Des instructeurs russes envoyés en République centrafricaine ont commis des « tueries aveugles », des pillages et des écoles occupées, selon un rapport annuel de l’ONU, bien que Moscou affirme qu’ils ne sont pas armés et ne sont pas impliqués dans les combats.
Les témoignages détaillent une force excessive qui équivaut à des violations du droit international humanitaire, selon le rapport d’experts de l’ONU soumis récemment au Conseil de sécurité et consulté par l’Agence France-Presse (AFP) lundi.
De telles violations « par des soldats des FACA et des instructeurs russes comprenaient des cas d’usage excessif de la force, des assassinats aveugles, l’occupation d’écoles et des pillages à grande échelle, y compris d’organisations humanitaires », indique-t-il.
« FACA » désigne les forces armées centrafricaines. Les experts ont reçu « de nombreux rapports de cas de meurtres aveugles contre des civils non armés par des instructeurs russes », selon le rapport.
L’un des pays les plus pauvres du monde, la République centrafricaine est chroniquement instable depuis son indépendance de la France en 1960.
Depuis décembre, l’armée, soutenue par les 12 000 casques bleus de la MINUSCA, les forces spéciales rwandaises et les paramilitaires russes, a arraché une grande partie du territoire au contrôle des rebelles. Mais le conflit a déplacé des centaines de milliers de personnes au cours des premiers mois de l’année, tandis qu’environ la moitié de la population est confrontée à « des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë », selon l’ONU.
Les Russes en particulier sont crédités du renforcement de l’armée nationale par ailleurs mal équipée depuis 2018, lorsque Moscou a envoyé pour la première fois des « instructeurs » pour aider à former ses forces armées assiégées et a fourni des armes légères, obtenant ainsi une exemption d’un embargo sur les armes de l’ONU. En avril, Moscou a reconnu le déploiement de 532 instructeurs en République centrafricaine et affirmé que ce nombre n’avait jamais dépassé 550.
Mais les experts de l’ONU « ont noté que plusieurs sources ont estimé que ce chiffre était nettement plus élevé, allant de 800 à 2 100 ». Cette estimation n’inclut pas 600 instructeurs russes supplémentaires dont le déploiement a été annoncé à l’ONU en mai par la République centrafricaine.
Les experts ont cité « de multiples témoignages de sources locales et des FACA selon lesquels les instructeurs déployés comprenaient des individus qui se sont identifiés comme ressortissants de la Libye, de la République arabe syrienne et d’autres pays », selon le rapport.
De nombreux témoignages provenant de plusieurs endroits ont également « noté la participation active d’instructeurs russes aux opérations de combat sur le terrain, beaucoup ayant observé qu’ils dirigeaient souvent plutôt que suivaient les FACA », indique également le rapport.
Le document détaille également les exactions commises contre les civils par la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), créée fin 2020 et regroupant plusieurs groupes armés contrôlant de grandes parties du pays et déterminés à renverser le gouvernement centrafricain.
« Les violations généralisées du droit international humanitaire commises par des groupes affiliés au PCC incluent le recrutement forcé d’enfants, des attaques contre des soldats de la paix, des cas de violence sexuelle et le pillage d’organisations humanitaires », ont déclaré les experts.
Dans ses recommandations, le panel de l’ONU a appelé le Conseil de sécurité à étendre les sanctions et à prolonger l’embargo sur les armes, qui expire le 31 juillet et que la République centrafricaine, la Russie, la Chine et plusieurs pays africains appellent à la levée.
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