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la reconstitution deux ans après la disparition

Mardi en début de soirée, le suspect numéro un Cédric Jubillar est arrivé à Cagnac-les-Mines, dans le Tarn, pour participer à la reconstitution de la nuit de la disparition de son épouse, une infirmière de 33 ans, introuvable depuis fin 2020.

Le peintre plaquiste de 35 ans, mis en examen et écroué depuis juin 2021 près de Toulouse, est arrivé sur les lieux dans un fourgon de l’administration pénitentiaire, escorté par deux voitures banalisées.

Pour la reconstitution de la nuit du 15 au 16 décembre 2020 pendant laquelle Delphine Jubillar, mère de deux enfants a disparu de chez elle, les juges d’instruction ont convoqué avocats de la défense, des parties civiles, les gendarmes de la Section de recherche en charge de l’enquête, un représentant du parquet, qui sont arrivés sur place au compte-goutte.

Les gendarmes de Cagnac-les-Mines, village de 2.500 habitants situé à une quinzaine de minutes d’Albi, qui s’étaient rendus chez les Jubillar le 16 à l’aube, appelés par le mari, doivent également participer à la reconstitution, programmée à partir de 20h00 et qui devait durer plusieurs heures.

Encore inachevée, la maison des Jubillar, aux briques encore apparentes est figée depuis le drame. A son entrée, un monticule de parpaings et une voiture blanche sont encore visibles.

Dès le milieu de la matinée, un important dispositif de sécurité a été mis en place dans le village, avec la mobilisation d’une centaine de gendarmes.

« Vivement que ça se finisse parce qu’on en a marre, tout le monde en a bavé depuis deux ans », a confié une riveraine à une journaliste de l’AFP, sous couvert d’anonymat.

Cette voisine, qui a connu le couple pendant des années, pense que la reconstitution « ne donnera rien ». « De toute façon, il ne parlera pas, je le connais, il ne parlera pas », a-t-elle assuré.

Deux ans quasiment jour pour jour après les faits, les enquêteurs, de retour sur les lieux, vont chercher à retracer le déroulé de cette soirée, pendant laquelle Delphine Jubillar, a disparu, en laissant derrière elle ses papiers, ses clés et même ses lunettes, et ce en plein couvre-feu dû au Covid-19.

Les enquêteurs et le parquet de Toulouse espèrent qu’un fois que la reconstitution effectuée, l’instruction du dossier Jubillar pourra être bouclée.

La reconstitution, étape systématique en fin de procédure criminelle, est très attendue par les avocats de M. Jubillar qui ne cessent de clamer son innocence.

« J’attends qu’on nous donne le scénario de l’accusation, qui semble pour le moment un petit peu en peine de nous expliquer ce qui s’est passé cette nuit-là », a déclaré Jean-Baptiste Alary, l’un de ses avocats.

– Ni corps, ni aveux –

Côté parties civiles, on espère que ce retour de M. Jubillar à son domicile fera surgir des incohérences dans sa version des faits.

« On peut toujours mentir dans un bureau de magistrat, on peut toujours échafauder, mais le jour où il faut mimer ses propres mensonges, on peut se retrouver avec des contradictions, des impossibilités matérielles auxquelles on n’avait pas pensé », a expliqué mardi à l’AFP Philippe Pressecq, avocat d’une cousine de la disparue.

« Peut-être que cette reconstitution sera le moment de vérité où il va avouer », espère-t-il.

Delphine Jubillar avait annoncé à son mari sa volonté de divorcer et le « contexte de séparation (était) très conflictuel », avait déclaré Dominique Alzéari, procureur de Toulouse, à l’annonce de sa mise en examen.

Selon lui, Cédric Jubillar savait que sa femme avait un « amant » et il pouvait parfois se montrer « brutal et agressif ».

Deux voisines ont déclaré avoir entendu des cris d’effroi vers 23H00 et le fils du couple, six ans au moment de la disparition, a dit avoir entendu ses parents se disputer.

Depuis deux ans, Cédric Jubillar réfute toute accusation. Selon lui, sa femme serait sortie de la maison vers 23H00 pour promener leurs deux chiens, vêtue d’une doudoune blanche et avec son téléphone portable.

Il dit avoir été réveillé vers 04H00 par les pleurs de leur fille, puis avoir alerté peu après les gendarmes quand il constaté l’absence de son épouse.

– Emoi important –

Faute de corps, d’aveux ou de preuve irréfutable, une source proche de l’enquête préfère parler d’une « mise en situation » plutôt que d’une « reconstitution ».

Mardi soir, Cédric Jubillar va « reproduire les gestes qui ont été les siens tels qu’il les a décrits depuis le premier jour », avance Me Alary, assurant que son client « n’a rien à cacher ».

Les parties civiles « attendent que la vérité émerge », insiste de son côté Me Mourad Battikh, un autre avocat de proches de Delphine Jubillar.

Il faut que « Cédric explique ce qu’il s’est passé et qu’on sache où est le corps » afin d’entamer un processus de deuil, a-t-il ajouté.

La disparition de Delphine Jubillar avait suscité un important émoi en France à l’approche de Noël et peu après la condamnation de Jonathann Daval pour le meurtre de son épouse en Haute-Saône, qu’il avait longtemps nié, en jouant le rôle du mari éploré.

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