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Paul Biya, 92 ans, désorienté, prête serment pour un 8ᵉ mandat au Cameroun après une élection contestée

Paul Biya, 92 ans, désorienté, prête serment pour un 8ᵉ mandat au Cameroun après une élection contestée

Chapô : À Yaoundé, Paul Biya a été investi pour un nouveau mandat de sept ans, dans un climat politique tendu marqué par des contestations massives, des violences meurtrières et des accusations de fraude. À 92 ans, celui qui dirige le Cameroun depuis plus de quatre décennies devient une nouvelle fois le centre d’un bras de fer politique inédit.

Un 8ᵉ mandat pour Paul Biya, dans une atmosphère sous tension

Yaoundé a vécu une journée lourde, presque étouffante. Entre les barrages de sécurité, les va-et-vient des officiels et l’air dense de la saison sèche, la capitale camerounaise a accueilli jeudi la cérémonie d’investiture de Paul Biya, désormais président pour la huitième fois.

Selon les résultats officiels du scrutin du 12 octobre, Paul Biya, aujourd’hui âgé de 92 ans, a obtenu 53,7 % des voix, loin devant son principal adversaire, l’ancien ministre et ex-allié devenu opposant Issa Tchiroma Bakary, crédité de 35,2 %. Une victoire aussitôt contestée, alimentant des protestations massives, puis une répression sévère dans laquelle plusieurs personnes ont perdu la vie.

Dans l’hémicycle du Parlement à Yaoundé, le chef de l’État a juré fidélité à la Constitution pour un nouveau mandat de sept ans, devant un parterre de responsables politiques camerounais — mais sans la présence d’aucun dirigeant étranger.

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« Je ne ménagerai aucun effort pour continuer à être digne de cette confiance », a déclaré Paul Biya, la voix lente mais assurée. Il a ensuite reconnu, dans un rare moment d’introspection : « Je comprends parfaitement la gravité de la situation que traverse notre pays. Je comprends le nombre et la sévérité des défis auxquels nous faisons face et je comprends la profondeur des frustrations et l’ampleur des attentes. »

Une atmosphère déjà électrique… qui n’a fait que se renforcer au fil des heures.

L’opposant Issa Tchiroma revendique la victoire : bras de fer politique et mobilisation citoyenne

L’autre visage de cette crise post-électorale porte un costume sombre et un discours de rupture. Issa Tchiroma Bakary, ancien compagnon de route de Biya devenu figure de l’opposition, continue d’affirmer qu’il est le véritable vainqueur du scrutin. Sa popularité, particulièrement forte parmi les jeunes électeurs désireux de changement, a surpris jusque dans les rangs du pouvoir.

Sur les réseaux sociaux, mercredi, il a une nouvelle fois revendiqué sa victoire :
« Il y a désormais deux présidents — le président élu par le peuple camerounais (moi) et le président nommé par le Conseil constitutionnel (que vous connaissez) », a-t-il écrit, en français dans sa publication d’origine.

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Ses appels à descendre dans les rues ont été suivis de manière inégale. Si Garoua et Douala ont répondu massivement aux consignes de “villes mortes” — boutiques fermées, rues silencieuses, circulation réduite —, Yaoundé est restée largement active : les commerces ont ouvert, les enfants se sont rendus à l’école, les salariés ont rejoint leurs bureaux. Un contraste révélateur d’un pays fracturé, où la contestation politique s’exprime différemment selon les régions.

Les jours ayant précédé l’annonce des résultats, le 27 octobre, ont été marqués par des manifestations violemment dispersées. Plusieurs personnes ont été tuées, selon diverses sources locales. Le gouvernement a confirmé des décès, sans toutefois fournir de bilan précis.

Tchiroma, brièvement assigné à résidence à Garoua après la proclamation des résultats, est désormais « en mouvement », selon l’un de ses porte-parole cité par l’AFP mardi. Une déclaration qui ajoute une dose d’incertitude à une séquence politique déjà explosive.

Face à ces appels à la contestation, les autorités déclarent vouloir engager des poursuites judiciaires contre l’opposant, l’accusant de « répétés appels à l’insurrection ».

L’alarme est également venue de l’extérieur. Dans un rapport publié le 29 octobre, l’International Crisis Group (ICG) a averti : « Avec aucune des deux parties prête à reculer, le risque d’une aggravation des troubles est élevé. »
L’Union européenne, l’Union africaine et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme ont, eux, condamné la répression violente observée lors des manifestations, tout en réclamant une enquête indépendante.

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Scène inhabituelle lors de l’investiture et absence remarquée de Niat Marcel

Un moment particulier de l’investiture a frappé les esprits, circulant rapidement sur les réseaux sociaux camerounais. Selon les images relayées, Paul Biya semble désorienté pendant la cérémonie.

Je dois me lever ?
Oui excellence, c’est ce qu’il a dit. Parce qu’il est en train de lire le serment… c’est ce qu’il va lire.
Comme ça ?
Oui.
Bon !

Une séquence brève, presque surréaliste, qui a suscité de nombreuses réactions.

Autre élément notable : l’absence du président du Sénat, Niat Marcel, pourtant successeur constitutionnel du chef de l’État. Âgé et diminué par la maladie, Niat Marcel ne serait plus en capacité de marcher, ce qui expliquerait son absence à la cérémonie. Un silence officiel entoure néanmoins cette situation, accentuant les interrogations autour de la succession et de la stabilité institutionnelle du pays.

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