Les smart cities, ou « villes intelligentes », proposent une nouvelle approche pour faire face aux défis futurs de la vie urbaine : connectivité, durabilité, accessibilité… les champs d’application sont infinis. D’après une étude du cabinet MarketsAndMarkets de 2020, le marché des smart cities pourrait atteindre 825 milliards de dollars en 2025. En dépit d’objectifs globalement similaires, les villes les plus en pointe sur ce sujet à l’échelle mondiale diffèrent dans leur stratégie. La géographie, l’environnement socio-culturel, la philosophie de développement influent sur les priorités des municipalités. Tour d’horizon de différents modèles possibles de développement de smart cities, en pointe dans leur approche.
A Singapour, data et intelligence artificielle au cœur de la stratégie de smart city
La ville de Singapour figure toujours en bonne place des classements relatifs aux smart cities, et prend même à la première place du Smart City Index de 2020. La ville sert de laboratoire à ciel ouvert pour les entreprises du monde entier qui veulent tester leurs innovations technologiques à grande échelle. Le fonctionnement politique verticale et centralisé de la cité-État autorise en effet un déploiement rapide et à grande échelle de solutions qu’il serait plus difficile de tester ailleurs. De même, la politique de gestion des données recueillies est plus souple que celle qui prévaut en Europe, notamment depuis l’adoption du règlement général sur la protection des données (RGPD).
Les applications sur lesquelles travaille le gouvernement sont variées, mais reposent sur une vision particulièrement technologique de la smart city : données et intelligence artificielle en sont le principal carburant et la mobilité urbaine, une application parmi les plus visibles de cette politique. Singapour est l’un des pays les plus densément peuplés au monde, et seuls 12% de la surface utile de la cité-État sont réservés aux infrastructures de transport. Les données de déplacement de la population sont donc recueillies afin d’entraîner une intelligence artificielle à fluidifier la gestion des transports urbains – jusqu’à recommander aux habitants de travailler depuis chez eux en cas de congestion. C’est d’ailleurs une autre spécificité de Singapour : la ville est l’une des plus avancées en termes de e-gouvernement.
A Copenhague, la smart city au service de la ville durable
En Europe, Copenhague fait figure de modèle de smart city. Nommée capitale verte européenne en 2014, la ville a engagé depuis plus de 10 ans une transition tous azimuts en vue d’atteindre la neutralité carbone en 2025. Pour atteindre cet objectif, la métropole mise notamment sur les mobilités douces et l’adaptation des infrastructures urbaines. Copenhague compte sur un réseau de pistes cyclables long de 400 km, lequel est très utilisé avec 35% des déplacements qui se font à vélo. La ville s’est fixé l’objectif ambitieux d’atteindre 75% de déplacements à pied, à vélo ou en transports en commun d’ici 2025, le reste des déplacements devant s’effectuer en véhicules électriques.
L’infrastructure urbaine s’adapte donc aux nouveaux objectifs de mobilité, avec une philosophie sous-jacente : ici, la technologie se met au service de la douceur de vivre. Pour réduire sa consommation d’énergie, lutter contre la pollution lumineuse et adapter l’éclairage urbain aux différents usages, la municipalité a ouvert 12 km de rues aux entreprises innovantes de l’éclairage public pour expérimenter leurs solutions. C’est une entreprise française, Citelum, qui a été retenue pour fournir à la municipalité son système de gestion de l’éclairage public. A mi-contrat, le retour d’expérience est déjà positif puisque sur la partie de l’éclairage urbain rénové, la consommation d’énergie a chuté de 77%. Le pari de la neutralité carbone semble aujourd’hui à portée de main.
A Hambourg, un exemple réussi de ville industrielle durable
En Europe toujours, Hambourg s’est imposée comme un exemple réussi de transformation urbaine. La métropole de 1,8 millions d’habitants, deuxième plus grande ville d’Allemagne, partait avec de nombreuses contraintes. Ville portuaire confrontée aux problèmes de pollution industrielle et de congestion du réseau urbain, la ville devait réinventer son modèle de développement sans tirer un trait sur sa principale source de richesse. Sa stratégie de smart city est donc partie du port, où la technologie a été mise au service de l’optimisation de sa logistique. Gestion du trafic maritime, automatisation des terminaux portuaires, optimisation du stockage des containers, gestion intelligente des flux des camions de transport : Hambourg a tout misé sur le digital pour conserver sa place de 3ème port d’Europe. Pour lutter contre la pollution, la ville a misé sur les énergies renouvelables, et ses capacités éoliennes couvrent aujourd’hui les besoins en consommation de 40 000 foyers. Les formes alternatives de mobilité ont également été développées : interdiction des véhicules diesel, bus à hydrogène, développement du vélo comme mode de transport …
Surtout, la stratégie smart city de la ville passe par la reconnaissance de sa spécificité urbaine et sociale. La ville est limitée dans son développement géographique, et assume son statut de ville socialement mixte. L’usage urbain a donc été repensé en conséquence : les anciennes friches industrielles sont par exemple redéveloppées de manière à associer autant que possible usage et population mixtes. Hambourg s’assume sans complexes en ville durable et sociale, et a obtenu en 2011 le label de capital verte de l’Europe pour sa transformation urbaine réussie.
Paris, un modèle de smart city en devenir ?
La capitale française n’est pas en reste, même si un long chemin reste à parcourir. L’action de la municipalité sous la houlette d’Anne Hidalgo et de son équipe commence à porter ses fruits. Le Sustainable Cities Index 2018 d’Arcadis place la capitale française au 15ème rang global des villes les plus durables, avec de fortes disparités selon le critère choisi. La capitale se place au 3ème rang sur l’aspect « humain » (qualité de vie). Le classement note notamment favorablement la politique de transport de la capitale, avec une offre de mobilité basée sur des transports en commun denses et bien développés, et un développement des mobilités douces – vélo en tête. Mais elle pointe au 25ème rang sur l’aspect « planète » (environnement).
Les problématiques environnementales sont prises à bras le corps par les élus parisiens à commencer par Dan Lert, adjoint en charge du climat. Alors que la ville affiche une baisse de ses émissions de gaz à effet de serre de 25% entre 2004 et 2018, l’objectif est maintenant d’accélérer le mouvement afin de rejoindre les villes les plus avancées en la matière, comme Copenhague, Stockholm ou Manchester. Sur cet aspect, de nombreux points d’amélioration sont possibles : généralisation de la LED dans l’éclairage urbain pour réduire la consommation électrique et la pollution lumineuse, développement plus important des mobilités alternatives (vélo, véhicules électriques …), multiplication des espaces verts … La métropole pourrait s’appuyer sur les bonnes pratiques de villes aux enjeux similaires pour rentrer de plain-pied dans l’ère de la métropole durable. Et selon Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo en charge de l’urbanisme et de la transformation des politiques publiques, Paris s’appuiera largement sur la data et le numérique dans sa stratégie de smart city.
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