Une pincée de Covid, un soupçon de politique, une fine couche de neige, un public rare mais aussi une grosse dose de Valieva et des exploits sportifs à foison à l’instar de Quentin Fillon Maillet et d’Eileen Gu: les Jeux olympiques de Pékin s’achèvent dimanche sur son cocktail habituel.
La cérémonie de clôture (20h00 locales, 13h00 françaises) baissera le rideau sur cette quinzaine si particulière sous le régime d’une bulle sanitaire très stricte, qui a grandement gâché la fête olympique.
Tout aussi regrettable mais plus commun dans l’histoire olympique, le dopage s’est aussi invité à Pékin, avec un nom: Kamila Valieva.
A 15 ans, la patineuse russe se retrouve au centre d’une retentissante affaire de dopage qui se poursuivra bien au-delà du rendez-vous chinois.
Arrivée comme grande favorite de l’épreuve individuelle, grâce notamment à ses quadruples sauts, Valieva a commencé par remporter l’épreuve par équipe devant les Américains et le Japon, le 7 février. Patatras! Le lendemain, elle est notifiée d’un contrôle antidopage positif pour un test réalisé le 25 décembre.
A coup d’appel et de procédures, Valieva, le CIO et l’Agence mondiale antidopage tentent de démêler l’imbroglio.
A la veille de l’épreuve individuelle, elle est finalement autorisée à participer. Mais le CIO prévient qu’il considèrera les résultats comme provisoires et ne donnera pas de médailles tant que le cas ne sera pas réglé -ce qui peut prendre des mois-. Finalement après avoir dominé le programme court, elle craque littéralement dans le libre et termine… au pied du podium, usée par la pression.
– 7 médailles pour le biathlon –
Vite rentrée chez elle, l’adolescente doit maintenant se remettre et attendre, tout comme les Américains, furieux de ne pas avoir reçu leur médaille, et les Japonais.
Des médailles, certains s’en sont abreuvé.
Quentin Fillon Maillet en a accumulé cinq, exploit qu’aucun Français n’avait jamais réussi sur une même édition olypique d’hiver.
Le Jurassien quitte ces JO avec deux titres (individuel et poursuite) et trois médailles d’argent (relais mixte et hommes, sprint), plus que n’importe quel autre sportif de ces JO, à égalité avec son grand rival norvégien Johannes Boe, la biathlète norvégienne Marte Olsbu Roeiseland et le fondeur russe Alexandre Bolshunov.
« QFM » aura donc été le principal pourvoyeur de médailles françaises. Avec ses cinq podiums, plus le titre de Justine Braisaz-Bouchet en mass-start et l’argent d’Anaïs Chevalier-Bouchet en individuel, le biathlon vaut même la moitié des 14 médailles du camp français.
Après l’échec en quarts de finale des skieurs alpins lors de l’épreuve par équipe dimanche, le décompte français devrait s’arrêter à une unité du record des JO-2018, à moins d’un expoit de Delphine Claudel, dernière tricolore en lice sur le 30 km de ski de fond.
Les Bleus peuvent toutefois se consoler avec autant de médailles d’or puisqu’à celles de Fillon Maillet et de Braisaz-Bouchet, s’ajoutent Clément Noël, en slalom, et le duo Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron, en danse sur glace.
Malheureusement ces exploits n’ont pu être aussi festifs que ce qu’ils méritaient d’être.
– Moins de 100.000 spectateurs –
Le public invité par les responsables était bien présent – contrairement à l’été dernier à Tokyo-, mais avec moins de 100.000 spectateurs annoncés par les organisateurs – contre 1 million il y a quatre ans à Pyeongchang- répartis sur 13 sites et 109 épreuves, ces JO ont été moroses et souvent silencieux.
La bulle sanitaire a en effet gâché une grande partie du plaisir, avec le port du masque obligatoire, les tests quotidiens et surtout les restrictions de déplacement, l’impossibilité pour les sportifs de rester quelques jours une fois leurs épreuves terminées pour aller encourager leur compatriotes, d’échapper à cette bulle pour rencontrer la population locale…
Mais au final la politique zéro Covid des organisateurs a fonctionné. Certes, quelques sportifs, touchés par le Covid-19, ont dû renoncer à leur rêve olympique. Mais au regard des plus de 60.000 tests quotidiens, il n’y eut point de cluster, ni d’hécatombe puisque la population olympique ne comptait pas plus de 3 cas positifs sur les 10 derniers jours. Et même ceux placés à l’isolement n’ont pas semblé en avoir souffert à l’image du Norvégien Johannes Boe, quadruple champion olympique en biathlon.
La quinzaine avait aussi commencé sur des polémiques sur les droits de l’Homme ou l’absence de neige naturelle, fabriquée à coup de canons à neige.
– Milan/Cortina en 2026 –
Le débat sur les droits de l’Homme n’est venu ni des sportifs, ni des organisations opposées à la tenue de ces JO en Chine, accusée d’atteinte aux droits humains dans la région du Xinjiang contre la minorité Ouïghours, une minorité musulmane.
L’administration Biden accuse Pékin d’y avoir enfermé dans des camps des Ouïghours ainsi que d’autres minorités et parle d’un « génocide ».
Aux quelques questions posées sur ce sujet, la porte-parole du Comité d’organisation, Yan Jiarong, a parlé de « mensonges » avant de se faire rappeler à l’ordre par le CIO qui ne veut pas mêler sport et politique et les organisateurs avaient sorti de leur chapeau la skieuse de fond ouïghoure Dinigeer Yilamujiang pour allumer la vasque olympique lors de la cérémonie d’ouverture le 4 février.
Le ciel a aussi éteint la polémique sur la neige puisque après une semaine passée à regretter les paysages secs, arides et dépourvus de blanc des sites de montagne de Zhangjiakou et de Yanqing, la Sainte neige est finalement tombée au milieu des JO, blanchissant les arrières-plans.
Et maintenant place aux JO suivants avec un retour en Europe, après Rio, Pyeongchang, Tokyo et Pékin. Dans quatre ans, la prochaine édition hivernale sera en Italie avec un duo inédit Milan/Cortina, qui récupère le drapeau olympique pendant la soirée de clôture des mains du président du CIO, Thomas Bach.
Et puis Paris! Le prochain rendez-vous olympique en 2024 se déroulera dans la capitale française, où les organisateurs promettent des JO d’été festifs. Le monde olympique en a bien besoin.
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