L’Autriche confinée peut skier, la décision qui divise

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Des haut-parleurs appellent les skieurs sagement alignés à garder leurs distances et à porter un masque FFP2: en apparence, la station autrichienne de Semmering s’est bien adaptée à la pandémie.

Mais malgré la multitude de précautions, le maintien des sports d’hiver en pleine crise sanitaire en hérisse plus d’un.

Tout d’abord dans les pays voisins privés de glisse, comme l’Allemagne et la France, mais aussi en Autriche, en dépit de l’image de « nation du ski » qu’aime se donner ce pays alpin d’Europe centrale.

Entre ceux qui goûtent aux cimes et ceux qui jonglent tant bien que mal entre télétravail et école à la maison, le divorce est consommé.

Robert Buchmeyer fait partie du premier camp. Passionné qui croque les pistes depuis l’âge de six ans, il a dû renoncer à sa semaine de vacances pour cause de fermeture des hôtels mais il ne boude pas le plaisir de journées à la montagne.

« C’est excellent pour la santé, humer le bon air, et puis on n’a pas grand chose d’autre à faire », confie-t-il à l’AFP, ses chaussures de ski claquant sur le bitume du parking de Semmering, à une heure de Vienne.

– « Chance de briller » –

Concerts annulés, musées et restaurants fermés, enfants privés de classe, le gouvernement vient de prolonger le troisième confinement. Rare exception: le ski, discipline de plein air jugée moins à risques.

Si la pression de l’industrie, forte de 250 stations qui représentent une manne économique pour le pays, a joué un rôle, la décision du gouvernement tient aussi du registre émotionnel, estime Rudolf Müllner, historien du sport à l’Université de Vienne.

De vaste empire à Etat croupion, l’Autriche déchue au gré des chocs du 20e siècle a puisé après-guerre sa fierté dans le ski. « C’était LA chance de briller sur la scène mondiale », souligne l’analyste.

« Il n’y a que dans ce sport » que le pays pouvait « affirmer de la sorte son identité », insiste-t-il.

Dans les années 1960, des familles entières suivaient les exploits de champions adulés à la télévision, les jeunes adolescentes placardaient des posters géants dans leurs chambres et les classes moyennes découvraient les plaisirs de la glisse.

Trois décennies plus tard, deux-tiers des Autrichiens s’adonnaient au ski de manière régulière. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’un tiers, selon les chiffres de l’Institut de recherche des loisirs et du tourisme.

Une désaffection liée à la hausse du prix des forfaits, à l’offre plus large de divertissements et à une prise de conscience écologique.

– Cohue et contaminations –

Et la situation actuelle ne va pas contribuer à redorer l’image du ski, selon Peter Zellmann, directeur de l’Institut.

Nombreux se sont ainsi offusqués à la vue des photos de foule aux remontées mécaniques largement partagées sur les réseaux sociaux, et à la récente découverte de foyers de contaminations dans plusieurs stations.

« C’est devenu un profond facteur de division », confirme l’ancienne skieuse Nicola Spiess-Werdenigg.

« Quand certains se réjouissent de skier tandis qu’une mère est bloquée à la maison avec ses trois enfants et ne peut même pas aller au zoo, naturellement cela blesse et nourrit la colère », dit-elle.

Par solidarité, elle n’ira pas skier cet hiver et aurait aimé pareille décision au niveau européen, mais le chancelier conservateur Sebastian Kurz avait refusé la proposition allemande d’une fermeture concertée.

Pour autant, toutes les stations ne se frottent pas les mains. Si les petites comme Semmering ont tiré leur épingle du jeu en attirant les Viennois, les grandes stations du Tyrol (ouest), qui accueillent d’ordinaire des millions de touristes étrangers, sont largement désertées.

La décision controversée des autorités n’évitera pas « une catastrophe économique, dont nous commencerons à prendre la pleine mesure dans six mois », avertit M. Zellmann.

Sur les pistes de Semmering, Tanja, enseignante de 32 ans, a une pensée pour ses concitoyens moins chanceux qu’elle. Fermer les stations redonnerait un sentiment d’unité au pays, admet-elle, tout en jugeant difficile de satisfaire tout le monde « par temps de pandémie ».

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