Le journal satirique français Charlie Hebdo a révélé lundi une édition spéciale marquant les 10 ans de l’attaque qui a coûté la vie à 12 membres de son personnel. En janvier 2015, deux frères nés en France et d’origine algérienne avaient perpétré une attaque contre les bureaux du journal à Paris en représailles à une caricature du prophète Mohammed.
Une édition marquée par la satire et la provocation
La une de ce numéro spécial affiche un dessin célébrant l’existence du journal athée avec la légende « Indestructible ! », tandis que quatre pages intérieures présentent les résultats d’un concours de caricatures visant à se moquer de Dieu et des chefs religieux.
« La satire a une vertu qui nous a permis de traverser ces années tragiques : l’optimisme », écrit Riss, directeur du journal et survivant de l’attaque du 7 janvier 2015.
« Si vous voulez rire, cela signifie que vous voulez vivre. Rire, l’ironie et les caricatures sont des manifestations de l’optimisme. Quoi qu’il arrive, dramatique ou joyeux, le désir de rire ne cessera jamais. »
L’attaque de 2015
L’attaque de 2015 par les frères Kouachi, nés en France de parents algériens, aurait été motivée par la décision de Charlie Hebdo de publier des caricatures se moquant du prophète Mohammed, figure la plus vénérée de l’islam.
Le massacre, qui a coûté la vie à certains des caricaturistes les plus célèbres de France, a marqué le début d’une série macabre d’attentats perpétrés par Al-Qaïda et l’État islamique, qui ont fait des centaines de victimes en France et en Europe occidentale.
Une édition commémorative
L’édition, dévoilée lundi aux médias, sera mise en vente mardi, le jour où des commémorations publiques seront organisées par le président Emmanuel Macron et la maire de Paris, Anne Hidalgo.
Pour cette édition anniversaire, le journal avait lancé un concours demandant aux caricaturistes de soumettre leurs dessins « les plus drôles et les plus méchants » de Dieu.
« Oui, on peut rire de Dieu, surtout s’il existe », affirme un titre accompagnant les 40 meilleurs dessins sélectionnés parmi plus de 350 participations.
Parmi les caricatures, certaines sont volontairement crues ou à caractère sexuel. L’une d’elles fait référence au prophète Mohammed avec la légende : « Si je dessine quelqu’un qui dessine quelqu’un qui dessine quelqu’un qui dessine Mohammed, est-ce que c’est autorisé ? »
Un autre dessin représente les chefs des trois religions abrahamiques – christianisme, judaïsme et islam – sous la forme d’un chien à trois têtes.
Retour sur une couverture controversée
Le numéro de cette semaine reproduit également une version réduite de l’une des couvertures les plus célèbres et controversées de Charlie Hebdo, publiée en 2005. Elle montre une caricature de Mohammed sous la légende : « Mohammed débordé par les fondamentalistes ».
On y voit Mohammed se couvrant les yeux en disant : « C’est dur d’être aimé par des cons. »
Ce dessin, réalisé par Cabu, l’un des caricaturistes les plus célèbres de France, a été utilisé aux côtés des résultats d’un sondage sur les attitudes en France vis-à-vis de la liberté de la presse, des caricatures et du blasphème.
Les résultats du sondage
Le sondage, réalisé par l’institut Ifop en collaboration avec Charlie Hebdo, révèle que :
- 76 % des répondants considèrent que la liberté d’expression et la caricature sont des droits fondamentaux.
- 62 % pensent que les gens ont le droit de se moquer des croyances religieuses.
Une liberté contestée
Les assassinats de Charlie Hebdo ont suscité une vague de solidarité exprimée par le slogan « Je Suis Charlie », mais aussi des critiques dans certains pays à majorité musulmane, où l’humour délibérément offensant du journal est perçu comme de l’islamophobie.
Depuis sa création en 1970, Charlie Hebdo teste régulièrement les limites des lois françaises sur les discours de haine, qui protègent les minorités mais permettent le blasphème et la moquerie des religions.
Les défenseurs de la liberté d’expression en France considèrent la capacité de ridiculiser la religion comme un droit fondamental acquis après des siècles de lutte contre l’influence de l’Église catholique.
Cependant, les critiques affirment que le journal dépasse parfois les limites, notamment avec des caricatures associant l’islam au terrorisme.
Riss, dans une interview accordée à Le Monde en novembre, expliquait :
« L’idée n’est pas de publier n’importe quoi, mais de publier tout ce qui pousse les gens à douter, à réfléchir, à poser des questions, pour ne pas se retrouver enfermés par l’idéologie. »
Une caricature récente de la Vierge Marie atteinte de la variole du singe, publiée en août, a conduit à deux plaintes judiciaires de la part d’organisations catholiques en France.

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