Pour des milliers de réfugiés afghans, un avenir encore incertain aux Etats-Unis

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Dans un quartier historique de Boston, Israr et Sayeda cherchent toujours leurs marques plusieurs mois après avoir fui l’Afghanistan: il faut trouver un travail, manier l’anglais, accueillir prochainement un premier enfant, mais aussi garantir leur avenir encore incertain aux Etats-Unis.

Comme pour les plus de 76.000 autres Afghans, évacués par l’armée américaine après la chute de Kaboul aux mains des talibans, le chemin vers un statut légal permanent du jeune couple, qui a demandé à être identifié par leurs seuls prénoms, est semé d’embûches.

Israr, qui était interprète pour les militaires américains, et sa femme, ont été évacués à titre humanitaire, un « statut fragile » qui n’offre qu’un permis de résidence de deux ans selon les organisations d’aide aux réfugiés installés aux Etats-Unis.

Après un voyage éprouvant de plusieurs mois qui les a menés de Kaboul à Boston, en passant par le Qatar et une base militaire au Texas, ils ont été pris en charge par un couple qu’ils considèrent désormais comme leurs seconds parents.

« Mon père y travaille », dit ainsi le jeune homme de 26 ans en évoquant sa demande de statut d’immigrant. « Il m’a trouvé un avocat bénévole ».

Israr avait soigneusement rassemblé tous ses papiers avant de rallier l’aéroport de Kaboul au milieu du chaos à la chute du régime afghan fin août 2021. Sayeda, 23 ans, en avait une partie sur elle, pensant que les talibans ne fouilleraient pas une femme.

Mais en chemin, elle a été frappée au point de ne plus pouvoir marcher. Israr, lui aussi battu, a tout abandonné pour la porter. « J’ai perdu mes bagages, mes documents, mon argent, mes habits, tout ce que j’avais », dit-il à l’AFP.

Ils ont finalement pu monter dans un avion avec seulement leurs passeports et une poignée de papiers.

Pour l’instant, leurs options pour un statut permanent sont le Visa d’immigration spécial (VIS) réservé aux Afghans ayant aidé l’Etat américain et l’asile, qui s’avèrent chacun compliqués à obtenir.

– « Evidence » –

Les organisations de défense des réfugiés insistent auprès des responsables politiques pour que leur soit garantie une voie vers une résidence permanente, alors que tous les yeux sont tournés vers l’invasion russe de l’Ukraine.

La sénatrice démocrate Amy Klobuchar assure qu’elle y travaille et Krish O’Mara Vignarajah, du Lutheran Immigration and Refugee Service (LIRS), affirme que des élus républicains y sont aussi favorables.

« Pour nous, c’est une évidence », lance Mme Vignarajah, consciente des « défis » à surmonter.

L’asile « est difficile à obtenir », explique-t-elle à l’AFP, car il faut présenter de nombreuses preuves d’une crainte crédible de persécution dans son pays d’origine.

Or, pour éviter les représailles de talibans, les Afghans ont été encouragés à détruire les documents montrant qu’ils ont coopéré avec les Américains.

« Ces documents qui pourraient être une sentence de mort en Afghanistan sont ceux qui pourraient leur faire obtenir l’asile aux Etats-Unis », dit-elle, évoquant « une situation potentiellement inextricable ».

– « Injuste » –

Jeffrey Thielman, de l’International Institute of New England (IINE) qui a aidé Israr et Sayeda, a déjà l’exemple d’un tribunal ayant rejeté une demande d’asile, estimant les craintes de persécutions présentées par le demandeur « trop générales ».

Les Afghans sont pourtant arrivés aux Etats-Unis après un examen minutieux de leur dossier, explique-t-il.

« Ils ont suivi le programme d’orientation culturelle, ils travaillent, leurs enfants vont à l’école, ils vont trouver du travail. Il serait très injuste de les renvoyer », dit-il.

Il y a 17.000 demandes de VIS et 600.000 demandes d’asile encore en souffrance, selon Mme Vignarajah.

Stephen Legomsky, expert de l’immigration à l’Université Washington de St. Louis (Missouri), a récemment livré une ardente plaidoirie en faveur des Afghans comme Israr et Sayeda.

« Ils ont, au mépris des grands risques pour leurs vies, aidé les civils et les militaires américains en Afghanistan » depuis le début du conflit il y a vingt ans, a-t-il dit devant une commission du Sénat.

Israr et Sayeda sont soulagés et reconnaissants d’avoir « une nouvelle chance » aux Etats-Unis. Mais ils s’inquiètent pour ceux qui sont restés en Afghanistan où la situation humanitaire se dégrade avec la moitié de la population courant un risque de famine cet hiver, selon les organisations internationales.

Israr garde pourtant l’espoir « qu’un jour, ma famille me rejoigne ».

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