A-t-il flairé un piège? L’insoumis François Ruffin a refusé de se déclarer et gardé ses distances jeudi avec Jean-Luc Mélenchon, qui l’a poussé d’un tweet à s’élancer vers la présidentielle de 2027.
Merci, mais non merci: c’est essentiellement le message que François Ruffin a fait passer jeudi sur franceinfo, lorsqu’on l’a interrogé sur le mot de son ancien chef de groupe à l’Assemblée.
« Je dis merci, c’est sympa tout ça, c’est gentil, mais c’est pas le moment », a expliqué le député de la Somme, estimant que l’essentiel était de « faire équipe » avec les socialistes, communistes et écologistes.
« J’espère bien en être », a tout de même pris soin de préciser l’élu de 47 ans.
Depuis plusieurs mois, les spéculations vont bon train, à gauche, sur les véritables intentions pour 2027 de Jean-Luc Mélenchon, déjà candidat à trois reprises. L’intéressé a lui-même dit en janvier qu’il ne souhaitait pas se représenter et qu’il serait heureux de passer la main.
« François est prêt. En avant! » Son tweet de mercredi, qui commentait un sondage plaçant les deux hommes en position favorable, avait un parfum d’adoubement.
Mais François Ruffin prendrait le risque, en l’acceptant, de donner l’impression de se mettre dans les pas d’une figure qui a certes initié la coalition de gauche Nupes, mais qui fait débat par son style clivant.
A travers leurs réactions respectives, « chacun est dans son espace, celui de Mélenchon, qui veut montrer qu’il reste maître des horloges en sa maison insoumise, et celui de Ruffin qui ne peut pas jouer sur un autre terrain » qu’à la confluence de la gauche, analyse Pierre Lefébure, maître de conférence à l’université Sorbonne-Paris Nord et spécialiste de communication politique.
D’autant que l’élu picard fait partie du petit groupe de « frondeurs » insoumis qui regrettent de ne pas avoir été intégrés à la direction de LFI en décembre, et critiquent un verrouillage du mouvement par les mélenchonistes.
Parmi ces frondeurs, la députée Raquel Garrido, se félicite auprès de l’AFP de « la marque de bon sens » apportée par Jean-Luc Mélenchon dans son tweet. « Mais il faut aller au bout du raisonnement et admettre que si François est prêt à être président, il est alors forcément légitime à être à la direction du mouvement », souligne-t-elle.
– « Président-reporter » –
Pour le député écologiste Aurélien Taché aussi, toute ouverture du chef insoumis est bonne à prendre. « Jean-Luc Mélenchon compte dans cette affaire, il a été le plus près du second tour. Ne siégeant pas à l’intergroupe de la Nupes, il s’exprime par Twitter », note l’élu du Val-d’Oise.
Et l’idée lui paraît bonne: « François Ruffin fait partie de ceux qui incarnent quelque chose et sont disponibles, comme on dit… S’il met un maximum de monde d’accord, dont Jean-Luc Mélenchon, allons-y! »
Mais alors que François Ruffin est plutôt populaire chez les partenaires au sein de la Nupes, il doit paradoxalement encore s’imposer parmi les insoumis. « Je ne sais pas si je soutiens Ruffin, je l’aime bien, il est humain, c’est un député-reporter ok, mais un président-reporter, je ne sais pas », confie un député insoumis de premier plan.
« Aucun des remplaçants n’est au niveau de celui qui aspire à être remplacé », grinçait mi-février un autre député. Selon ce gardien du temple mélenchoniste, l’attitude du chef, « meilleur candidat pour 2027 », doit se comprendre par « sa peur que le mouvement se détruise par les querelles » et l’importance de donner des gages d’ouverture.
Car les « querelles » ne manquent pas. Par son tweet, Jean-Luc Mélenchon a ainsi pu vouloir ouvrir une nouvelle séquence après l’affaire Adrien Quatennens, dont sa famille politique n’est toujours pas arrivée à se dépêtrer.
Le malaise est en effet palpable derrière le silence de François Ruffin, Alexis Corbière, Clémentine Autain et des députées féministes qui ont refusé de commenter la décision de réintégration mardi du député condamné pour violences conjugales.
Chez Jean-Luc Mélenchon, il y a donc « un côté déflecteur, après le retour du fils prodigue Adrien Quatennens, une manière de dire: +Qu’on ne me prête pas de mauvaises intentions+ », analyse le politologue Pierre Lefébure.
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