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Dans nos villes et nos campagnes, le paulownia est-il un arbre aussi « magique » qu’on le dit ?

C’est un arbre qui déchaîne les passions. Certains vantent ses capacités « magiques » à absorber du CO2 et voient en lui une solution toute trouvée au changement climatique.

Dans le très chic VIe arrondissement de Paris, à l’été 2023, le paulownia a également suscité beaucoup d’émois, suite à l’abattage d’un de ses représentants iconiques sur une place de Saint-Germain-des-Prés. Devant la colère des habitants, la mairie de Paris a alors communiqué en assurant que le paulownia abattu était devenu trop fragile, pouvait tomber et représentait donc un danger dont il fallait se prémunir. Outre-Atlantique, aux États-Unis, mais aussi en Europe centrale, le paulownia est par ailleurs considéré comme « invasif ».

Alors, arbre magique, arbre fragile ou espèce invasive ? Faisons le point.

D’où vient le paulownia ?

Avant de s’intéresser aux possibilités comme aux limites du paulownia sous nos latitudes, regardons un peu d’où il vient. Le terme paulownia ne renvoie en fait pas à une seule espèce mais à un genre décrit en 1835 par les botanistes bavarois P.F. von Siebold et J.G. Zuccarini et dédié à la princesse Anna Pavlowna, fille du tsar Paul 1er de Russie, d’où son nom occasionnel d’arbre impérial ou « princess tree » en anglais.

Le Paulownia tomenteux, espèce la plus commune du genre, est indigène dans une vaste zone du continent asiatique, allant de la Corée au Vietnam et des contreforts du Tibet jusqu’à l’île de Taïwan. Sa présence au Japon est probablement due à l’homme.

Cet arbre est assez rare en milieu naturel. C’est une essence pionnière qui nécessite la pleine lumière pour croître. Ce paulownia est davantage un arbre d’ornement dans les villes et de culture dans les campagnes. Il a été introduit dans de nombreux pays.

Le paulownia des villes

Le Paulownia tomenteux a d’abord été introduit en Europe dans les villes à partir du XIXe siècle. Le premier arbre de cette espèce introduit en Europe l’a été, en provenance du Japon, en 1834 à Paris au Jardin des Plantes où il vécut jusqu’en 1956, soit pendant 122 années. Actuellement, ce sont plus de 1 300 arbres de cette essence qui sont mentionnés à Paris dans l’open data sur les arbres de la ville. On l’observe en alignement et dans des parcs et jardins d’un grand nombre de villes, où ses qualités esthétiques sont largement reconnues. Ce paulownia a également été retenu pour orner les parvis des 68 futures gares du Grand Paris Express.

La coupe cet été de plusieurs arbres de cette espèce, et en particulier d’un individu vénérable (plus de 80 ans) et remarquable par ses dimensions (355 cm de circonférence) rue de Furstemberg, dans le VIe arrondissement de Paris, a créé une vive polémique, certains habitants estimant que cet abattage n’était pas justifié. La ville de Paris a répondu que ces arbres étaient devenus dangereux pour la sécurité des habitants.


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Le Paulownia tomenteux figure toutefois sur « la liste d’alerte » des espèces invasives de l’Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes, qui compte 52 membres, dont la France, l’EPPO (European and Mediterranean Plant Protection Organization).

Cette espèce est considérée comme invasive en Europe centrale, ainsi qu’en Australie et dans certains territoires d’Amérique du Nord, où le Paulownia tomenteux est décrit comme « un arbre ornemental agressif qui pousse rapidement dans les zones naturelles perturbées » et où l’on s’inquiète par exemple d’une possible colonisation « des falaises rocheuses et des zones riveraines où il peut entrer en compétition avec des plantes rares ». Pour ce qui concerne la France, le Paulownia tomenteux ne figure pas actuellement sur la liste des espèces exotiques envahissantes mentionnées par le centre de ressources sur les espèces exotiques envahissantes.

Pousse spontanée de Paulownia tomenteux à Paris, 14ème
Pousse spontanée de Paulownia tomenteux à Paris, XIVᵉ.
Serge Muller, Fourni par l’auteur

Le paulownia des champs

Mais le paulownia n’est pas seulement présent en ville, les espèces Paulownia tomentosa, elongata, fortunei, etc., et leurs hybrides améliorés sont en fait cultivés de longue date dans leur aire d’indigénat asiatique pour la production de bois d’œuvre. Leur intérêt est également avéré en agroforesterie : avec des feuilles de très bonne qualité pour les animaux d’élevage, du miel, et une récolte de bois très rapide produisant des revenus complémentaires aux agriculteurs chinois.

