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5 clés de compréhension des dernières nominations de Joshua Osih

A l’issu du 10ème congrès ordinaire, il n’y aura pas eu de grand gagnant ou de grand perdant au sein du SDF. Il y aura eu une seule et même famille qui se sera retrouvée. Le grand défi, celui de la réconciliation de notre famille politique, devient progressivement une réalité. La mission d’unification ira plus loin. Voici 5 clés de lecture des actes pris et à prendre par le nouveau leadership du parti :

 

Limiter les déchirures et autres fractures lors des élections internes, sources de défaite répétée du parti aux élections nationales : Le nouveau président national l’a dit et redit : le parti a souvent perdu les élections nationales à cause des déchirures internes. Pour y faire face, il se propose de limiter au maximum les affrontements internes entre cadres et de privilégier le consensus. Ainsi, lors du 10ème congrès ordinaire, le consensus a été trouvé autour de 46 postes sur les 50 postes électifs à pourvoir. Il n’y a eu compétition qu’aux postes de Président national, Premier vice-président national, Deuxième vice-Président national, Secrétaire national à l’organisation et secrétaire national adjoint à l’organisation.

La lecture qu’il faut faire des nominations faites en vue de compléter le NEC est que tous les recalés au NAC (commission d’investiture) et tous les perdants qui en ont exprimés la volonté, ont été réintégrés dans l’équipe.  Le premier NEC du samedi 02 décembre 2023 viendra parachever ce processus. Plus de 96% des candidats ont été satisfaits. C’est le sens de l’inclusion et de la politique d’ouverture prônée par le Président Osih. Je reviendrai dans le cadre d’une autre analyse sur le cas des indisciplinés. Car, aucune organisation au monde ne prospère dans l’indiscipline.

Favoriser les élections locales : Le Président national a dit et répété que les cadres qui auront le plus de pouvoir pendant sa mandature sont les PCE (Présidents des circonscriptions électorales) sous l’encadrement régional. Pourquoi ? Parce que la vision du nouveau leadership est de renouer avec la victoire et c’est au niveau de la circonscription électorale que l’on gagne les élections. Par le passé, nous ne l’avions pas suffisamment compris. A quoi servait d’être membre de l’exécutif régional ou national et être incapable de se faire élire simple conseiller municipal ? Le SDF était rempli de « hauts cadres » qui n’étaient pas élus ou qui étaient incapables de se faire élire. Il faut faire l’inverse.

L’occasion des dernières élections sénatoriales nous a permis de constater que les élections municipales étaient les plus importantes du pays. Jusqu’ici, nous nous concentrions sur les présidentielles alors qu’il fallait mettre les moyens en jeu pour avoir le maximum de conseillers municipaux en vue de remporter les exécutifs municipaux (maires et super maires), régionaux (conseillers régionaux et présidents du conseil régional), sénatoriaux (sénateurs et membres du bureau au Sénat), etc. Même pour gagner les législatives, il faut investir dans toutes les mairies de la circonscription. Le Président national dit que c’est à cela qu’il va s’atteler. Il dit que c’est désormais lui qui viendrait vers les militants. Prenez-le aux mots et exigez sa présence sur le terrain en vue de renforcer le travail des PCE. Il dit que c’est la somme des victoires locales qui garantit la victoire aux présidentielles (approche bottom-up) alors que beaucoup d’entre-nous pensaient que c’est la victoire au niveau national qui garantit les victoires au niveau local. Et donc, beaucoup croisaient les bras au niveau local en attente de l’arrivée de l’homme providentiel (approche top-down). Ce top-down a montré ses limites. J’y reviendrai.

