Les massacres de Sétif, prémices de la guerre d’Algérie

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Le 8 mai 1945, alors que la victoire des Alliés sur le nazisme est célébrée sur tout le territoire algérien, la répression par les forces françaises d’une manifestation indépendantiste fait des milliers de morts dans la région de Sétif, à 300 km à l’est d’Alger.

A Sétif, berceau de Ferhat Abbas, fondateur de l’Union populaire algérienne (UPA) et des Amis du manifeste et de la liberté (AML) qui réclame l’accession des musulmans à la citoyenneté française, une foule de 8.000 à 10.000 personnes se forme pour célébrer la victoire, à l’appel de l’AML et du Parti du peuple algérien (PPA, interdit) de Messali Hadj, le père du nationalisme algérien.

A côté du drapeau français figure pour la première fois le drapeau algérien vert et blanc. Aux « Vive la Victoire alliée » scandés par la foule, succèdent les « Vive l’Algérie indépendante ».

Après un ordre du sous-préfet de retirer pancartes et banderoles, un scout musulman de 22 ans, Bouzid Saâl, refuse de baisser le drapeau algérien. Des heurts éclatent, un policier tire et le jeune homme est tué. La foule est saisie de panique. C’est le début des émeutes.

La colère des manifestants se retourne contre des Français. Au total 102 Européens — 86 civils et 16 militaires — seront tués lors des émeutes, selon les historiens Benjamin Stora et Guy Pervillé.

L’après-midi, l’insurrection gagne la campagne puis s’étend à d’autres villes, Guelma, Kherrata, Bône. Pendant deux jours, les scènes de pillages, agressions, viols et assassinats se poursuivent.

Le gouvernement provisoire du général de Gaulle répond alors par une répression impitoyable menée par le général Duval.

Sur une distance de 150 km de Sétif à la mer, la loi martiale est proclamée, toute circulation est interdite, le couvre-feu décrété, les chefs nationalistes arrêtés, des scouts et civils sommairement exécutés sur simple suspicion.

Des mechtas (localités de 5.000 à 10.000 habitants) suspectées d’abriter des indépendantistes sont mitraillées par l’aviation et incendiées. Des femmes, enfants et vieillards tués.

En quinze jours, vingt opérations aériennes contre la population seront menées: 44 mechtas détruites, des douars (hameaux isolés de plaine ou de montagne) entièrement rasés.

Selon l’histoire officielle algérienne, les émeutes et la répression ont fait 45.000 morts. Des historiens occidentaux avancent un bilan de 15.000 à 20.000 morts, parmi lesquels une centaine d’Européens.

En novembre 1945, des arrestations liées aux émeutes ont encore lieu — environ 4.000 — et des condamnations à mort et exécutions sont prononcées.

Le général Duval écrit au gouvernement colonial: « Je vous ai donné la paix pour dix ans, à vous de vous en servir pour réconcilier les deux communautés ».

Pour certains, le premier épisode de la guerre d’indépendance de l’Algérie, qui éclatera en novembre 1954 pour prendre fin avec les Accords d’Evian en mars 1962, vient de se dérouler.

En 2005, l’ambassadeur de France à Alger reconnaît officiellement que ces massacres furent « une tragédie inexcusable ».

Dix ans plus tard, le secrétaire d’Etat français aux Anciens combattants, Jean-Marc Todeschini, participe en Algérie aux commémorations du massacre, déposant une gerbe au pied du mausolée de Bouzid Saâl à Sétif.

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