Le système d'immigration du Canada a été conçu pour répondre aux besoins du marché du travail du pays, notamment grâce à des programmes d'immigration économique comme le Programme des candidats des provinces (PCP) et Entrée express. Ces programmes visent à combler les pénuries de compétences, mais leur efficacité pour relever les défis du marché du travail est discutable. La question est de savoir si les immigrants récents comblent les lacunes appropriées ou sous-utilisent leurs compétences.
Ce que vous trouverez dans cet article
- Le système d'immigration du Canada vise à répondre aux demandes du marché du travail, mais de nombreux immigrants qualifiés se retrouvent dans des emplois moins qualifiés, sous-utilisant leur expertise.
- Les immigrants sont sous-représentés dans les postes techniques et commerciaux moyennement qualifiés, qui sont essentiels à la croissance de l'économie canadienne, en particulier dans la construction et les infrastructures.
- Les immigrants sont plus susceptibles que les travailleurs nés au Canada d'être employés dans des professions hautement qualifiées comme l'ingénierie et l'informatique, essentielles à la croissance économique du Canada.
- Malgré une forte demande en matière de soins de santé, les immigrants sont confrontés à de longs retards dans la reconnaissance de leurs diplômes, ce qui conduit nombre d'entre eux à occuper des postes de soutien aux soins de santé moins qualifiés.
- L'étude met en évidence les lacunes de la politique d'immigration du Canada, révélant la nécessité d'un recrutement équilibré entre les professions hautement et moyennement qualifiées pour remédier aux pénuries de main-d'œuvre.
Les résultats d'une étude de Statistique Canada examinent le niveau de compétence et les professions des immigrants récents – en particulier ceux arrivés en 2018 ou 2019 – ainsi que leurs résultats en matière d'emploi en mai 2021. L'étude intègre également des données de l'Enquête sur la population active (EPA) de mars 2024. , offrant un aperçu des tendances plus récentes du marché du travail pour les immigrants.
Cadre d'immigration
Depuis l'introduction du système basé sur des points en 1967, le cadre d'immigration du Canada a donné la priorité aux immigrants économiques possédant des compétences spécifiques. La montée en puissance du PCP dans les années 2000 est allée encore plus loin en permettant aux provinces d'adapter leur nombre d'immigrants aux besoins du marché du travail local. En théorie, ce système garantit que les immigrants complètent les travailleurs nés au Canada, comblant ainsi les pénuries de compétences sans déplacer les employés existants.
Cependant, cet idéal n’est souvent que partiellement réalisé. Même si le système d'immigration canadien sélectionne de nombreux travailleurs hautement qualifiés, l'étude révèle que de nombreux immigrants se retrouvent dans des emplois peu qualifiés ou ouvriers. En mai 2021, 35 pour cent des immigrants récents occupaient de tels postes, soit presque autant que les 40 pour cent exerçant des professions plus qualifiées. Ces chiffres suggèrent que contrairement à la croyance populaire, le système d'immigration du Canada ne fournit pas principalement une main-d'œuvre hautement qualifiée.
Métiers et rôles techniques
Une constatation notable est que les immigrants sont considérablement sous-représentés dans les professions techniques et commerciales moyennement qualifiées, même si ces rôles sont essentiels à l'économie canadienne. Par exemple, les immigrants sont beaucoup moins susceptibles de travailler dans les métiers de l'industrie, de l'électricité et de la construction que leurs homologues nés au Canada. Environ 25 pour cent des immigrants récents travaillaient dans ces domaines, comparativement à 35 pour cent des travailleurs nés au Canada.
Ces chiffres ne sont pas encourageants, compte tenu de la récente augmentation de la population canadienne et de la hausse de la demande de logements et d'infrastructures qui en résulte. Les travailleurs des métiers, comme les électriciens, les charpentiers et les ouvriers de la construction, sont essentiels pour répondre à cette demande. Pourtant, le système d'immigration n'a pas admis suffisamment de travailleurs qualifiés dans ces domaines.
Forte présence dans les métiers les plus qualifiés
Toutefois, les immigrants récents sont fortement présents dans certaines professions plus qualifiées. L'étude montre que les immigrants sont plus susceptibles que les personnes nées au Canada de travailler dans des professions d'ingénierie et d'informatique et de systèmes d'information. Les immigrants arrivés en 2018 ou 2019 étaient presque cinq fois plus susceptibles de travailler dans des postes informatiques et de systèmes d'information et deux fois plus susceptibles d'être employés comme ingénieurs.