En Europe, principalement du sud et en Europe centrale différentes espèces et hybrides, parmi lesquels seul le paulownia tomenteux est parfois considéré invasif, sont cultivées. Ils ont plus récemment été introduits pour la production de bois et la séquestration de carbone (plus de 45 tonnes de CO2 par hectare et par an avec de bonnes conditions de croissance).

L’entreprise allemande WeGro en vante par exemple la croissance rapide alliée aux qualités exceptionnelles de leur bois, ce qui en fait des arbres considérés comme « magiques ».




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La société Paulownia France a, elle, introduit cette culture dans l’hexagone depuis quelques années, en prônant des distances de plantation adaptées à nos milieux, de 5 m x 5 m à 6 m x 6 m en plein, ou de 4 à 6 m en ligne agroforestière, selon le cultivar de paulownia sélectionné. La plantation de paulownia séduit de plus en plus d’agriculteurs par exemple dans l’ouest du pays, comme dans le Finistère, l’Orne ou le Béarn.

Une plantation de Paulownia elongata, sept années après recépage.
David Renaud, Fourni par l’auteur

Le paulownia apparaît bien adapté dans une démarche d’agroforesterie. Il peut y participer, en compagnie d’autres espèces, à l’amélioration rapide d’un paysage vide d’arbres, qui conduira à d’autres mitigations du climat : réduction de la vitesse du vent, limitation de l’érosion, augmentation globale de la pluviométrie, amélioration des sols agricoles devenant favorables pour accueillir une certaine biodiversité.

Cependant, les conditions de culture de paulownia limitent beaucoup leur implantation potentielle. Le sol doit être profond mais ne pas retenir d’eau en excès. Un vent fort régulier lors de la croissance est rédhibitoire car cela déforme la bille de pied, c’est-à-dire la partie du tronc entre la souche et les premières branches. La vitesse de croissance doit être élevée l’année consacrée à la création de la bille de pied (2,5 ou 5 m), après le recépage, ce qui implique une disponibilité importante en eau et en nutriments, et de la chaleur estivale. L’implantation initiale est délicate, mais après récolte, le paulownia hybride repart.

Des expérimentations récentes ne comportant que quelques dizaines d’arbres ont été mises en place en Centre-Val de Loire par INRAE d’Orléans, afin d’évaluer le potentiel de divers paulownias hybrides auprès d’agriculteurs. Plus généralement, il faudra évaluer les quelques plantations de plus d’un hectare plantées depuis peu en France.

Toutefois, les Chambres d’Agriculture avertissent les amateurs de ces plantations qu’au-delà de 100 plants à l’hectare, les parcelles plantées en paulownia sont considérées comme des parcelles forestières, ne pouvant donc plus bénéficier des subventions européennes de la PAC et devant respecter le code forestier.

Récolte d’une plantation de Paulownia.
David Renaud, Fourni par l’auteur

Quelle place accorder au paulownia dans nos villes et nos campagnes ?

Dans les villes, le paulownia constitue sans aucun doute une espèce esthétique et spectaculaire qui contribue à la beauté et la diversité des paysages urbains. Cet arbre à croissance rapide est toutefois fragile et, en tant qu’espèce pionnière, n’a qu’une durée de vie limitée, ce qui justifie des interventions sanitaires de coupes de branches ou parfois d’abattage d’arbres à risque.

Dans les campagnes, et notamment en agroforesterie, l’espèce présente de nombreux intérêts : alimentation du bétail, production de miel, revenus complémentaires via la production rapide de bois d’œuvre et de biomasse. Par sa rapidité de croissance et grâce au stockage du carbone dans le sol via les racines et les feuilles, ainsi que l’usage très diversifié de son bois, cette espèce peut contribuer aux objectifs de la France de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici à 2030 (par rapport à 1990) et de neutralité carbone en 2050.

Paulownia en agroforesterie, la saison après recépage, avec cultures intercalaires transitoires.
David Renaud, Fourni par l’auteur

Mais ne tombons pas dans les excès de monocultures étendues de cette essence, à l’image des cultures intensives de dizaines, voire centaines de milliers d’arbres, prônées dans les vidéos à fin publicitaire de certains ardents promoteurs du paulownia et source d’inquiétude de la part de protecteurs d’une nature plus diversifiée.

De telles monocultures étendues présentent une biodiversité très réduite et comportent un risque de développement de pathogènes ou ravageurs, comme en est victime par exemple le platane. Les parcelles potentielles où les conditions de sol et de microclimat conviennent vraiment au paulownia, sans irrigation ou avec une irrigation parcimonieuse et qui n’impacte pas les autres usages de l’eau, sont de toute façon en nombre et surface limités en France.

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