Les monarchies africaines jouent un rôle clé dans leurs pays. En Afrique du Sud, de nombreux Zoulous restent profondément attachés à la famille royale et aux lois coutumières, notamment en matière de résolution des conflits, y compris le divorce. La polygamie y est acceptée, tandis que le divorce est généralement découragé, même lorsque le mariage ne fonctionne plus.
Mais aujourd’hui, le roi des AmaZulu, Misuzulu kaZwelithini, fait les gros titres après avoir entamé une procédure de divorce contre sa première épouse, la reine Ntokozo kaMayisela, dans le but d’en épouser une quatrième. La reine a saisi la justice pour tenter d’empêcher le mariage, arguant que leur union civile, conclue en 2021 – peu après l’accession du roi au trône – interdit toute nouvelle union sans divorce préalable. Sa demande a été rejetée, mais le roi n’a pas encore officialisé son nouveau mariage.
Cette affaire fait grand bruit en Afrique du Sud, car le roi est le garant des coutumes zouloues. Sa volonté de divorcer soulève des questions sur l’évolution des lois traditionnelles en matière de mariage et de divorce. Nous avons interrogé Anthony Diala, spécialiste du droit coutumier africain, pour mieux comprendre la situation.
Qui sont les Zoulous et leur famille royale ?
La famille royale zouloue descend d’une lignée prestigieuse qui remonte aux années 1500. Elle règne sur la nation AmaZulu, forte d’environ 10 millions de personnes, ce qui en fait le plus grand groupe ethnique d’Afrique du Sud, principalement établi dans la province du KwaZulu-Natal. Ils font partie des peuples Nguni, partageant des racines ancestrales et linguistiques communes.
Parmi les figures emblématiques de cette lignée, on trouve Shaka kaSenzangakhona, plus connu sous le nom de Shaka Zoulou, qui transforma au XIXe siècle le clan des AmaZulu en un empire puissant. Faute de descendance, il fut remplacé par ses demi-frères. Un autre roi marquant, Cetshwayo kaMpande, dirigea les Zoulous lors de la guerre anglo-zouloue à l’époque coloniale.
La famille royale AmaZulu comprend le roi, ses épouses et leurs descendants légitimes. Elle est principalement financée par des allocations annuelles d’environ 4,2 millions de dollars (77,5 millions de rands) versées par le gouvernement provincial du KwaZulu-Natal. À cela s’ajoutent les revenus générés par la gestion du Ingonyama Trust, qui détient près de 30 % des terres de la province.
L’actuel monarque a grandi dans le pays voisin de l’Eswatini, a étudié aux États-Unis et a accédé au trône en 2021. En ce sens, il incarne une nouvelle génération de souverains. Sa position de figure culturelle majeure explique pourquoi son divorce attire autant d’attention.
Comment le droit coutumier zoulou aborde-t-il le divorce ?
La démarche du roi est inédite, car traditionnellement, les épouses restent membres de la maison royale, même si leur relation avec le roi prend fin. Plus largement, les lois indigènes des AmaZulu découragent le divorce.
Dans la culture zouloue, le clan joue un rôle central dans la conclusion, la stabilité et la dissolution du mariage. Avant la colonisation européenne, les sociétés zouloues étaient très soudées, et la dot (lobola/ilobolo) – généralement constituée de bétail – était fournie par la famille du marié à celle de la mariée. Ce système impliquait fortement les familles dans le mariage, ce qui les incitait à intervenir en cas de conflits conjugaux, rendant le divorce très rare.
À l’époque précoloniale, le divorce ne nécessitait pas l’intervention d’un tribunal. Un mariage pouvait être annulé uniquement en cas de sorcellerie, d’adultère ou de folie avérée.
Ainsi, le mariage était avant tout une alliance entre familles, bien plus qu’une simple union entre deux individus. Une épouse divorcée mais en bons termes avec la famille de son mari pouvait même continuer à vivre dans leur foyer. Cependant, cette dynamique est en train de changer.
Quel est l’impact de la culture occidentale ?
La colonisation et la mondialisation ont apporté des transformations profondes à la société zouloue. Technologie, urbanisation, indépendance financière, éducation formelle, réseaux sociaux et lois d’État influencent aujourd’hui les pratiques culturelles.
Les lois coutumières ont émergé dans des sociétés où le bien-être du clan primait sur l’individu. En revanche, les normes modernes encouragent l’individualisme et la promotion de l’égalité des sexes. Autrefois, la dot était un élément crucial de la validité du mariage et du divorce, mais aujourd’hui, elle n’est plus une condition obligatoire pour reconnaître une union selon le droit coutumier. De plus, seuls les tribunaux de l’État peuvent désormais prononcer un divorce.
D’après mes recherches, l’adaptation des comportements indigènes aux nouvelles réalités socio-économiques est une des raisons majeures de l’augmentation du divorce. En somme, la modernité transforme les traditions zouloues pour les aligner sur les lois occidentales.
Peut-on trouver un équilibre ?
Même si le mariage reste une institution précieuse pour les Zoulous, l’évolution des mentalités facilite désormais le divorce. Cela illustre le dilemme entre la préservation des lois coutumières et l’intégration du droit imposé par la colonisation hollandaise et britannique.
Le droit romano-néerlandais, qui constitue la base du droit sud-africain, mélange des éléments de coutumes anglaises, de lois tribales germaniques et de droit romain. Trouver un équilibre entre ce cadre juridique et les lois indigènes reste complexe, d’autant plus que ces dernières sont de plus en plus influencées par la culture occidentale.
La Constitution sud-africaine de 1996 oblige les tribunaux à « appliquer le droit coutumier lorsqu’il est pertinent », mais à condition qu’il respecte les principes d’égalité, de non-discrimination et de dignité humaine. Cette exigence place les valeurs occidentales comme un standard de référence, obligeant les Africains à chercher une validation normative auprès des systèmes juridiques hérités de la colonisation.
Pour concilier les traditions indigènes et les lois de l’État, il est essentiel d’analyser la manière dont les Africains adaptent leurs pratiques culturelles aux changements économiques et sociaux. Ces adaptations façonnent l’évolution du droit coutumier. La clé serait alors de reconnaître et d’interpréter ces lois selon leurs propres valeurs fondamentales, plutôt que de les juger à travers le prisme du droit occidental imposé par la colonisation.
Article repéré sur theconversation.com



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