Les députés débutent l’examen d’une loi pour réparer la « tragédie harkie »

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« Dépasser dénis et tabous »: les députés ont débuté jeudi l’examen d’un projet de loi pour demander « pardon » aux harkis et à leurs familles, dont l’histoire tragique a parfois suscité l’émotion à l’Assemblée nationale, où planent encore les fantômes de la guerre d’Algérie.

Près de 130 amendements ont été déposés sur le texte qui se veut la traduction législative d’un discours d’Emmanuel Macron le 20 septembre à l’Elysée devant les représentants de cette communauté.

Près de soixante ans après la fin de la guerre d’Algérie, il allie dimension mémorielle et indemnisation.

Voulant tourner une des « pages les plus sombres de l’Histoire de France », la ministre déléguée à la Mémoire et aux Anciens combattants Geneviève Darrieussecq veut être au « rendez-vous de la vérité et de l’honneur ».

C’est un « tournant historique dans la reconnaissance », a-t-elle souligné.

Le projet de loi « n’a pas vocation à dire l’Histoire ou à décrire les souffrances ». Selon la ministre déléguée, « la réparation ne peut pas tout, elle n’efface pas les souvenirs douloureux ».

Sous le regard de représentants de la communauté harkie présents en tribune, plusieurs orateurs des groupes politiques, dont certains sont des descendants de rapatriés d’Algérie, ont laissé percer leur émotion telle la rapporteure LREM Patricia Mirallès.

Emotion également partagée par des députés comme David Habib (PS) ou Alexis Corbière (LFI) dont les circonscription comptent de nombreux descendants de ces Algériens qui ont combattu aux côtés de l’armée française avant de débarquer en métropole dans « des conditions indignes ».

« La guerre est finie et malheur à ceux qui réactivent sans cesse les termes du conflit », a déclaré M. Corbière, visant implicitement le polémiste d’extrême droite Eric Zemmour.

« Ces hommes qui n’avaient pas de prénom français et étaient de religion musulmane ont mieux défendu la France que certains traîtres à la Nation », a souligné Julien Aubert (LR) dans une allusion sibylline à des déclarations de M. Zemmour. Il a aussi attaqué par là la reconnaissance en 2018 par Emmanuel Macron de la responsabilité de l’Etat dans la disparition et la mort sous la torture du mathématicien Maurice Audin, militant de l’indépendance algérienne, en 1957.

« Fallait-il laisser entendre que Maurice Audin, parce qu’il avait été une victime, devenait un héros, oubliant ainsi qu’il trahissait sa patrie, ses concitoyens et l’armée française? », a vilipendé M. Aubert, suscitant des protestations sur les bancs de la gauche.

Reprenant la formule de M. Corbière sur « la guerre est finie », Mme Darrieussecq a demandé à ne pas remettre « une pièce dans la machine de confrontation des mémoires ».

Avec ce projet de loi, le président Macron va plus loin que ses prédécesseurs depuis Jacques Chirac, en reconnaissant une « dette » envers ces hommes mais aussi leurs familles.

Le président de la République a pour la première fois demandé « pardon », un acte de repentance rare et jamais anodin lorsqu’il est question du conflit algérien, un sujet toujours aussi brûlant des deux côtés de la Méditerranée comme l’ont rappelé les récentes tensions entre Paris et Alger après des propos controversés de M. Macron sur la Nation algérienne.

– « Hiérarchiser les souffrances » –

Le projet de loi jongle avec le symbolique et le concret. Il reconnaît les « services rendus en Algérie par les anciens membres des formations supplétives qui ont servi la France et qu’elle a délaissés lors du processus d’indépendance de ce pays ».

Jusqu’à 200.000 harkis avaient été recrutés comme auxiliaires de l’armée française pendant le conflit entre 1954 et 1962.

Le texte reconnaît également « les conditions indignes de l’accueil » réservé aux 90.000 harkis et à leurs familles qui ont fui l’Algérie après l’indépendance.

Près de la moitié d’entre eux ont été relégués dans des camps et des hameaux de forestage.

En conséquence, le projet de loi prévoit « réparation » du préjudice avec, à la clef, une somme forfaitaire tenant compte de la durée du séjour dans ces structures.

D’ores et déjà, cinquante millions d’euros ont été inscrits dans le projet de budget 2022 pour abonder le fonds d’indemnisation.

A gauche ou à droite, les oppositions demandent que les mesures de réparation touchent tous les harkis, et pas seulement ceux qui ont « transité par ces camps », selon le communiste André Chassaigne.

M. Aubert a demandé à ne « pas trier » les harkis ni « hiérarchiser leurs souffrances ».

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