Le cas spécifique de l’Ouest est à féliciter. Beaucoup de personnes abordent les choses sous l’angle identitaire.  Caution ! C’est le mal du pays. C’est sans commentaires. Toutefois, la région de l’Ouest est à féliciter et à présenter comme modèle. C’est la première région à avoir compris l’importance des enjeux locaux depuis l’organisation des dernières conférences régionales. Le diagnostic électoral était simple et clair. En 2020, le SDF n’a pas eu beaucoup d’élus dans la région : Juste une mairie gagnée sur 41 pourvues. Zéro député. Zéro sénateurs. Zéro conseiller régional. Les cadres de l’Ouest étaient tous concentrés sur des bagarres internes à l’ancien NEC. C’était une erreur. Cette fois-ci, le choix de l’Ouest a été de privilégier le travail au niveau local. Les cadres ont pris des responsabilités au niveau local. Par conséquent, toute la région de l’Ouest n’a envoyé que 4 dossiers à l’investiture au NEC.

Tous les 4 dossiers ont été considérés au point où le Président national a été obligé de retourner en région pour demander quelques compétences susceptibles de donner un coup de main au niveau national. Il n’y a pas d’amalgames à faire sur ce choix car, c’est un choix qui va payer. C’est un choix gagnant. Nous devons travailler à rafler le maximum d’élus locaux et non à faire le remplissage au NEC.  Nous devons savoir que si les amendements étaient présentés au dernier congrès comme prévu, alors la taille du NEC aurait été réduite de 96 à 27 membres en vue d’envoyer clairement le message selon lequel le travail politique du SDF doit désormais se passer prioritairement à la base et non plus au sommet. Nous devons implémenter au mieux le « Power to the People » que nous scandons.

Nous devons surtout rejeter à l’interne la centralisation du pouvoir que nous combattons politiquement. Nous devons même commencer à implémenter à l’interne le fédéralisme que nous demandons à travers le renforcement des circonscriptions électorales qui correspondent à la commune. Le SDF a été créé pour être un Laboratoire de démocratie pour le Cameroun et l’Afrique. Prenons-en conscience ! Ceux qui ont donc voulu parler au nom de l’Ouest sans consulter l’Ouest se sont trompés une fois de plus.

Abandonner la logique napoléonienne. C’est la logique du royaume et de la recherche du Messie. Le Roi Napoléon était aimé parce qu’il gagnait des victoires qui profitaient à ses collaborateurs. Beaucoup de personnes ont été élues grâce à la popularité du Chairman Ni John Fru Ndi, de regrettée mémoire. Quand le Chairman a commencé à se fatiguer, il n’y a plus eu d’élus. Vous trouviez des Vice-présidents de l’Assemblée nationale ou du Sénat qui n’arrivaient plus à se faire élire comme simples conseillers municipaux. Vous aviez des maires et adjoints au maire qui se retrouvaient dans la même situation de non-élus. Diagnostic : au lieu d’interroger leur propre bilan d’anciens élus devant se mettre au service des électeurs, ils ont réussi l’exploit d’indexer plutôt le leadership du parti. Ils étaient restés dans la logique napoléonienne. Ils reprochaient au Leader de n’être plus Napoléon. Or, nous sommes résolument entrés dans l’aire de la République. Nous ne rentrerons plus dans le Royaume. Nous n’aurons plus Napoléon. Sa logique était  même dévastatrice pour les droits humains. Enfin, nous ne soutiendrons plus le jacobinisme et l’approche Top-Down. En un mot, il n’y aura pas de Messie. Alors qu’il était encore candidat, le Président Joshua Osih avait clairement dit partout où il passait qu’il n’avait pas la prétention de remplacer « Chairman ». Il n’y aura plus de Chairman et nous devons apprendre à vivre avec cette Réalité. D’ailleurs, les réformes que nous discutons  encore aujourd’hui ont été entamées par notre défunt Chairman lui-même. Il faut faire le bottom-up et commencer le renforcement des structures du parti par la base. Notre parti, si bien structuré à la base, devrait pouvoir fonctionner longtemps sans leader au niveau national. Le SDF est une institution. Il faut travailler à structurer cette institution et non à vouloir parfaire un individu qui peut avoir ses défauts comme chacun d’entre nous.

