Massacre du 28-Septembre en Guinée: l’ex-dictateur Camara au tribunal

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Massacre du 28-Septembre en Guinée: l'ex-dictateur Camara au tribunal

L’ex-dictateur guinéen Moussa Dadis Camara s’est présenté mardi au tribunal de Conakry, sans savoir si lui et ses coaccusés seraient incarcérés en attendant d’être jugés à partir de mercredi pour l’effroyable massacre commis le 28 septembre 2009.

Moussa Dadis Camara et au moins plusieurs de ses coaccusés se trouvaient en début d’après-midi dans les murs du tribunal flambant neuf construit exprès pour accueillir le procès historique censé s’ouvrir mercredi à 10H00 (locales et GMT), a indiqué son avocat Me Pépé Antoine Lamah.

Les 11 accusés étaient convoqués au greffe vers midi, préalablement à leur comparution mercredi. Les avocats d’un certain nombre d’entre eux se sont inquiétés qu’ils ne soient placés en détention avant l’ouverture du procès.

Les restrictions d’accès ne permettaient pas de dire ce qui se passait dans le tribunal, ni si tous les accusés avaient répondu à leur convocation.

Mais « le Parquet a militarisé la cour d’appel pour faire incarcérer nos clients sans titre de détention », a indiqué dans un message de l’intérieur un des participants.

Un correspondant de l’AFP a aussi vu arriver Abdoulaye Cherif Diaby, colonel et ministre de la Santé à l’époque des faits. Il est accusé de s’être opposé à la prise en charge des victimes.

Claude Pivi et Blaise Guémou, également militaires, sont aussi présents, a ajouté Me Lamah.

Les 11 hommes doivent répondre à partir de mercredi de leurs agissements il y a 13 ans.

Des soldats, des policiers et des miliciens avaient fait couler un bain de sang lors du rassemblement de dizaines de milliers de sympathisants de l’opposition, réunis dans un stade de la banlieue de Conakry pour démontrer pacifiquement leur force et dissuader M. Camara de se présenter à la présidentielle de janvier 2010.

Le capitaine Moussa Dadis Camara avait été porté au pouvoir en décembre 2008 par un coup d’Etat militaire.

Le 28 septembre 2009 et les jours suivants, 156 personnes ont été tuées et des milliers blessées avec une cruauté effrénée, au moins 109 femmes ont été violées, selon le rapport d’une commission d’enquête internationale mandatée par l’ONU.

Les chiffres réels sont probablement plus élevés.

Une multitude de témoignages rapportent comment les Bérets rouges de la garde présidentielle, des policiers et des miliciens sont entrés dans l’enceinte, en ont bouclé les accès et ont ouvert le feu sans discrimination sur une foule civile, festive et désarmée.

– L’attente d’un vrai procès –

Ils ont poursuivi leur besogne au couteau, à la machette et à la baïonnette, jonchant de cadavres la pelouse, les travées et les couloirs du stade et ses alentours. Ils ont abusé de dizaines de femmes et achevé nombre d’entre elles. Des personnes sont mortes piétinées dans la panique.

Les exactions ont continué les jours suivants, contre des femmes séquestrées et des détenus torturés.

Elles sont constitutives de crimes contre l’humanité, assure l’enquête internationale.

M. Camara vit en exil au Burkina Faso, mais est rentré dans la nuit de samedi à dimanche à Conakry pour participer au procès. Il entend « laver son honneur », disent ses proches.

La commission internationale lui a imputé une « responsabilité criminelle personnelle et une responsabilité de commandement ».

Avec ce procès, des centaines de victimes et proches, constituées en parties civiles ou non, et les organisations de défense des droits humains voient arriver le jour qu’elles ont réclamé pendant 13 ans.

Les atermoiements du pouvoir et l’impunité érigée en « institution », selon la commission internationale, de forces de sécurité quasiment intouchables dans un pays dirigé pendant des décennies par des régimes autoritaires ont longtemps fait douter de la tenue de ce procès.

L’actuel chef de la junte, le colonel Mamady Doumbouya, également arrivé au pouvoir par un putsch en 2021 après 11 ans de pouvoir civil, a demandé en juillet que le procès ait lieu cette année avant la date anniversaire.

Les associations de victimes réclament cependant un vrai procès. Elles demandent que celui-ci ne se résume pas à son ouverture pour l’effet d’image.

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