Libérer Breivik ? Deux visions s’opposent devant la justice

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn
Share on whatsapp
WhatsApp

Relâcher après seulement dix ans l’auteur du pire crime commis en Norvège en temps de paix ? Parquet et défense ont croisé le fer jeudi sur la question d’une libération du néonazi Anders Behring Breivik, qui avait tué 77 personnes en 2011.

Deux visions diamétralement opposées se sont confrontées au troisième et dernier jour de l’examen de la demande de libération conditionnelle déposée par Breivik, condamné en 2012 à 21 ans de prison, peine susceptible d’être prolongée et assortie d’une période minimale de dix ans.

D’un côté, une procureure qui a dénoncé « un coup de pub' » et jugé que Breivik, présenté comme toujours extrêmement dangereux, devait être maintenu derrière les barreaux. De l’autre, un avocat qui a saisi l’occasion pour réclamer un allègement du régime carcéral de son client en vue, à terme, d’une réinsertion.

De l’avis général, une libération est hautement improbable à ce stade.

Le 22 juillet 2011, Breivik avait d’abord fait exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo, faisant huit victimes, puis tué 69 autres personnes, des adolescents pour la plupart, en ouvrant le feu sur un camp d’été de la Jeunesse travailliste sur l’île d’Utøya.

Donnant sa « parole d’honneur » qu’il avait renoncé à la violence, conséquence selon lui d’un « lavage de cerveau », l’extrémiste de 42 ans assure vouloir maintenant poursuivre son engagement national-socialiste par des voies pacifiques.

« Le Breivik qui sollicite notre confiance aujourd’hui est le même que celui qui a ravagé le quartier des ministères et a appelé cela un fiasco », a déclaré la procureure Hulda Karlsdottir dans son réquisitoire.

– « Coup de pub » –

« C’est le même criminel qui a attiré vers lui les jeunes sur Utøya, leur faisant croire qu’il les aiderait, et qui leur a tiré dessus », a-t-elle ajouté devant le tribunal du Telemark délocalisé, pour des raisons de sécurité, dans le gymnase de la prison de Skien (sud) où Breivik purge sa peine.

A la barre, une psychiatre qui l’observe depuis plusieurs années et des représentants des autorités carcérales, ont décrit le détenu comme toujours aussi dangereux qu’au moment des attaques.

Pour la procureure, la demande de libération était un « coup de pub » destiné à obtenir une amélioration des conditions de détention et à faire valoir une cause.

« Il se nourrit de cette publicité. Il rayonne. Je trouve cela dur à voir dans une affaire comme celle-ci », a-t-elle souligné.

Salut hitlérien, écriteaux à caractères politiques, tirades sur la « guerre culturelle » et la « suprématie blanche »… Au grand dam des familles de ses victimes, Breivik a multiplié les coups d’éclat pendant la procédure retransmise par certains médias.

Dans le manifeste qu’il avait diffusé juste avant ses attaques, il préconisait d’ailleurs d’utiliser les procédures judiciaires comme tribunes idéologiques.

Son avocat a formellement demandé sa libération, perspective qu’il semble lui aussi juger irréaliste à ce stade puisqu’il a consacré l’essentiel de sa plaidoirie à réclamer un relâchement des conditions de détention.

– Pas de justice d’exception –

Breivik est maintenu à l’écart des autres détenus et ses échanges avec le monde extérieur sont limités et étroitement contrôlés.

« Si l’on veut réduire le risque de récidive, il faut des contacts avec d’autres personnes », a fait valoir Øystein Storrvik, y voyant une condition indispensable à une future réinsertion dans la société, l’objectif ultime de la politique carcérale norvégienne.

« C’est un paradoxe si une personne est si mal traitée en prison qu’elle n’a aucune chance de se réhabiliter et par conséquent d’être libérée », a-t-il dit.

Considérée comme un nouveau test pour l’Etat de droit, la procédure a rouvert de douloureuses cicatrices en Norvège.

« Personnellement, je pense qu’il devrait rester détenu pendant 77 fois 21 ans, et même plus », a déclaré à l’AFP la présidente du groupe de soutien aux familles des victimes, Lisbeth Kristine Røyneland, qui a perdu sa fille de 18 ans sur Utøya.

« Mais on ne peut pas changer le système judiciaire en Norvège. On doit simplement le traiter comme un prisonnier ordinaire et ne pas lui accorder de justice d’exception car cela lui accorderait encore plus d’attention », a-t-elle dit.

La décision du tribunal du Telemark devrait tomber « la semaine prochaine dans le meilleur des cas, au pire dans les trois semaines à venir », a indiqué le juge principal, Dag Bjørvik, en clôture de séance.

En théorie, Breivik peut à nouveau demander sa libération conditionnelle, tous les ans, un an après un rejet de sa précédente demande.

Dans la même catégorie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Derniers articles

Cinéma

Technologie

Les plus lus

No Content Available