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la parole aux « oubliés » du Stade de France

« On se sent vraiment les oubliés »: au procès des attentats du 13-Novembre, des victimes du Stade de France ont témoigné mardi de leur traumatisme persistant depuis l’explosion des « kamikazes » jihadistes et de leur sentiment d’avoir été « abandonnés ».

Droite à la barre, Sophie Dias, 39 ans, lit très émue les feuillets posés sur le pupitre: elle est « la fille de Manuel Dias, la seule victime décédée au Stade de France » le 13 novembre 2015, tué « par la ceinture explosive d’un kamikaze ».

Chauffeur d’autocar portugais de 63 ans, Manuel Dias venait de déposer au stade des supporteurs venus de Reims pour assister au match France-Allemagne. Tué sur le coup par la déflagration, son décès ne sera confirmé à ses proches que le lendemain « vers midi ».

Face à la cour d’assises spéciale de Paris, elle rend hommage à ce « papa poule comme il en existe peu ». Et évoque longuement son « parcours du combattant » pour faire reconnaître sa perte, sa « solitude » face au « manque d’empathie constant » des institutions.

« On a besoin de se justifier de notre statut de victimes malgré nous, continuellement », déplore la trentenaire, cheveux longs sur une veste noire. En témoignant, elle dit vouloir « œuvrer pour qu’on n’oublie pas le Stade de France ».

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Le soir du 13-Novembre, le commando jihadiste piloté par le groupe Etat islamique (EI) a tué un total de 130 personnes: 1 devant le stade, 39 sur les terrasses parisiennes et 90 au Bataclan.

– « Peur de tout » –

« On est les grands oubliés des attentats. +Ah bon il y a eu quelque chose là-bas ?+ Les gens ne savent pas et ils s’en fichent », abonde à sa suite Marylin, qui ne souhaite pas donner son patronyme.

Ce vendredi soir-là, elle était à une vingtaine de mètres du premier « kamikaze » qui s’est fait exploser autour du Stade de France. Elle est brûlée au « 2e et 3e degré sur les jambes ».

« Blessée léger » des attentats, elle a gardé l’écrou qui lui a été retiré de la joue droite – elle l’a apporté à l’audience – et une « peur de tout », raconte-t-elle d’une voix douce, les yeux baissés sur ses mains enlacées, s’excusant d’avoir dit « tout dans le désordre ».

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Mohamed, qui travaillait comme agent de sécurité à l’entrée du stade, a lui été touché par la deuxième explosion. « Tout mon flanc gauche a été détruit », commence-t-il à raconter au micro.

Quelques minutes après, il s’en éloigne, submergé par l’émotion. Il quitte la salle d’audience d’un pas rapide, suivi par son avocate.

« Désolé », lance-t-il au président Jean-Louis Périès quand il revient à la barre un peu plus tard, reprenant le fil de son récit d’un débit rapide, souriant quand le magistrat le prie de ralentir.

Il y a six ans, Walid était passé en courant derrière le deuxième kamikaze « pour arriver à l’heure » au match. Il est venu témoigner d’Egypte pour raconter ses « huit jours dans le coma », les multiples opérations subies – « j’ai perdu le compte » -.

– « Une honte » –

Son passeport avait été retrouvé à côté du corps d’un des jihadistes. « Les autorités ont eu un doute sur le fait que je sois une victime. » Des accusés dans le box auxquels il ne jette pas un regard, il n’a que « la langue arabe en commun », lâche-t-il, « ils sont une honte ».

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En début d’après-midi, la cour a ouvert cinq semaines d’audition de quelque 350 parties civiles avec celles de six gendarmes de la Garde républicaine, chargés d’assurer, à cheval, la sécurité autour du stade.

« Aguerris aux situations de troubles », ils ont tour à tour confié le « choc » d’avoir vu des kamikazes se faire exploser – les premiers attentats-suicides jamais perpétrés en France – et évoqué leurs difficultés à faire eux aussi reconnaître leur statut de victime.

« Il faut que les victimes indirectes soient prises en compte », implore Pierre, retraité de la gendarmerie, qui demande comme ses ex-collègues que son nom ne soit pas divulgué. Toujours « traumatisé », il « garde en (lui) l’explosion, le bruit, et l’odeur ».

« Il y a un avant le 13, et un après le 13 », insiste-t-il.

Quelque 2.200 personnes se sont constituées parties civiles à ce procès, qui juge, depuis le 8 septembre et pour environ neuf mois, vingt accusés, dont le seul membre encore en vie des commandos Salah Abdeslam.

L’audience reprend mercredi.

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