La ville de Biarritz va devoir changer le nom de son quartier historique « La Négresse » après une décision de justice rendue jeudi. Saisi par des militants, le tribunal administratif de Bordeaux a estimé que ce nom, potentiellement issu de l’histoire d’une femme noire, était une référence dépassée héritée du colonialisme.
Cette décision marque l’aboutissement d’un long combat mené par des associations qui dénoncent des toponymes qu’elles jugent « racistes et sexistes ». Elles réclament non seulement le changement du nom du quartier, mais aussi celui de la rue de la Négresse.
En français, « La Négresse » est la forme féminine du mot « nègre », qui se traduit en anglais par Negro woman ou Negress, des termes aujourd’hui considérés comme offensants.
Une bataille juridique entamée en 2020
L’association Mémoires et Partages, qui milite contre les héritages de l’esclavage et du colonialisme, avait demandé en 2020 à la maire de Biarritz, Maider Arosteguy, de rebaptiser ces lieux. Devant son refus, les militants avaient saisi la justice.
Le quartier devrait son nom à une femme noire, peut-être une ancienne esclave, qui aurait tenu une auberge dans la ville au XIXᵉ siècle. Pour les militants, ce nom reste lié à « un crime contre l’humanité qui a vu des millions d’Africains déportés pour être réduits en esclavage dans les colonies. »
Une origine incertaine, mais un terme jugé offensant
Dans sa décision, la cour administrative d’appel de Bordeaux a reconnu que l’origine exacte du nom restait floue. Selon des historiens cités dans le jugement, le quartier – autrefois appelé « hameau de Harausta » – aurait été renommé d’après une « femme à la peau très foncée » qui tenait une auberge.
D’autres sources évoquent plutôt une expression gasconne désignant un type de sol argileux présent dans la région.
Mais, quelle que soit son origine, la justice a estimé que l’expression « La Négresse » renvoyait aujourd’hui « de manière dévalorisante à l’origine raciale d’une femme dont l’identité n’a jamais été clairement établie. »
Elle constitue donc « une atteinte à la dignité humaine » et peut être perçue comme une offense pour les personnes d’origine africaine.
Un premier rejet en 2023
En première instance, le tribunal administratif de Pau avait débouté l’association, reconnaissant « l’évolution du terme vers une connotation péjorative », mais jugeant que cela « ne portait pas atteinte au principe de sauvegarde de la dignité humaine. »
L’association avait alors fait appel.
Cette décision intervient dans un contexte où la France a officiellement reconnu en 2001 la traite négrière et l’esclavage comme un crime contre l’humanité.



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