Les pays membres de la Cour pénale internationale (CPI) doivent élire vendredi un nouveau procureur en chef du tribunal des crimes de guerre, un poste épuisant dont l’actuel titulaire est sous sanctions américaines.
Quatre candidats de Grande-Bretagne, d’Irlande, d’Italie et d’Espagne sont en lice pour remplacer Fatou Bensouda, qui mène des enquêtes controversées en Afghanistan et dans le conflit israélo-palestinien depuis 2012.
Le Britannique Karim Khan serait en pole position pour un mandat de neuf ans en tant que procureur devant Carlos Castresana d’Espagne, l’Irlande Fergal Gaynor et l’Italien Francesco Lo Voi, selon les médias britanniques.
Les États membres de la CPI n’ont pas réussi à parvenir à un consensus malgré plusieurs tentatives ces dernières semaines, et vont maintenant voter sur le nouveau procureur aux Nations Unies à New York.
Bensouda, née en Gambie, doit quitter l’un des postes les plus difficiles de la justice internationale à la fin de son mandat en juin, avec un bilan mitigé au tribunal de La Haye.
Celui qui deviendra le troisième procureur de la Cour depuis sa formation en 2002 se chargera d’un dossier volumineux d’affaires difficiles devant un tribunal dont la légitimité est constamment menacée.
Sanctions « inacceptables »
Les premières tâches du nouveau procureur consisteront à décider des prochaines étapes de l’enquête sur les crimes de guerre en Afghanistan et de l’enquête extrêmement controversée sur le conflit israélo-palestinien de 2014 à Gaza.
L’administration de l’ancien président américain Donald Trump a frappé Bensouda et un autre haut responsable de la CPI l’année dernière avec des sanctions, notamment une interdiction de voyager et un gel des avoirs, après avoir lancé l’enquête qui comprend des crimes de guerre américains présumés en Afghanistan.
Israël et les États-Unis – dont aucun n’est membre de la CPI – se sont également fermement opposés à l’enquête sur les crimes de guerre présumés commis à la fois par les forces israéliennes et les groupes armés palestiniens.
Les juges de la CPI ont toutefois statué la semaine dernière que la Cour avait compétence sur la situation dans les territoires palestiniens, ouvrant la voie à une enquête complète après une enquête préliminaire de cinq ans ouverte par Bensouda.
La nouvelle administration américaine sous le président Joe Biden a signalé une ligne moins conflictuelle mais n’a pas dit si elle abandonnerait les sanctions contre Bensouda, qui a attaqué les mesures «inacceptables».
Parmi les quatre candidats pour la remplacer, l’avocat britannique et spécialiste des droits de l’homme Khan a été avocat de la défense dans plusieurs affaires de la CPI, y compris pour le fils du défunt dirigeant libyen Moammar Kadhafi, Seif al-Islam.
Khan a récemment dirigé une enquête spéciale de l’ONU sur les crimes du groupe de Daech et a appelé à des procès comme ceux de Nuremberg des dirigeants nazis. L’Irlande Gaynor a déjà représenté des victimes de crimes à la CPI dans des enquêtes, notamment l’enquête sur la guerre en Afghanistan et une affaire contre le président kényan Uhuru Kenyatta.
L’Espagnol Castresana, juge de formation, dirigeait auparavant un panel des Nations Unies sur la lutte contre la criminalité et la corruption au Guatemala, mais a démissionné en 2010 pour des «attaques systémiques» de fonctionnaires avides de pouvoir.
Le procureur sicilien Lo Voi a quant à lui mené des poursuites contre la mafia italienne et un important réseau de passeurs de clandestins.
Record mixte
Bensouda a eu un bilan mitigé alors même qu’elle élargissait – certains analystes disent trop étendues – la portée de la cour. Sous sa direction, l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo a été innocenté de crimes contre l’humanité, tandis que l’ancien vice-président de la République démocratique du Congo, Jean-Pierre Bemba, a été acquitté en appel.
Kenyatta du Kenya a également vu les accusations de crimes contre l’humanité sur effusion de sang électorale abandonnées par Bensouda. Mais Bensouda a récemment obtenu des condamnations très médiatisées contre un enfant soldat ougandais devenu commandant de l’Armée de résistance du Seigneur Dominic Ongwen et le chef de guerre congolais Bosco « Terminator » Ntaganda.
On lui attribue également l’amélioration du bureau du procureur par rapport à son prédécesseur Luis Moreno-Ocampo, dont la direction a été qualifiée d ‘«autocratique» dans une enquête ordonnée par la CPI dans l’affaire Kenyatta.
La CPI est la seule cour permanente des crimes de guerre au monde, après des années où la seule voie vers la justice pour les atrocités commises dans des pays comme le Rwanda et l’ex-Yougoslavie était des tribunaux séparés.
Paralysée dès le départ par le refus des États-Unis, de la Russie et de la Chine d’adhérer, la Cour a depuis été critiquée pour avoir principalement pris en charge des affaires de pays africains plus pauvres.
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