Une éminente chercheuse franco-iranienne détenue en Iran

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Une éminente anthropologue franco-iranienne, Fariba Adelkhah, associée à plusieurs réseaux scientifiques et spécialiste de l’Islam chiite, est actuellement détenue en Iran dans un contexte de vives tensions internationales entre Téhéran et l’Occident.

Le ministère français des Affaires étrangères a confirmé lundi l’arrestation de Mme Adelkhah sans en préciser la date mais, selon son confrère et ami Jean-François Bayart, joint par l’AFP, celle-ci remonterait au 5 juin et la chercheuse est depuis détenue à la prison d’Evin, dans le nord de Téhéran.

Selon M. Bayart, professeur à l’Institut des Hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève, la chercheuse « a pu recevoir la visite de sa famille et n’est pas maltraitée » malgré la sinistre réputation de ce lieu de détention.

Les autorités françaises n’ont cependant pas pu entrer en contact avec leur ressortissante malgré leurs demandes, a indiqué lundi le ministère des Affaires étrangères : « la France a effectué des démarches auprès des autorités iraniennes pour obtenir de leur part des informations sur la situation et les conditions de l’arrestation de Mme Adelkhah et demander un accès consulaire » à sa ressortissante, mais n’a reçu « aucune réponse satisfaisante » à ce jour, précise le ministère dans un communiqué.

Sur le site officiel du gouvernement iranien, un porte-parole, Ali Rabiï, affirme pour sa part: « Je n’ai aucune information à ce sujet. J’ai entendu cette information mais je ne sais pas qui l’a arrêtée ni pour quelle raison ».

« La France appelle les autorités iraniennes à faire toute la lumière sur la situation de Mme Adelkhah et leur réitère ses demandes, en particulier celle d’une autorisation sans délais pour un accès consulaire », a insisté le ministère français.

Chercheuse au Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po-Paris, docteure en anthropologie de l’École des Hautes études en Sciences sociales (EHESS) de Paris, Fariba Adelkhah, 60 ans, collabore à plusieurs revues scientifiques comme « Iranian Studies » et « la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée ». Elle est l’auteure de très nombreux ouvrages de référence et étudie en particulier les relations des clergés chiites d’Iran, d’Afghanistan et d’Irak, trois pays dans lesquels elle se rend régulièrement.

– franc-parler –

Selon Jean-François Bayart, Fariba Adelkhak devait regagner Paris le 25 juin.

« Quand elle n’est pas revenue, nous nous sommes mobilisés pour alerter le ministère des Affaires étrangères à Paris et l’ambassade de France à Téhéran », avec le Fonds d’analyse des sociétés politiques (FASOPO) dont elle est membre fondatrice et le Réseau européen d’analyse des sociétés politiques. « Les autorités nous ont demandé la discrétion, ce que nous avons respecté et nous savons que des discussions politiques se sont nouées au plus haut niveau », a souligné le chercheur à l’AFP.

« Dans sa prison d’Evin, elle a reçu la visite de sa famille, elle n’est pas maltraitée mais je suis inquiet car elle n’est pas de constitution très robuste. Et on ignore combien de temps va durer cette détention totalement inadmissible et inacceptable », a-t-il relevé.

Farida Adelkhah est arrivée en 1977 en France pour ses études « et pas du tout comme immigrée politique », insiste M. Bayart, qui précise qu’elle « a toute sa famille en Iran ; elle a toujours refusé de condamner le régime de la République islamique, ce qui lui a valu d’être mal comprise de la diaspora et aussi de prendre des coups des deux côtés », insiste-t-il en saluant « une chercheuse libre, indépendante, extrêmement talentueuse, avec son franc-parler ».

Les relations de l’Iran avec les pays occidentaux se sont tendues récemment en raison des sanctions américaines imposées à Téhéran, accusé de ne pas respecter les termes de l’accord sur le nucléaire iranien. Les pays européens dont la France, qui a dépêché un émissaire sur place, s’emploient vainement à essayer de faire baisser la tension.

L’Iran a encore appelé lundi l’UE à prendre des mesures « pratiques, efficaces et responsables » pour sauver l’accord.

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