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Le RN face à son casse-tête financier : enquêtes et prêts illégaux plombent l’ascension de l’extrême droite

Le RN face à son casse-tête financier : enquêtes et prêts illégaux plombent l’ascension de l’extrême droite

Alors que le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella n’a jamais été aussi populaire, une série d’enquêtes judiciaires met en lumière ses difficultés récurrentes à se financer. Entre banques réticentes et montages illégaux, le Rassemblement national navigue en eaux troubles.

Ce 9 juillet, au cœur d’un quartier huppé mais vieillissant de l’ouest parisien, une vingtaine d’enquêteurs en gilets pare-balles ont investi le siège du Rassemblement national (RN). Sous la direction de deux juges d’instruction, ils cherchaient des preuves de prêts illégaux ayant financé plusieurs campagnes du parti, dont la présidentielle de 2022 et les récentes élections européennes.

Cette perquisition s’inscrit dans une série noire pour le RN, à un moment charnière : porté par des sondages flatteurs, le parti espère conquérir l’Élysée en 2027. Mais ses déboires judiciaires pourraient tout compromettre.

Une stratégie financière sous pression

En mars, Marine Le Pen a été condamnée pour détournement de fonds, une affaire qui menace son éligibilité en 2027 si son appel échoue. Quelques jours avant la perquisition, le Parquet européen a ouvert une enquête sur d’éventuels détournements au sein du groupe Identité et Démocratie, auquel le RN est affilié. Et selon des révélations médiatiques, le milliardaire libéral Pierre-Édouard Stérin a été interrogé en 2023 pour son possible rôle dans le financement illégal de campagnes locales du RN. (Ce dernier dément toute faute.)

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Face à ces accusations, le RN dénonce une « chasse aux sorcières » à l’américaine. Mais la réalité est plus prosaïque : le parti peine à se financer légalement.

Banques françaises : la porte close

Malgré sa popularité, le RN se heurte au refus des banques hexagonales. Un rapport parlementaire de 2019 pointait trois raisons : la « réputation » du mouvement, son faible patrimoine immobilier (limitant les garanties) et ses multiples démêlés judiciaires. Résultat, le parti doit recourir à des montages parfois illégaux… qui alimentent les enquêtes, dissuadant encore plus les banques. Un cercle vicieux.

Interrogé par l’AFP après la perquisition, Jordan Bardella a martelé : « Aucune banque française n’a voulu prêter au RN pour financer ses campagnes. On ne peut pas nous reprocher de nous financer par des prêts parfaitement légaux. »

Un problème qu’a connu Emmanuel Macron en 2017, avant que sa victoire ne rassure les créanciers. Sa formation, Renaissance, a depuis acquis (puis revendu 31 millions d’euros) un siège prestigieux à Paris. Le RN, lui, loue toujours des locaux modestes, à l’image de ses difficultés financières.

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Les dérives d’un financement alternatif

En 2014, le prêt de 6 millions d’euros contracté par Marine Le Pen auprès d’une banque russe avait fait scandale. Depuis, le RN mise sur des financements plus discrets, mais pas toujours légaux.

En 2022, la justice a confirmé sa condamnation pour surfacturation de « kits » électoraux remboursés par l’État lors des législatives de 2012. La perquisition du 9 juillet visait, elle, à vérifier si le parti avait reçu des prêts individuels illégaux. En France, ces prêts sont autorisés, mais ne doivent pas remplacer un financement bancaire habituel.

« C’est probable que le RN ait d’abord compté sur des prêts de particuliers, faute de banques », analyse Romain Rambaud, professeur de droit électoral à Grenoble. Mais pourquoi persister malgré les subventions publiques obtenues grâce aux succès électoraux ? « Cela interroge sur le système en place : certains cherchent-ils à influencer le parti ou à éponger des dettes ? »

Une croissance mal maîtrisée ?

Contacté par POLITICO après la perquisition, le trésorier du RN, Kévin Pfeffer, n’a pas répondu. En revanche, un cadre du parti, sous couvert d’anonymat, reconnaît des ratés : « On est passé de 4 députés [avant 2022] à plus de 120 [depuis 2024]. Certaines choses nous échappent. Ce n’est pas simple de préparer la gouvernance du pays tout en gérant l’administratif. »

Reste que, comme le souligne Rambaud, certaines irrégularités présumées ont eu lieu après les victoires électorales, donc avec un accès facilité aux fonds publics. Preuve que les vieilles habitudes ont la vie dure.

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Entre ascension politique et fragilités financières, le RN devra résoudre cette équation pour prétendre au pouvoir. Sans quoi, ses rêves de conquête pourraient se heurter à la réalité des comptes en banque… et des procédures judiciaires.

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