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L’ONU et Amnesty sonnent l’alarme face à la nouvelle loi antiterroriste suisse

Les organisations mondiales de défense des droits de l’homme ont sonné l’alarme sur la nouvelle loi suisse contre le terrorisme, qui donne à la police de larges pouvoirs pour empêcher de futures attaques, arguant que le nouveau projet de loi menace l’héritage de la Suisse en tant que leader des droits de l’homme.

Choqué par les attentats terroristes meurtriers en France voisine en 2015, Berne a produit une nouvelle loi qui permet à la police de prendre des mesures préventives plus facilement face à un «terroriste potentiel». La loi, qui a reçu un cachet d’approbation parlementaire l’année dernière, s’appliquerait à quelques dizaines de cas en cours, selon la police fédérale. La Suisse a jusqu’à présent été épargnée par les attaques à grande échelle observées chez ses voisins européens.

Les autorités insistent néanmoins sur le fait que le niveau de menace est élevé et ont déclaré que deux attaques au couteau dans le pays l’année dernière avaient probablement une «motivation terroriste». Mais les défenseurs des droits et les politiciens de gauche ont exprimé leur indignation face au potentiel de la loi de fouler aux pieds les droits de personnes innocentes.

Le texte « soulève des questions sur la crédibilité de la tradition humanitaire de la Suisse », a déclaré Alicia Giraudel, avocate de la section suisse d’Amnesty International, à l’Agence France-Presse (AFP). Et, a-t-elle averti, cela «pourrait également ouvrir la voie au niveau international à des politiques axées sur la sécurité qui deviennent des instruments punitifs appliqués aux personnes qui n’ont commis aucun crime».

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Le gouvernement soutient quant à lui que tous les droits fondamentaux restent garantis par la loi et insiste sur le fait que les programmes de déradicalisation existants sont insuffisants pour assurer la sécurité de la Suisse. Les opposants à la loi ont recueilli les signatures nécessaires pour la soumettre à un référendum dans le cadre du système de démocratie directe suisse, et les électeurs auront leur mot à dire le 13 juin. Les premiers sondages d’opinion indiquent un large soutien à la nouvelle loi.

La loi permet à la police de surveiller davantage toute personne âgée de plus de 12 ans qui, selon elle, pourrait envisager des actions violentes, et également de limiter ses mouvements et de l’obliger à être interrogée. Et avec une ordonnance du tribunal, ils peuvent également placer toute personne de plus de 15 ans en résidence surveillée pendant neuf mois maximum. « Cela fera de nous le premier et le seul pays occidental à introduire une telle privation arbitraire de liberté », a averti le Parti socialiste.

La seule autre exception, a-t-il dit, était les États-Unis avec leur camp de prisonniers de Guantanamo. Les opposants préviennent que les mesures contreviennent à de nombreuses normes internationales relatives aux droits humains, y compris la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, et risquent de nuire à la réputation du pays. Si le concept des droits de l’homme est né en France, la Suisse a longtemps été considérée comme leur gardien, car elle abrite entre autres les Conventions de Genève, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU et le Haut-Commissariat aux droits de l’homme.

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L’ONU critique profondément la loi.

« Le projet de loi pourrait affecter un certain nombre de droits humains, notamment la liberté de mouvement, d’expression, d’association et de réunion pacifique, ainsi que le droit à la vie privée et familiale », a déclaré à l’AFP Liz Throssell, porte-parole du bureau des droits de l’homme de l’ONU. « L’une de nos préoccupations est l’élargissement de la définition des actes de terrorisme pour inclure la conduite non violente », y compris la propagation de la peur, a-t-elle déclaré.

Un certain nombre d’experts indépendants des droits de l’ONU ont également averti Berne que la définition «excessivement expansive» de l’activité terroriste «crée un dangereux précédent et risque de servir de modèle aux gouvernements autoritaires cherchant à réprimer la dissidence politique». Dunja Mijatovic, la commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, a également critiqué la définition vague de la loi d’un «terroriste potentiel», avertissant qu’elle «ouvre la voie à une interprétation large qui court le risque d’une ingérence excessive et arbitraire dans les droits de l’homme».

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La Commission internationale de juristes a également critiqué la loi, tout comme plus de 80 organisations non gouvernementales suisses et plus de 60 professeurs de droit dans les universités du pays. Le groupe de réflexion suisse Foraus a souligné que la Suisse devait décider des valeurs qu’elle souhaitait défendre alors qu’elle cherchait à ancrer son influence sur la scène internationale. Cela était d’autant plus important que la Suisse cherchait un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU en 2023-2034, a déclaré à l’AFP Nora Naji de Foraus.

«L’engagement du pays dans le renforcement des droits fondamentaux et des droits de l’homme est plus important que jamais», a-t-elle déclaré.

Siège de la Croix-Rouge et d’un large éventail d’autres organisations humanitaires, la Suisse a accepté que les groupes humanitaires actifs dans les zones contrôlées par des groupes terroristes soient explicitement exemptés de la loi.

Une telle dérogation était vitale, a déclaré à l’AFP Françoise Bouchet-Saulnier, responsable juridique de l’association Médecins sans frontières. « Sans exemption humanitaire, le simple fait de fournir une assistance humanitaire ou médicale, ou d’être en contact téléphonique avec un groupe armé pourrait être considéré comme une complicité et un soutien au terrorisme. »

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