Vingt-quatre heures au Mexique à l’ombre de la violence

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L’AFP a mobilisé plusieurs photographes et vidéastes mexicains autour d’un projet intitulé Vingt-quatre heures à l’ombre de la violence au Mexique, l’un des pays les plus dangereux du monde. Un jour comme tant d’autres: du jeudi 21 novembre à minuit au vendredi 22 novembre à 23:59, ces reporters ont saisi avec leurs objectifs des scènes de la violence ordinaire dans ce pays où 250.000 meurtres ont été recensés depuis décembre 2006, au début de l’offensive fédérale contre les cartels de la drogue.Voici comment ils vivent ce quotidien: A Ciudad Juarez (nord), tout est extrême: le climat du désert de Chihuahua, le manque d’eau, la violence. La ville fut nommée « capitale mondiale du meurtre » à la fin des années 90. C’est là que vit et travaille Herika Martinez Prado, 36 ans. »Mes images racontent les histoires de mères qui ont perdu une fille, de victimes de massacres, de communautés désertées à cause de la violence. Il n’y a pas un jour où nous ne ressentons pas la mort et la douleur. »Règlement de comptes entre gangs, opérations militaires contre les cartels ou balles perdues, ici la mort frappe n’importe quand, n’importe qui. « Etre photo-journaliste à Ciudad Juárez, c’est côtoyer la mort en permanence, assimiler une douleur faite de larmes, de balles, de sang. »Dans la même ville, Raul Morales, 41 ans, promène sa camera avec « autant de satisfaction que de peur ». Il faut, dit-il, parvenir à séparer le rôle du vidéaste de « celui du mari, du père de famille ».- « Rubrique rouge » -Pedro Pardo, 44 ans, a fait ses armes dans l’un des Etats les plus sanglants du pays, Guerrero (sud). « La violence, lorsqu’elle est là, il faut savoir l’accepter. Et accepter de ne pas comprendre ce que l’on voit », tant les corps peuvent être mutilés, les visages calcinés, les membres sectionnés, dit-il. Les photos de violences sont si courantes qu’elles ont une rubrique dans les journaux mexicains: la « nota roja », la rubrique rouge. Pedro Pardo avoue ne jamais avoir été impatient d’alimenter la « nota roja » et avoir parfois renoncé à prendre une photo, face à l’horreur.Dans le nord, Tijuana vit acculée à la frontière avec les Etats-Unis. C’est un point de passage important pour les migrants en quête de terre promise et un champ de bataille pour les cartels.Ici Guillermo Arias, 43 ans, s’est arrêté sur une fosse commune devenue un lieu dédié à la mémoire des anonymes assassinés. Il a fixé les inscriptions peintes sur les murs : « Où es-tu? », « Que s’est-il passé ici ? » « Que cela n’arrive plus jamais ».- « Chaque jour il y a un assassinat » -Pour Ulises Ruiz, 42 ans, qui couvre depuis Guadalajara l’Etat de Jalisco (centre), la question d’un Mexique sans violence « est une idée très lointaine ». »Les autorités sont dépassées. Ici, chaque jour, il y a un assassinat, un enlèvement, de la torture, avec des personnes martyrisées et jetées dans la rue, des mères qui cherchent leurs disparus, le procureur qui ordonne de fouiller des fosses communes. » La nuit, le jour, dans une maison, dans la rue, sur un terrain vague ou dans un véhicule, partout on peut être fauché. « Tout couvrir est impossible. »Rashide Frias Enrique, 35 ans, vit à Culiacan, dans l’Etat de Sinaloa (ouest), bastion du baron de la drogue Joaquin « El Chapo » Guzman.Exemple d’une de ses photos: prise de nuit à Culiacan, elle montre l’intérieur d’une voiture et, dans un halo de lumière glacée, le visage blafard d’un homme abattu, la bouche légèrement ouverte. « A travers mon objectif, j’ai pu constater à quel point la violence avait pénétré au cœur de la société mexicaine » et influé sur le comportement de la population au jour le jour. « L’assassinat de mon collègue journaliste Javier Valdez (spécialiste du narcotrafic pigiste de l’AFP, ndlr) en 2017, m’a obligé à réfléchir à ma propre vie. » Francisco Robles, 38 ans, trouve qu’à Acapulco, dans l’Etat de Guerrero (sud), la population est devenue indifférente. « Les gens ne sont plus étonnés de voir des corps mutilés, des morts par balles. Ils peuvent se rendre sur les lieux du crime sans état d’âme, faire des photos ou des vidéos avec leur portable de la façon la plus naturelle, comme s’il s’agissait d’une attraction touristique. » Julio Cesar Aguilar, 41 ans, s’est installé il y a douze ans à Monterrey (nord-est). Après quatre cambriolages, il a déménagé deux fois. « Au fur et à mesure que je prends de photos, j’ai l’impression de me déformer. A la fin de la journée, je me sens comme un monstre. Et ainsi, jour après jour. »

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