Ces domaines sont essentiels à la croissance économique et à l'innovation du Canada, particulièrement à l'heure où la technologie transforme l'économie mondiale. Si les immigrants hautement qualifiés peuvent exercer ces professions, cet afflux pourrait aider le Canada à rester compétitif sur le marché international, en particulier dans le secteur technologique.
Secteur de la santé
Si les immigrants ont réussi dans certaines professions plus qualifiées, le secteur de la santé présente des défis différents. L'étude révèle que les immigrants récents sont sous-représentés dans les professions infirmières et font face à d'importantes difficultés de recrutement au Canada. La pandémie de COVID-19 et le vieillissement de la population du pays, qui a accru la demande de services de santé, ont exacerbé la pénurie d'infirmières.
Une partie du problème réside dans le temps que mettent les immigrants à devenir infirmiers professionnels au Canada. De nombreux immigrants titulaires de qualifications en soins infirmiers sont confrontés à de longues périodes d'attente pour la reconnaissance de leurs titres de compétences et leur inscription. Cependant, l’étude montre que les cohortes d’immigrants antérieures (celles arrivées avant 2018) sont plus susceptibles d’être employées comme infirmières professionnelles, ce qui suggère que les immigrants finissent par accéder à ces rôles après un délai important.
Les immigrants récents sont plus susceptibles de travailler comme aides-infirmières, aides-soignants et préposés aux soins aux patients – des professions qui soutiennent les infirmières autorisées mais nécessitent des niveaux inférieurs d'éducation et de formation formelles. Cette tendance peut indiquer que les immigrants ayant une expérience en soins de santé assument ces rôles comme tremplins tout en naviguant dans le processus complexe pour devenir infirmiers pleinement autorisés au Canada.
Les politiques d'immigration du Canada visent à combler des pénuries de main-d'œuvre spécifiques et à stimuler la croissance économique globale. Les immigrants contribuent à l'économie en participant à la population active, en dépensant en biens et services et en augmentant la demande de logements et d'infrastructures. Cette activité économique, à son tour, peut générer une nouvelle demande pour des professions telles que les métiers et les travailleurs de la santé.
Programmes et sélection professionnelle
L'étude met en évidence la sélection des immigrants par profession. Le programme Entrée express, par exemple, comprend une liste de professions éligibles allant des professionnels de la santé et des métiers aux ingénieurs et spécialistes en informatique. Les programmes des candidats des provinces (PCP) donnent également la priorité aux professions en demande, se concentrant souvent sur des rôles moyennement et hautement qualifiés.
Cependant, certaines provinces recherchent également des immigrants pour des métiers moins qualifiés, comme ceux de manutentionnaire, de cuisinier et de concierge. L’inclusion des professions moins qualifiées dans les programmes d’immigration a suscité un débat parmi les économistes et les décideurs politiques. Certains soutiennent que les immigrants peu qualifiés sont plus vulnérables aux chocs économiques, tels que le chômage, et que les politiques d'immigration devraient se concentrer sur les travailleurs plus qualifiés, plus susceptibles de contribuer à la croissance économique à long terme.
En mai 2021, la catégorie du regroupement familial représentait près du tiers (27 %) des immigrants récents employés à temps plein dans des professions peu qualifiées. Bien que ces emplois n'exigent généralement qu'un diplôme d'études secondaires, environ la moitié des immigrants récents possédaient un diplôme universitaire. Accepter ces emplois suggère que même avec leurs diplômes, ils ne peuvent pas contribuer de manière significative, avec leurs compétences, à l'économie canadienne.
Besoins du marché du travail
Cette étude offre des informations précieuses sur les niveaux de compétences et les professions des immigrants récents au Canada, remettant en question certaines hypothèses courantes sur le système d'immigration du pays. Même si les immigrants sont bien représentés dans les professions plus qualifiées comme l’ingénierie et les systèmes informatiques, ils sont sous-représentés dans les métiers critiques moyennement qualifiés et les postes de soins de santé. Alors que le Canada continue de compter sur l’immigration pour répondre à ses besoins du marché du travail, les décideurs politiques doivent combler ces lacunes pour garantir que les immigrants puissent pleinement contribuer à l’économie.
Les résultats de cette étude soulignent la nécessité d’une approche plus nuancée de la politique d’immigration – une approche qui équilibre la demande de travailleurs plus et moins qualifiés et qui tienne compte du temps nécessaire aux immigrants pour s’intégrer dans certaines professions. Les recherches futures pourraient se concentrer sur le rôle des résidents non permanents sur le marché du travail, car ce groupe devient de plus en plus important dans le paysage de l'immigration au Canada.



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