaliste dont vous parlez afin d’avoir sa version? Avez-vous eu accès au dossier, pas seulement celui monté par la Direction mais le vrai dossier, celui qui contient les preuves de cette conspiration?
    Le journaliste n’est il pas tenue de mener une enquête? La personne dont vous parlez n’est pas la seule à avoir était trainé dans la boue, sur la base de faux témoignage d’un groupuscule d’une vingtaine de personne dont certains sont sous le coup de plainte déposé pour harcèlement et diffamation, et je precise depuis bien avant cette « enquête » , il est très étonnant que les représentant du personnels ceux la même qui ont dénoncé ces pratiques ce retrouvent visées par une enquête de harcèlement.
    L’inspection du Travail à fait son travail, est à de manière totalement autonome rendu sa décision, savez-vous que 2 personnes cités dans cette enquête sont des victimes de harcèlement mis sur le banc des accusés? pourquoi ne pas les laisser s’exprimer? Parce qu’il ne sont pas sous préfet?

  2. Thomas F a dit :

    Je rajoute juste,, parce que l’injustice ne me plait guerre, ce n’est pas parce qu’un groupe d’amis décide en même temps d’écrire au Directeur qu’ils disent la vérité, ce n’est pas parce qu’ils se sont concertés, qu’ils ont raisons.
    Nous sommes en France est heureusement le tribunal médiatique n’en ai pas un et ne rend aucun verdict, place à la Justice, elle ne sera pas dupe.

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