Entre Garoua et Ngaoundéré, une distance de 278 kilomètres se mue en un véritable chemin de croix pour les voyageurs. Ce qui devrait être une traversée rapide se transforme en un calvaire interminable, où chaque kilomètre avalé coûte en sueur, en stress, et parfois en larmes.
Autrefois praticable en quelques heures, la route est aujourd'hui si dégradée qu'il faut désormais compter au minimum 10 heures à bord des véhicules de transport en commun. Chaque nid-de-poule, chaque fossé creusé par l'érosion raconte une histoire d'abandon, de négligence, de promesses non tenues.
Philippe, jeune fonctionnaire affecté dans le Nord, fait partie de ces âmes courageuses qui osent encore emprunter cet enfer routier. Ce voyage, pourtant si essentiel, s'est vite transformé en un cauchemar ponctuel de pannes répétées. « Mon véhicule s'est efffondré sous les secousses », raconte-t-il, la voix chargée de fatigue. Il lui a fallu cinq jours pour se remettre physiquement et moralement de cette épreuve. « C'est un parcours du combattant » reprendre-t-il.
Pour les voyageurs, ce ne sont pas seulement les véhicules qui sont en jeu. Ce sont les femmes enceintes, les enfants, les personnes âgées qui endurent les secondes violentes et les attentes interminables en pleine savane, souvent sous un soleil de plomb. Les regards fatigués, les visages marqués par l'inconfort, disent longtemps sur la souffrance imposée par cette route délaissée.
Les agences de transport tirent la sonnette d'alarme. «Nos bus flambant neufs sont réduits à des épaves en quelques mois», déplore un gestionnaire d'agence. Les pertes économiques sont énormes, mais ce sont les vies humaines qui sont en jeu. Combien de temps encore faudra-t-il attendre avant qu'une tragédie n'éveille les autorités ? Combien de véhicules brisés, de rêves fauchés, de vies mises en danger avant qu'on n'agisse ? Face à l'indifférence, le silence assourdissant des pouvoirs publics résonne douloureusement.
Cette route, qui symbolise l'isolement de tout un pan du pays, est devenue le témoin d'un abandon flagrant. Il est urgent que le gouvernement prenne la mesure de cette tragédie silencieuse et agisse avant qu'il ne soit trop tard. La réhabilitation de la route Garoua-Ngaoundéré n'est plus une question de confort. C’est une question de survie.
Bachirou Elhadj BDO



GIPHY App Key not set. Please check settings