40 ans après, des proches des victimes du massacre d’El Mozote réclament justice

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Des bougies, du silence et des larmes: quelque 300 personnes ont réclamé justice et rendu hommage samedi à El Mozote, 40 ans après, au millier d’habitants – dont la moitié d’enfants – massacrés par l’armée dans ce village du Salvador, en 1981 lors de la guerre civile.

Les proches des victimes se sont rassemblés en procession, avec des fleurs, des portraits des disparus, des lanternes et des bougies allumées en main, jusqu’au monument commémoratif « El Mozote, plus jamais », sur la place principale de ce village situé à 200 km au nord-est de la capitale, San Salvador. Une minute de silence a été observée avant que les cloches de l’église ne sonnent en mémoire des habitants assassinés.

« Quarante ans ont passé mais c’est comme si ça s’était passé hier, nos blessures sont à vif, notre espoir est dans la justice », a déclaré à l’AFP Dorila Márquez, 65 ans, qui a perdu ses parents, une soeur enceinte, six neveux et nièces et cinq beaux-frères et belles-soeurs.

« Nous ne cherchons pas de l’argent, nous voulons plus de justice », a expliqué Saturnino Argueta Claros, 71 ans, qui a perdu sa mère, ses frères et sœurs, ses neveux, ses nièces et un beau-frère.

Entre le 9 et le 13 décembre 1981, en pleine guerre civile, des soldats du bataillon de l’armée Atlacatl, entraîné par les Américains, aujourd’hui dissout, ont incendié les maisons et exécuté les habitants d’El Mozote, dans le nord-est du département de Morazán (est), soupçonnés d’avoir collaboré avec la guérilla de gauche.

Selon des témoignages, tous ont été massacrés. Des femmes ont d’abord été violées. Des enfants étaient lancés en l’air et éventrés par les soldats. Le gouvernement salvadorien a établi en 2017 qu’au moins 988 personnes, dont 558 enfants, ont été assassinées à El Mozote et dans les villages voisins.

La guerre civile au Salvador (1980-1992) a fait quelque 75.000 morts, 7.000 disparus et des milliers de personnes déplacées.

En 1993, une commission de l’ONU a établi la culpabilité d’un groupe de militaires dans le massacre. En 2012, la Cour interaméricaine des droits de l’homme a ordonné à l’Etat salvadorien d’accorder des réparations.

Mais rien n’y a fait: les responsables ont été protégés par une loi d’amnistie de 1993. Celle-ci a bien été déclarée inconstitutionnelle en 2016, mais la procédure ouverte alors est restée jusqu’à ce jour sans résultat.

Les Etats-Unis, qui ont participé financièrement à la guerre civile, ont annoncé samedi avoir remis à la justice salvadorienne des documents déclassifiés sur le massacre.

« Hier (vendredi), nous avons présenté des documents déclassifiés du gouvernement des Etats-Unis demandés par le tribunal chargé de l’enquête et en présenterons d’autres à l’avenir », a déclaré en espagnol Brendan O’Brien, le diplomate de l’ambassade américaine à San Salvador chargé des négociations, lors de la cérémonie de commémoration sur la place d’El Mozote.

Le massacre a été nié par le gouvernement militaro-civil de l’époque, qui était présidé par le démocrate-chrétien José Napoleon Duarte, aujourd’hui décédé, et par l’administration du président américain Ronald Reagan, qui a accordé une aide d’un million de dollars par jour pendant la guerre civile à la junte au pouvoir au Salvador.

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