Pour les anciens présidents, difficile de devenir écrivain

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Ecrivain peut sembler une bonne reconversion après la présidence de la République, mais le métier est difficile, comme le constatent Valéry Giscard d’Estaing et François Hollande, dont les livres respectifs sont sortis dans un certain anonymat.

Ils devraient être loin de la performance de Nicolas Sarkozy, qui a vendu 235.000 exemplaires de ses mémoires présidentiels, « Le Temps des tempêtes », publiés en juillet.

M. Giscard d’Estaing a publié le 5 novembre son cinquième roman, « Loin du bruit du monde ». En dehors du Figaro, à qui il a réservé une exclusivité, la presse s’en est désintéressée.

De son côté, M. Hollande a participé à « Leur Etat expliqué aux jeunes et aux moins jeunes », une bande dessinée didactique, parue fin octobre, après un premier volume sur la République. La couverture médiatique a été modeste.

Cette réception, Jean-Paul Brighelli, plume de plusieurs livres d’hommes politiques, la comprend. « S’ils écrivent, c’est d’abord pour ne pas mourir, médiatiquement ». Mais, « les vieux chevaux de retour n’ont plus leur place dans ce bal virevoltant ».

« L’actualité de la crise sanitaire et de la présidentielle américaine a écrasé tout le reste. Mais même sans cela, ce sont deux anciens présidents qui n’ont pas le même lectorat de soutiens inconditionnels que Nicolas Sarkozy », commente François Hourmant, politiste de l’université d’Angers qui s’est intéressé aux livres de responsables politiques.

– Giscard, romancier –

L’exercice des mémoires présidentiels est devenu une tradition bien établie depuis Charles de Gaulle et ses « Mémoires d’espoir », entrés dans la Pléiade en compagnie des « Mémoires de guerre ». Ceux de M. Giscard d’Estaing s’appelaient « Le Pouvoir et la Vie », ceux de M. Hollande « Les Leçons du pouvoir ». Et on parle beaucoup de ceux de Barack Obama, « Une terre promise », publiés en 24 langues mi-novembre.

« Les présidents sont tentés, et c’est légitime, de raconter leur expérience du pouvoir. Giscard d’Estaing a l’originalité d’être le seul à s’être confronté à l’exercice du roman », souligne M. Hourmant. Hélas pour lui, « il a surtout suscité l’ironie de la part de la critique littéraire ».

« Loin du bruit du monde » raconte la fuite d’un ancien président du Sénat en Centrafrique. L’intrigue se déroule dans les années 1990, moment où l’ancien « empereur » Jean-Bedel Bokassa a été amnistié. Le héros va apprendre à chasser l’éléphant, pratique qui le répugne.

M. Giscard, 94 ans, qui avait accepté de répondre à l’AFP, en a été empêché par des ennuis de santé qui ont conduit à sa récente hospitalisation.

– Hollande a « beaucoup hésité » –

M. Hollande, 66 ans, s’est attelé à un tout autre exercice, celui d’expliquer l’Etat. Le texte est de lui, les illustrations de Laure Monloubou.

« J’ai beaucoup hésité parce que je ne suis pas spécialiste de la littérature jeunesse, et que je ne voulais pas donner l’impression d’influencer les enfants », a expliqué à l’AFP l’ancien président socialiste.

L’une de ses conditions a été de séparer les explications factuelles de points de vue plus personnels, comme lorsque son personnage dit sur la dette publique: « Tant que les prêteurs font confiance à la France, nous pouvons continuer, mais pensons au jour où ils ne le feront plus! » L’ancien président ne touche pas non plus de droits d’auteur.

Sorti en février, le livre s’est vendu à 20.000 exemplaires.

Pour François Hourmant, « cela fait partie du rôle présidentiel, en France, de parler de livres. François Hollande a été le plus rétif (…) Publier une BD, c’est significatif: ce n’est pas le genre le plus noble ».

« Dans un pays comme la France qui se pique de littérature, l’exercice est dangereux », confirme Jean-Paul Brighelli. « C’est un métier, d’écrire. Parce que la plupart des politiques font ce métier en croyant du coup avoir la science suprême – comme les papes ont l’infaillibilité depuis 1870 –, ils pensent pouvoir écrire », mais nourrissent « des prétentions très au-dessus de leur plume ».

Au président Emmanuel Macron, il conseillerait donc de publier d’ici la fin de son mandat un livre sur son bilan et son programme, et surtout de « se trouver un nègre à la hauteur en prévision de 2022 », année électorale.

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