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Mandat d’arrêt contre Bachar al-Assad : « la fin d’une impunité ignoble », réagit la journaliste Edith Bouvier

Plus de treize ans après le bombardement meurtrier de Homs qui avait coûté la vie à deux reporters et blessé grièvement Edith Bouvier, la justice française a émis des mandats d’arrêt contre l’ex-président syrien Bachar al-Assad et six de ses proches. Une décision qualifiée d’historique par la journaliste française, rescapée du drame.

Une avancée judiciaire après 13 ans d’attente

Le 19 août dernier, les juges d’instruction du pôle crimes contre l’humanité du tribunal judiciaire de Paris ont signé sept mandats d’arrêt visant Bachar al-Assad et plusieurs hauts responsables de son régime. L’information n’a été rendue publique que ce mardi.

Ces mandats portent sur des faits de complicité de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, dans le cadre de l’enquête ouverte après le bombardement d’un centre de presse improvisé dans le quartier de Bab Amr à Homs, le 22 février 2012.

« C’est la première étape vers la fin d’une impunité ignoble. C’était long, mais on y arrive enfin, c’est merveilleux », a déclaré Edith Bouvier à RFI. La journaliste française, grièvement blessée à la jambe ce jour-là, se trouvait piégée dans le bâtiment aux côtés de plusieurs confrères.

Les obus avaient tué sur le coup l’Américaine Marie Colvin, 56 ans, grande reporter au Sunday Times reconnaissable à son cache-œil, et le photographe français Rémi Ochlik, 28 ans. Le Britannique Paul Conroy et le traducteur syrien Wael al-Omar avaient également été blessés.

Assad et son cercle visés directement

Parmi les responsables visés figurent Maher al-Assad, frère cadet de l’ancien président et chef de la 4e division blindée, Ali Mamlouk, ex-directeur du renseignement, ainsi que l’ancien chef d’état-major Ali Ayoub et Rafik Shahada, alors patron du comité militaire et sécuritaire de Homs.

Edith Bouvier a insisté sur l’importance de voir le nom de l’ex-président apparaître : « Je ne voulais pas qu’on s’en tienne uniquement à des responsables de rang inférieur. »

Pour Mazen Darwish, avocat syrien et directeur du Centre pour les médias et la liberté d’expression, l’enquête a démontré le caractère délibéré de l’attaque : « Elle a clairement établi que l’assaut contre le centre de presse informel faisait partie de l’intention explicite du régime syrien de cibler les journalistes étrangers afin de limiter la couverture de ses crimes et de les pousser à quitter la ville et le pays. »

Les avocats engagés dans la procédure, dont Clémence Bectarte pour la Fédération internationale des droits humains (FIDH), saluent une étape « décisive qui ouvre la voie à un procès en France ».

Reporters sans frontières a également réagi, parlant d’« une avancée majeure dans un dossier central de la lutte contre l’impunité pour les crimes internationaux commis contre des journalistes ». L’ONG souligne que « l’étau se resserre jusque dans les plus hautes sphères du régime déchu de Bachar al-Assad, qui avait fait des journalistes indépendants et d’une presse libre des ennemis de l’État ».

Même si l’ancien président syrien, réfugié en Russie depuis sa chute en 2024, n’est peut-être jamais jugé, les organisations de défense des droits humains estiment que ces mandats d’arrêt envoient un message clair : plus personne n’est intouchable.

« Même s’il sera difficile d’obtenir l’arrestation d’Assad, son nom figure désormais noir sur blanc », a conclu Edith Bouvier, pour qui cette décision porte avant tout une valeur symbolique.

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