Choquée, blessée, apeurée, Samantha Davies a pensé tout arrêter quand son bateau a heurté violemment un objet non identifié. Et puis cette femme de la mer est revenue « à la raison »: elle est repartie, hors-course, lundi sur le Vendée Globe, pour chasser ses démons.
« Si je ne repars pas, si je ne franchis pas ce cap, je vais arrêter la voile. Il faut dépasser ta peur », explique à l’AFP l’Anglaise, à la barre d’Initiatives-Cœur, portée par son projet associatif qui permet à des enfants souffrant de graves malformations cardiaques d’être opérés.
La navigatrice, l’une des six femmes (sur 33 concurrents) engagées sur le Vendée Globe, a été contrainte à l’abandon au vingt-septième jour de course, deux jours après que son bateau a percuté un ofni (objet flottant non identifié).
« Au moment de l’accident, quand j’ai vu les dégâts sur le bateau, je savais que ce n’était pas possible de réparer seule. Au vu de la violence de l’impact, c’était impossible de faire un truc à l’arrache. Je savais que je serais obligée de sortir le bateau de l’eau », raconte « Sam » Davies.
« Dans ma tête, c’était mort. J’avais pris ma retraite, je me voyais habillée avec ma petite robe pour aller chercher mon fils à l’école et faire à manger tous les jours de ma vie », poursuit-elle avec un brin d’humour.
– « Prendre sa retraite et changer d’avis ! » –
« Après, passées 24 heures, je suis redevenue raisonnable. C’était important d’avoir ce sas de décompression: prendre sa retraite et changer d’avis ! », lance la Britannique, maman d’un garçon de 9 ans, Ruben, qu’elle a eu avec son compagnon Romain Attanasio (Pure-Best Western), lui aussi en lice sur le Vendée Globe (il occupait lundi la 13e place).
Livrée à elle-même dans l’Atlantique sud, elle a stabilisé son monocoque de 18 mètres puis a prévenu son équipe à terre qu’elle voulait continuer à faire le tour du monde. C’est un sujet qu’elle avait abordé avec son équipe avant le départ du Vendée Globe, le 8 novembre.
« T’es tellement triste quand ça t’arrive, t’as juste envie de rentrer chez toi. Si tu ne t’es pas préparée mentalement au fait de continuer hors-course, c’est juste pas possible. Romain savait, ma famille savait. Finir hors-course pour moi, pour le projet, ça a du sens. Initiatives-Coeur est un projet aussi solidaire. C’est tout ce travail en amont qui me donne la force et l’énergie pour le faire », relève-t-elle.
Après trois jours en mer sur son bateau abîmé, Sam Davies s’est posée le 5 décembre au Cap (Afrique du sud), où elle a retrouvé d’anciens amis installés dans la ville sud-africaine.
Des membres de son équipe sont arrivés et une véritable chaîne de solidarité s’est créée pour aider la navigatrice à repartir au plus vite.
– « Mon aventure » –
« Tout le monde sait que je suis là, les gens proposent spontanément leur aide. Un chantier naval nous a offert de remplacer le panneau cassé, il y a des jeunes navigateurs passés mercredi soir. C’est incroyable ! J’ai demandé à chacun de signer son travail dans le bateau ».
Lundi à 15h00 GMT, elle a laissé cette effervescence pour se retrouver seule, face à elle-même.
« Je sais que je vais flipper les premières nuits sur l’eau. La première semaine va être difficile, j’en suis sûre. J’ai encore deux-tiers du parcours à faire. D’habitude, je regarde mes concurrents, je suis +focus+ (concentrée, ndlr) sur le parcours. Là, je vais vraiment me retrouver toute seule, et comme je me suis fait vraiment peur, je vais partir lentement. »
« Je peux faire mon tour du monde, mon aventure, j’ai une vraie raison pour partir », conclut-elle.
Samantha Davies sera toujours suivie par la direction du Vendée Globe du point de vue de la sécurité. Son bateau sera visible sur la cartographie mais en transparence.
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