avec « Virtual Regatta », le tour du monde depuis son salon

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Comme les 33 navigateurs du Vendée Globe, quelque 200.000 skippers virtuels seront au départ du tour du monde sans escale et en solitaire dimanche sur le simulateur de voile « Virtual Regatta », dont le succès s’est confirmé pendant la crise sanitaire.

A 56 ans, Yann Doitté prendra le large dimanche non pas des Sables-d’Olonne, mais depuis… Le Cap, en Afrique du Sud où il est installé.

« C’est le Covid qui m’a remis dedans et c’est vrai que je suis un peu mordu », explique cet organisateur d’événements qui fait partie de la gigantesque communauté de joueurs de « Virtual Regatta », connectés sur ordinateurs ou smartphones.

L’engouement pour cette édition 2020 du Vendée Globe est fort: il y avait 189.717 inscrits jeudi à 18h00, selon les organisateurs de « Virtual Regatta » qui totalise 1,5 million d’inscrits.

Cette année encore, la course virtuelle autour du monde en solitaire et sans escale sera rejointe par des skippers certifiés: l’expérimenté Loïck Peyron mais aussi Yves Le Blevec (vainqueur du trophée Jules Verne en 2002), Jacques Caraës, directeur de la course, ou encore la Team esport MCES dont « cinq des meilleurs e-skippers de la planète ».

Créé par Philippe Guigné, un ancien skipper à la tête de la société éponyme basée à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), le jeu a été lancé à l’occasion de la Route du Rhum 2006. Parti de 50.000 joueurs, il rallie le monde nautique, notamment avec Loïck Peyron après l’abandon de son Vendée 2008.

– Le Covid en accélérateur –

« Il a cassé son mât, il a ramené son bateau et en rentrant en France, il m’a demandé: +Tu pourrais me recréer mon bateau là où j’ai cassé mon mât et réviser le Pacifique sud pour terminer mon Vendée Globe ?+ », raconte à l’AFP Philippe Guigné.

Dans « Virtual Regatta », le joueur se voit confié, comme un vrai skipper, un Imoca, et choisit ses voiles et « foils », ces ailes qui font « voler » les bateaux au-dessus de l’eau.

Il peut alors participer à 50 courses de eSailing organisées chaque année et aux plus prestigieuses comme la Route du Rhum, l’Ocean Race, la Coupe de l’America et le Vendée Globe.

« La petite surprise, c’est que le Covid a vraiment accéléré les choses, le esport a gagné deux ans en deux mois de lockdown (confinement, NDLR) », se réjouit Philippe Guigné.

François Gabart s’y est déjà essayé. Il y voit « un outil pédagogique très intéressant, car notre sport est très compliqué: pourquoi on ne peut pas remonter face au vent, pourquoi un bateau qui n’est pas le plus proche de la ligne d’arrivée, est a priori en tête (…) pourquoi on fait le tour d’un anticyclone », explique le vainqueur du Vendée Globe 2013 à l’AFP.

– Gestion du sommeil –

Il permet aussi d’amener les plus jeunes vers la voile. Cette année encore, la Fédération française de voile (FFV) organise, avec le soutien du ministère de l’Education nationale, un challenge sur « Virtual Regatta » réservé aux classes de primaires, de collèges, de lycées et même aux universités.

Si le logiciel est gratuit, la PME et sa quinzaine de salariés tirent leurs revenus du sponsoring et des achats en ligne de cartes d’amélioration. En 2017, elle a réalisé près d’un million d’euros de chiffre d’affaires.

E-Skipper sur le Vendée Globe 2016, Yann Doitté faisait « un peu de voile pour le loisir », jusqu’au confinement, quand « un copain m’a demandé de le rejoindre ». Il a même créé sur Twitch une chaîne ludique « yannctv » qui diffuse des parties de régates en direct.

Avec les courses au large, il peut se frotter avec les fondus de esport aux difficultés des navigateurs: calcul de la route, météo, gestion du sommeil. D’autant que la météo physique du jeu, remise à jour quatre fois quotidiennement, est celle du Vendée Globe.

Mais selon Yann Doitté, « Virtual Regatta » peut « vite devenir chronophage ». « Là, on part sur deux mois et demi » souligne le quinquagénaire qui se souvient avoir souffert lors d’une course sur quatre jours. « Je me suis enfermé dans la chambre, j’ai mangé dans la chambre, je prenais juste une heure… J’étais mort à ne pas gérer mon sommeil », glisse-t-il.

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