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les préjugés dans le sumo féminin, l’autre adversaire à renverser

Valéria et Diana Dall’Olio n’ont cure des préjugés qui entourent la pratique du sumo par des femmes. Au contraire, cette mère et sa fille les transforment en carburant dans leur vie quotidienne.

Assises aux côtés d’autres combattants d’âge et de corpulence différents autour du « dohyô » de Sao Paulo pour une manche du championnat brésilien, Valéria, 39 ans et Diana, 18 ans, attendent de combattre sur ce ring circulaire de 4,55 m de diamètre duquel il faut faire sortir son adversaire en le poussant.

Au Japon, où ce sport aux 1.500 d’histoire lié au shintoïsme (ensemble de croyances religieuses et mythologiques japonaises) a été inventé, la pratique professionnelle est interdite aux femmes depuis ses origines. Les mentalités ont cependant évolué avec des rencontres amateurs féminines et la tenue depuis 2011 d’un championnat du monde féminin.

Au Brésil, nation majeure en Amérique latine, la moitié des 600 licenciés sont des femmes.

« Des barrières sont tombées », se réjouit le président de la Fédération brésilienne de sumo, Oscar Morio Tsuchiya, « avec la création des catégories légère, moyenne et lourde pour tenter de devenir un sport olympique ». A Tokyo-2020, le sumo était sport de démonstration.

Valéria Dall’Olio a pratiqué le judo et le jiu-jitsu, deux disciplines populaires au Brésil, puis s’est essayée en 2016 au sumo, introduit dans le pays par des migrants japonais au début du XXe siècle.

Et, dit-elle, elle a dû faire face « à des préjugés ». « Lorsque je disais que je pratiquais le sumo, les gens pensaient que pour cela il fallait que je soit grosse. Et dans les arts martiaux, les femmes sont peu visibles car ce sont généralement les hommes qui combattent », affirme-t-elle.

Elle estime au contraire que les femmes sont « plus combatives que les hommes » en compétition car ils n’ont « pas autant de tâches quotidiennes » à affronter.

Mère de deux enfants, elle dit avoir du mal « à combiner avec (s)es multiples occupations » et le simple fait de concourir « est déjà une vraie victoire ».

Valéria Dall’Olio a cependant marqué le sumo brésilien de son empreinte avec trois titres de championne du Brésil (2018, 2019, 2021) et le titre continental sud-américain 2021 dans la catégorie poids moyen (entre 65 et 73 kilos).

– « C’est partout » –

Sa fille de 18 ans, Diana Dall’Olio, dit avoir été attirée par l’explosibilité des combats de sumo qui durent rarement plus de 30 secondes, où force, stratégie et technique permettent de vaincre des adversaires plus imposants.

Elle a revêtu un « mawashi », la ceinture de cuir couvrant les parties intimes, pour la première fois en 2019 et concourt en poids léger (jusqu’à 65 kilos). La catégorie poids lourd commence à partir de 80 kilos.

Comme sa mère, elle dit aussi devoir faire face « aux préjugés ». « Beaucoup disent que les femmes sont fragiles, qu’elles n’ont pas l’endurance, que si elles se blessent elles arrêtent… Mais ce genre de discours ce n’est pas seulement dans le sumo, c’est partout », balaie la jeune femme. « Mais on apprend à se battre contre ça », dit-elle, affirmant que sa « génération se soulève ».

Dans le dojo de Sao Paulo, les Dall’Olio n’ont pas particulièrement brillé à l’issue de la journée de combats qualificatifs pour le championnat sud-américain.

Diana a remporté un de ses trois combats et Valéria s’est inclinée dans son unique duel face à Luciana Watanabe, dix-huit fois championne du Brésil et deux fois vice-championne du monde (2013, 2017).

Visage du sumo brésilien, Luciana Watanabe, 37 ans, transmet sa passion en encadrant des jeunes hommes et femmes à Suzano, à 50 kilomètres de Sao Paulo.

« Ce sont généralement les hommes qui donnent les cours, mais je pense que les élèves sont inspirés par moi, parce que je leur montre mes accomplissements », dit-elle.

Elle aussi veut « faire tomber les préjugés, pour que les gens respectent davantage ce sport, parce qu’il y a encore beaucoup qui pensent qu’il est fait seulement pour les hommes, pour les gros ».

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