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vers une meilleure reconnaissance des assistants d’éducation ?

Si les « années collège » sont un moment charnière dans la vie de chaque individu, tant pour l’orientation scolaire que les relations sociales, le fonctionnement des établissements et les rôles de ses différents acteurs restent mal connus. Les « pions » en particulier, restent bien souvent dans l’ombre des « profs » et des « CPE ». Pourtant, ces assistants d’éducation (AED) – selon la dénomination officielle, sont un maillon essentiel entre les élèves et le conseiller principal d’éducation et assument de nombreuses responsabilités.

Les assistants d’éducation sont aujourd’hui majoritairement des étudiants au statut précaire, souhaitant dans la plupart des cas se diriger vers les métiers de l’enseignement et donc en contrat de « préprofessionnalisation ». Cependant, les règles de ce jeu sont en train de changer. La loi du 16 décembre 2022 « visant à lutter contre la précarité des accompagnants d’élèves en situation de handicap et des assistants d’éducation » a en effet ouvert la voie à une pérennisation de la fonction.




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En d’autres termes, la possible « cédéisation » permet de se projeter dans une véritable carrière sur ce poste, et va poser de nouvelles questions, tant pour les assistants d’éducation que pour les conseillers principaux d’éducation. Une étude réalisée lors d’une immersion d’un an en tant qu’AED permet d’envisager certains des impacts que pourrait avoir cette réforme.

Assistant d’éducation : un rôle important mais un statut précaire

Les assistants d’éducation sont un peu le couteau suisse du collège ou, si l’on ose filer la métaphore, on pourrait dire que ces pions jouent tout à la fois le rôle de roi, de dame, de fou, de tour et de cavalier. Tout d’abord, leurs fonctions sont très diverses : garants d’un suivi administratif (contrôle des présences, lien avec les parents d’élèves), ils remplissent aussi une mission d’éducation importante, notamment par les heures d’aide aux devoirs, instaurées en 2017 au collège. Ils sont par ailleurs en première ligne face aux conflits et répercussions de problèmes de société.

Pour assurer cette diversité d’activités, il n’existe jusqu’à présent aucune formation ni prérequis nécessaires : il suffit d’avoir un niveau Bac et un casier judiciaire vierge. Enfin, l’étude menée révèle que le groupe d’AED se gère de façon largement autonome. S’ils sont hiérarchiquement rattachés au recteur d’académie, son absence sur le terrain implique une forte autonomie. Les règles du « jeu » sont donc directement édictées par les assistants d’éducation eux-mêmes, en étant simplement cadrées en début d’année par le conseiller principal d’éducation.

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Cette autonomie apparaît comme nécessaire à la gestion des urgences qui constituent le quotidien des AED. Les règles fixées donnent ainsi un cadre, mais assez large pour développer l’autonomie et la flexibilité des acteurs de l’équipe, dans une forme de « prescription évasive ».

À l’heure actuelle, la plupart des « pions » sont des étudiants qui préparent le concours de recrutement de professeurs des écoles et viennent ainsi faire leurs armes dans l’éducation nationale. Ils sont le plus souvent à temps partiel, en CDD d’un an, renouvelable jusqu’à six fois. Le collectif des AED, surnommé « la vie scolaire », est donc un collectif précaire, en remaniement permanent.




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La cédéisation pose alors de nouvelles questions : de nouveaux profils vont-ils être attirés par cette fonction ? Verra-t-on une forme de hiérarchie entre AED en CDI et en CDD, les AED en CDI devenant des managers de proximité, traduisant alors le cadre émit par le CPE ? Devra-t-on se former au métier d’assistant d’éducation, comme pour n’importe quel autre métier ? Et dans ce cas qu’en sera-t-il du rôle de préprofessionnalisation que la fonction supporte aujourd’hui ?

Des enjeux managériaux pour les conseillers principaux d’éducation

En partie mis au jour du grand public par le film La vie scolaire de Grand Corps Malade sorti en 2019, le rôle de conseiller principal d’éducation (interprété dans le film par Zita Hanrot), s’il est essentiellement tourné vers les élèves, inclut pourtant l’organisation du service et le contrôle des assistants d’éducation (AED). Il apparaît alors comme un rôle de manager intermédiaire, à la tête d’une équipe de terrain pouvant compter plus d’une quinzaine d’AED.

« La vie scolaire », bande-annonce (Gaumont, 2019).

Leur quotidien se rapproche ainsi des missions RH classiques d’un manager : recrutement et sélection des profils de candidats, intégration, gestion d’un collectif. Et la cédéisation va encore renforcer ce rôle de manager, puisqu’il faudra désormais se préoccuper d’intégrer et d’accompagner de nouveaux profils, mais aussi de les fidéliser, et prendre en compte la gestion des carrières ou la pyramide des âges au sein des équipes.

Pourtant, les CPE ne disposent à ce jour d’aucune formation au management : au sein de l’Éducation nationale, seuls les chefs d’établissement et les inspecteurs y sont préparés. La réforme n’a pas, pour l’instant, envisagé d’accompagner les CPE dans ces nouvelles missions. Or on connaît les difficultés des managers intermédiaires, maillon essentiel de l’organisation, qu’il ne faut donc pas négliger.

Si la cédéisation des AED permet de répondre à plusieurs objectifs, en diminuant la précarisation de la fonction, en stabilisant et en valorisant les AED, elle soulève néanmoins de nombreuses questions. Les enjeux sont de taille, tant pour les AED que pour les CPE, et nécessitent d’accompagner la transition en prenant conscience des enjeux managériaux soulevés par cette réforme.

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