Améliorer le bien-être des citoyens en temps réels. Abandonner la logique napoléonienne signifie aussi que la priorité du nouveau leadership n’est pas de satisfaire les collaborateurs du Roi mais, de mettre le citoyen au centre des préoccupations politiques. Il nous faut implémenter résolument le modèle social-démocrate de la société. Cela passe par la mobilisation des partenaires sociaux et des autres partis politiques de la mouvance progressistes (favorables aux réformes sociales). C’est ce que nous faisons déjà et il faudrait être attentif aux prochaines initiatives de construction d’une coalition autour des idées de la social-démocratie. Par le passé, la logique soutenue par beaucoup d’anciens cadres était d’arriver au pouvoir avant de déployer notre programme de société (SDF dit originel). Non !

La logique gagnante est de montrer notre capacité à influencer les prises de décision en temps réel en vue de favoriser le bien-être de nos concitoyens. C’est ce que nos anciens camarades appellent « collaboration ». Pour eux, il faut être radical jusqu’au jour où l’on arrive au pouvoir. Entre temps, ils ne voient pas que notre pression politique avec l’appui des partenaires sociaux aurait pu permettre de ramener par exemple les salaires au moins au niveau où ils étaient en 1993 (soit 30 ans en arrière). Ils ne comprennent pas que le peuple nous sanctionne parce que nous n’avons pas été présents.

S’opposer au régime en place ne se limite plus à challenger frontalement les individus du régime, mais à obtenir que les lignes bougent favorablement pour nos concitoyens. L’opposition UTILE signifierait surtout la constitution du rapport de forces nécessaire pour faire bouger les lignes. Nous devons donc circonscrire clairement nos cibles socio-démocrates et porter leurs préoccupations qui sont : le travail décent, les salaires, le SMIC, la sécurité sociale, l’assurance maladie, la retraite, l’éducation nationale, l’entrepreneuriat équitable, l’habitat décent, le foncier, la famille, etc. Nous devons être présents là où nos populations nous attendent. Si à la fin de la journée, nous avons réussi à faire triompher ces causes sociales et économiques, alors nous aurons été un bon parti social-démocrate digne de confiance aux yeux de nos concitoyens. Peut-être que la « collaboration » dont on parle serait cette large coalition que nous allons bâtir avec les partenaires sociaux et les autres partis progressistes pour porter ces causes sociales et économiques susceptibles de nous conduire immanquablement vers le pouvoir suprême.

Il n’y a donc pas de raison à s’activer négativement au sein du parti pour soi-disant « challenger » le Chairman ou cogner la tête des cadres. Ce serait un militantisme contre-productif. A la fin de la journée et quand on aura fini de « challenger » le Chairman, aurions-nous gagné plus d’élus ? Il est temps de se mettre au travail avec la nouvelle donne : Renouer avec le terrain pour renouer avec les victoires. Pour cela, nous devons nous débarrasser de certaines pesanteurs qui nous éloignaient de ces victoires. Ces pesanteurs se trouvent même dans nos textes, de l’investiture aux élections. Nous devons donc nous débarrasser de certaines vieilles habitudes, s’ouvrir aux réformes et s’ouvrir aux cooptations.

Les réunions du NEC ne seront plus des réunions pour challenger les individus et résoudre les problèmes de la base. Les problèmes de la base seront réglés à la base et si l’on a besoin du Président national, alors c’est lui qui se déplacera à la base. Les réunions du NEC seront consacrées aux activités d’orientation, de coordination et d’évaluation tactique et stratégique. Nous viendrons au NEC pour prendre position et planifier nos actions politiques. L’avenir est devant. L’avenir nous dira. Evitons de vivre, retourner vers le passé comme si nous étions incapables de construire pour nous-mêmes et nos concitoyens un nouvel avenir commun, juste et équitable.

« Etre un réel parti social-démocrate » : C’est tout ce que nos électeurs nous demandent. Et c’est le prix à payer pour renouer la confiance avec eux.

 

SDF is back. Yes, but transformed and more determined.

 

Louis-Marie Kakdeu

Deuxième Vice-Président National SDF

 

NB : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale d’Actu Cameroun.

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